Moscou, 28 juillet. Par Arseni Oganessian, commentateur politique de RIA-Novosti. Une "crise sérieuse" marque les rapports polono-biélorusses, a annoncé, le 28 juillet, le chef de la diplomatie polonaise, Adam Rotfeld. Varsovie a révoqué son ambassadeur à Minsk.
Quelques heures plus tôt, Minsk décidait, au niveau officiel, d'arrêter avant terme les mandats de diplomates polonais en poste en Biélorussie. Cette mesure a été prise en réponse à l'expulsion, du territoire polonais, de diplomates biélorusses, a expliqué, de son côté, le ministère des Affaires étrangères à Minsk.
Au fait, cet incident ne constitue qu'une infime partie de la "guerre froide" que l'Occident a proclamée au président biélorusse Alexandre Loukachenko.
A l'approche des présidentielles biélorusses qui pourraient se tenir l'an prochain, la rhétorique "anti-Loukachenko" du Département d'Etat américain et des commissaires de l'UE ne fera que s'accentuer, alors que les médias pro-occidentaux décriront, avec un zèle croissant, les procédés antidémocratiques du régime biélorusse.
M.Loukachenko s'en rend parfaitement compte comme il se rend compte de l'impossibilité, pour lui, de s'entendre avec l'Occident. Et c'est pour cette raison que le président biélorusse, un homme pourtant prévoyant et perspicace, fait actuellement tout son possible pour réduire au minimum toute influence extérieure, y compris celle de la Russie, sur la vie extérieure de la Biélorussie.
Le leader biélorusse a affirmé que les Etats-Unis ont accordé 24 millions de dollars ( et même peut-être 32 millions, selon d'autres sources) pour organiser, en 2006-2007, une révolution dans son pays.
En effet, une experte au Centre de technologies politiques, Tatiana Stanova, affirme que "le financement de l'opposition (biélorusse) et des retransmissions de médias indépendants sont effectuées depuis les pays baltes voisins, tout cela est financé par le budget américain".
A son avis, les élections présidentielles prévus pour l'an prochain en Biélorussie "pourraient constituer une sorte de rupture : à priori, les Etats-Unis et l'Europe de l'Ouest ne reconnaîtront pas leur légitimité, ce qui permettra à l'opposition (biélorusse) de compter sur un renversement du régime".
Reste à savoir ce que fera, dans cette situation, la Russie. Un jour, M.Loukachenko avait affirmé que les Etats-Unis ont besoin de la Biélorussie pour pouvoir contrôler les flux énergétiques russes vers l'Europe. "Les Américains rêvent de fermer cette "fenêtre" pour exercer une influence sur la Russie et l'Europe", assure le leader biélorusse.
A Moscou, on fait une double interprétation de ces déclarations. D'une part, elles traduisent la rhétorique anti-américaine qui est propre à M.Loukachenko. Elles constituent d'autre part un appel à la Russie : aidez-nous sinon vous en serez victimes encore plus que nous !
De plus en plus souvent, l'amitié russo-biélorusse laisse la place à une distanciation progressive entre les deux Etats. Il est évident que le président biélorusse ne fait plus confiance à Moscou. Sinon le projet intégrationniste des deux pays, vieux de plusieurs années déjà, aurait apporté un résultat aussi insignifiant qu'il soit. Selon toute vraisemblance, M.Loukachenko ne peut, ou ne veut, proposer au Kremlin rien de mieux que le maintien du statu quo actuel. Mais, objectivement, il ne peut compter que sur le soutien de Moscou.