ESTONIE
La majorité écrasante des publications mettent en relief le refus du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie de soumettre le Traité russo-estonien sur la frontière à la Douma pour sa ratification.
Le refus du ministère russe des Affaires étrangères est interprété comme du chantage et comme la décision de Moscou de jouer son va-tout. "Le comportement de la Russie peut être qualifié de chantage: en demandant à Bruxelles de lui accorder un régime simplifié des visas, elle accepte, entre autres, de ratifier les traités sur la frontière avec l'Estonie". (Postimees, 27.06). "L'Europe va nous expliquer bientôt que le sage cède le premier, après quoi l'Estonie conclura le traité sans faire de nouvelles déclarations, ce qui est l'objectif visé par la Russie" (Delfi, 27.06).
Une série d'articles analytiques traitent de l'état de l'économie russe qui est "malade", de l'avis des médias, ce que la presse attribue à l'absence de la volonté politique des dirigeants russes de réaliser les réformes nécessaires. "Le sang-froid des autorités russes face à l'inquiétude croissante suscitée par leur politique économique embrouillée commence à avoir l'air d'une erreur. La Russie lutte aujourd'hui, sans succès, aussi bien contre la montée en flèche de l'inflation que contre le renforcement douloureux du rouble: conséquences de plusieurs années de croissance passive grâce aux prix élevés du pétrole" (Delfi, 22.06).
LETTONIE
Les commentaires à propos de la résolution de l'APCE (Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe) sur la Russie mentionnant l'"occupation" des pays baltes, ainsi que le refus de Moscou de signer le traité sur la frontière avec l'Estonie constituent, pour l'essentiel, le contenu négatif de la presse. "La décision de la Fédération de Russie d'annuler sa signature au bas du traité sur la frontière avec l'Estonie ratifié par l'Estonie peut être considéré comme la déclaration d'une guerre froide à l'Estonie et à la Lettonie, ainsi que comme une confrontation consciente avec l'opinion universellement admise en Occident sur l'occupation des pays baltes par l'Union Soviétique. Cela signifie que la coexistence pacifique avec la Russie est impossible en ce moment". (Diena, 28.06).
Le rapport de l'APCE a été accueilli par la presse comme une preuve de la non-conformité de "la démocratie dirigée par Poutine" aux normes européennes. "... Il s'agit des engagements de démocratisation que la Russie a pris de son plein gré en 1996. Il est difficile d'accomplir une partie de ces engagements et il est impossible d'accomplir d'autres dans les conditions nouvelles, lorsque le durcissement du régime autoritaire continue en Russie". (Diena, 27.06).
Les médias ont traduit l'inquiétude des entrepreneurs lettons devant le boycott possible des produits des entreprises de la république par les consommateurs russes. "Les Russes aux sentiments patriotiques refusent d'acheter nos produits non pas parce qu'ils sont de mauvaise qualité, mais à cause des mauvais rapports entre les Etats". (Diena, 22. 06).
LITUANIE
Le fait que la Lituanie et la Pologne, voisins de la région de Kaliningrad de la Fédération de Russie, n'aient pas été invités, à la différence de l'Allemagne, à participer au niveau des dirigeants des Etats, aux festivités du 750e anniversaire de Kaliningrad du 3 juillet est l'un des sujets principaux de la semaine.
Soupçonnant Berlin d'une collusion secrète avec Moscou, la presse émet les avis différents, même la version de l'intention du Kremlin de transmettre la région de Kaliningrad à l'Allemagne. "Il se peut que nous soyons témoins des efforts déployés en vue de la nouvelle formation de l'axe géopolitique Moscou-Berlin de triste mémoire sur le plan historique" (Lietuvos Rytas, 22.06).
L'échec de la ratification du traité russo-estonien sur la frontière a suscité une large résonance. "La Russie a montré aux pays baltes qu'elle est un partenaire imprévisible". (Lietuvos Rytas, 28.06).
Les médias lituaniens ont accueilli la résolution de l'APCE qui mentionne l'occupation des pays baltes comme un nouveau témoignage de l'inconsistance de la politique étrangère de la Russie.
La création en Russie de la chaîne de télévision Russia Today (RTTV) considérée uniquement comme l'instrument de la propagande du Kremlin est commentée très négativement. "Les fonctionnaires du Kremlin et les médias dévoués au pouvoir saluent la création de la chaîne de télévision propagandiste. La rhétorique de fidèles à RTTV, appelée CNN russe, rappelle parfois l'époque de la guerre froide". (Leikas, 22.06).
UKRAINE
L'engagement de la Turkménie dans le "scandale gazier" a servi de prétexte à la presse de parler déjà d'une "guerre gazière" déclarée à l'Ukraine par la Russie et la Turkménie. On prétend même que la déclaration scandaleuse du Président de la Turkménie, Saparmourat Niazov, ayant notamment accusé l'Ukraine de vols au niveau d'Etat, aurait été inspirée ou même tout simplement inventée par Moscou. "Niazov a déclaré que ces propos négatifs de la direction de la Turkménie à l'endroit de l'Ukraine qu'avaient rapportés les médias russes ne correspondaient tout simplement pas à la réalité. Selon le Président turkmène, la presse russe s'est saisie des propos qu'il avait tenus il y a plusieurs années" (ForUm, 25.06).
Quoi qu'il en soit, le volume des critiques visant la Fédération de Russie est en train de diminuer, les experts ukrainiens recommandant à Kiev de chercher un compromis avec Moscou. "Il n'y aura pas de guerre plein format, alors que nous devrons quand même faire des concessions. Aussi, la Première ministre Youlia Timochenko ne devrait-elle pas faire des déclarations pouvant être considérées comme antirusses" (ForUm, 23.06).
Les médias rééditent, en outre, les commentaires de ces experts russes qui affirment que Youlia Timochenko cédera sous peu le poste de Premier ministre à l'actuel vice-Premier ministre de l'Ukraine - Anatoli Kinakh. "La venue des professionnels dans le pouvoir ukrainien va signifier un changement des priorités dans la ligne extérieure politique et économique de l'Ukraine: l'Espace économique unique (EEU) au lieu de l'Union européenne (UE) plutôt illusoire et éphémère. Mais le principal est que les relations russo-ukrainiennes vont enfin recevoir une chance pour reprendre le cadre du bon voisinage" (ForUm, 24.06).
MOLDAVIE
La visite en Transnistrie (république autoproclamée à population de préférence russophone sur le territoire de la Moldavie) de Modest Kolerov, chef de la Direction pour des rapports interrégionaux et culturels avec l'étranger à l'Administration du Président de la Fédération de Russie, a produit en Moldavie l'effet d'une bombe éclatée. Le fait même qu'un fonctionnaire russe de rang aussi élevé s'est prononcé au sujet de la République moldave de Transnistrie comme si c'était un Etat indépendant a été évalué par les médias comme un prétexte pour un scandale diplomatique.
"Brouillons et parfaitement irresponsables, les techniciens en politique du Kremlin, ne permettent pas à la Russie, en raison de leur propre incompétence, d'exercer son influence en République de Moldavie dans l'intérêt des deux pays. Autrement dit, ils jouent un très mauvais tour au Président Poutine" (Moldova Suverana, 22.06).
La rencontre de Kolerov avec la direction du Congrès des communautés russes de la Transnistrie et les représentants de 13 organisations de jeunes de la Transnistrie, faisant partie de la Corporation Internationale de Jeunes "Proryv!", a été évaluée par les médias comme un "passage en revue" démonstratif des forces anti-moldaves par un représentant russe.
On réitère sans cesse une thèse sur la politique contre-productive de la Russie, cherchant à aggraver au maximum la situation en Transnistrie. "Depuis ces derniers temps, Moscou s'est mis à violer les règles du jeu... on a même l'impression que la Russie se serait assigné pour tâche de provoquer coûte que coûte Vladimir Voronine (Président de la Moldavie)" (Journal de Chisinau, 28.06).
ARMENIE
La décision de la Russie de transférer une partie des armements dans la ville de Gümri reste toujours un sujet extrêmement douloureux pour l'Arménie. "La déclaration du chef de l'Etat-major général des Forces Armées russes sur l'intention de transférer à Gümri une base militaire de la Géorgie, déclaration faite même sans concertation préalable avec l'Arménie, témoigne une fois de plus de l'approche impérialiste de la Russie vis-à-vis de son "poste avancé" (Aib Fe, 28.06). "Si l'on voit quel matériel est transféré à Gümri, on constatera que la collecte de la ferraille continue. Le transfert des bases russes en Arménie est plutôt un facteur psychologique, et avant tout pour la Russie elle-même" (Aravot, 25.06).
Les médias signalent l'opposition manifeste de la Russie aux plans de l'Arménie pour devenir indépendante sur le plan énergétique. "L'accord sur la pose du gazoduc arméno-iranien est humiliant pour l'Arménie, car à cause d'un petit diamètre du tube, le gaz en sera transporté exclusivement à la centrale thermique de Razdan, transmise en propriété à la Fédération de Russie, tout en conservant ainsi le monopole de Gazprom en Arménie. Qui plus est, la Centrale nucléaire d'Arménie qui marche à l'uranium russe représentera dans deux à trois ans une grave menace à tout ce qui est vivant dans la république" (Aib Fe, 28.06).
GEORGIE
La décision de principe sur le retrait des bases militaires russes ne s'est pas soldée par une diminution notable des publications négatives à ce sujet. Avançant une thèse sur de très graves conséquences écologiques de la présence militaire russe, la presse est en train de préparer le fond informationnel pour revendiquer des compensations à la Russie. "Pour ce qui est des cartes des territoires minés, les Russes doivent nous les laisser, mais aussi et surtout déminer ces territoires" (Akhali Versia, 27.06).
On accuse Moscou de manipuler tant le gouvernement géorgien que l'opposition en Géorgie. "On a tout lieu de supposer que le gouvernement de la Géorgie est manipulé par des représentants de tels services de la Russie qui avaient été formés par Youri Andropov lui-même et dont l'objectif est de rattacher au plus vite la Géorgie à la Russie. Alors nous aurons affaire non au retrait des troupes, mais, par contre, à leur entrée dans le pays" (Akhali Taoba, 27.06).
Par tradition, la Russie est reconnue responsable de l'aggravation du conflit osséto-géorgien. "De telles déclarations (du nouveau leader de l'Ossétie du Nord, Mamsourov, sur une éventuelle fusion des deux Osséties) sont bien capables d'aggraver encore plus la situation déjà sans cela très compliquée dans la province de Tskhinvali, tout en provoquant même un scandale diplomatique et politique dans l'arène internationale. Du moment qu'un officiel d'une région russe en parle, il en ressort que telle est la politique de la Russie elle-même" (Khvalindeli Dge, 22.06).
AZERBAÏDJAN
Les états d'esprit anti-arméniens commencent à commander de plus en plus l'image de la Russie. "Depuis l'accord d'Istanbul de 1999 la Russie, au lieu de remplir ses engagements, continue à armer son unique partenaire stratégique et avant-poste dans le Caucase du Sud : l'Arménie". (Echo, 24.06). "L'Azerbaïdjan augmente ses dépenses militaires en raison du transfert des bases militaires russes de Géorgie en Arménie, a déclaré le président Ilham Aliev". (Day.Az, 25.06).
Des articles appelés à démontrer l'attachement du Kremlin à sa politique pro-arménienne ne cessent de paraître dans la presse. Les médias ont perçu un témoignage d'une tendance anti-azerbaïdjanaise de la politique de la Russie dans la nomination de Margarita Simonian à la tête de la chaîne de télévision Russia Today. "La nomination d'une Arménienne au poste de directeur de Russia Today doit être interprétée uniquement à travers le prisme de la politique pro-arménienne de la Russie parce que la décision de charger une Arménienne de la propagande de la politique nationale dans un Etat aussi multinational que la Russie ne peut être considérée que comme du marasme mental". (Express, 24.06).
Les médias prêtent une attention soutenue à l'expérience des pays baltes. Ils proposent notamment de présenter à la Russie des réclamations matérielles selon le "modèle balte". "Il est nécessaire de former une commission spéciale qui aurait pour mission d'établir le montant de la compensation que la Russie devra payer à l'Azerbaïdjan pour le dédommager du préjudice causé à notre pays à l'époque où il faisait partie de la Russie et de l'URSS". (Echo, 28.06).
KAZAKHSTAN
La réunion du Conseil interétatique de la Communauté économique eurasiatique a été le thème principal de la semaine. Les publications soulignent le rôle positif de cette organisation qui regroupe la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, la Kirghizie et le Tadjikistan pour le développement économique des pays membres. La décision commune de créer une banque d'investissement russo-kazakh est évoquée parmi les résultats les plus importants de la réunion. La presse souligne que l'initiateur des processus d'intégration dans le domaine financier appartient au président kazakh, Noursoultan Nazarbaev. "Les résultats des pays membres ont solidement progressé depuis ces temps derniers. Par exemple dans la période 2000-2004 le PIB a augmenté de 10,3% au Kazakhstan, de 6,5% en Biélorussie, de 4,8% en Kirghizie, de 6,2% en Russie, de 9,7% au Tadjikistan". (Kazakhstanskaïa pravda, 23.06).
Le Jour de l'affliction et de la mémoire célébré à l'occasion du 64e anniversaire du déclenchement de la Grande guerre patriotique de 1941-1945 n'a pas été un prétexte médiatique tant soit peu remarquable pour la presse. Les périodiques de l'opposition soulignent que sur les fils des actualités (tels que Kazinform et KZ-today) aucune action consacrée à cette date n'a été mentionnée. "On a l'impression que cette guerre ne nous concernait pas et que les pertes humaines subies par notre République ne se comptaient pas par centaines de milliers. Une mémoire étonnamment courte". (Navigator-II, 22.06).
KIRGHIZIE
La presse se montre compréhensible face à la lutte menée par la Russie contre le terrorisme international et à la volonté de Moscou de préserver son influence en Asie centrale. "Les menaces proférées par le fondamentalisme islamique (...) font peur dans une mesure égale à Moscou, Washington et Pékin. Si les plans des stratèges radicaux islamiques se réalisent, un nouveau centre de force pourrait voir le jour en Asie centrale, avec une population de plus de 60 millions de personnes, en mesure de créer des armes de destruction massive, des matériels aéronautiques et balistiques (...). En Asie centrale, la Russie a des intérêts traditionnels et elle entretient de bons rapports avec les élites locales" (Kyrghyz Ruhu, 24.06).
La presse cite l'avis des experts et hommes politiques qui estiment que la tactique du Kremlin visant à étouffer l'opposition en Russie conduit, objectivement, à la hausse du nombre de mécontents dans le pays et crée les prémisses d'une révolution. "Privant l'opposition de son rôle qu'elle doit avoir en politique civilisée, le pouvoir la pousse à descendre dans la rue (...). La poursuite de la politique "anti-orange" pourrait avoir pour résultat un besoin commun ressenti par la majeure partie de l'élite et de la société : défendre leur droit à l'opposition"(Gazeta.KG, 24.06).
OUZBEKISTAN
La presse pro-gouvernementale a accordé son intérêt à la visite du président ouzbek M.Karimov à Moscou. Les médias ont rivalisé dans la recherche des aspects positifs de la coopération ouzbéko-russe (Nouvelles d'Ouzbekistan, 28.06).
Les éditions d'opposition ont rappelé les raisons économiques de l'intérêt de Moscou à soutenir le régime d'Islam Karimov. "Le Kremlin, tout en calculant ses futurs revenus de la production et du transport d'hydrocarbures ouzbeks, refuse de voir que la place centrale à Andijan a été envahie non par des terroristes mais par des civils qui sont encore pro-russes" (Ferghana.Ru, 28.06).
La presse met en garde la Russie contre un soutien inconditionnel au régime de M.Karimov.
"Russes, Karimov se fout en fait de la Russie. Cet hypocrite a tout calculé, tout rangé. Le jour viendra quand il vous tournera le dos. Alors que l'hystérie anti-américaine que vous ne cessez d'attiser fait le jeu de Karimov et de ses nouveaux amis chinois" (Ouzbékistan musulman, 24.06).
Les médias reconnaissent que le face-à-face en Ouzbékistan entre le pouvoir et l'opposition reflète le face-à-face entre les grandes puissances, de l'issue duquel dépend en fait le sort du régime en place à Tachkent. "Aujourd'hui, le sort de l'Ouzbékistan dépend partiellement de l'issue de la lutte de grande puissance menée entre la Chine, la Russie et l'Amérique pour l'influence dans ce pays d'importance stratégique dont le peuple est las d'humiliations et de misère" (Uzland-uz, 22.06).
TADJIKISTAN
Les médias du pays ont largement couvert la visite du président Emomali Rakhmonov à Moscou où il a participé aux sessions du Conseil inter-Etats de la Communauté économique eurasiatique (CEEA) et du Conseil de l'Organisation du Traité de sécurité collective. La presse rappelle que dans les rapports entre Douchanbé et Moscou, il ne reste plus aucun grand problème en suspens (Avesta, 26.06).
La presse souligne la préoccupation de la Fédération de Russie face au fonctionnement, sur le territoire afghan, de camps d'entraînement de terroristes (Avesta, 23.06).
Se référant à des sources russes, les journaux soulèvent le problème des travailleurs tadjiks en Russie, lesquels, par exemple à Moscou, ont occupé la "niche sociale" des Tatars (ils y ont volontiers embauchés comme concierges et éboueurs). La presse annonce que 60% de la population d'Ekaterinbourg se prononce pour l'expulsion immédiate des Tadjiks en situation irrégulière qui vivent dans la capitale de l'Oural. "Seule une faible partie des immigrés y obtiennent l'autorisation officielle de travailler. L'an dernier, près de 7 500 permis de travail ont été délivrés bien que plus de 122 000 personnes aient obtenu leur permis de séjour (Douchanbé-Soir, 24.06).