MOSCOU, 27 juin. (Par Tatiana Sinitsyna, commentatrice de RIA Novosti).
Arbitrairement et en catimini, Transneft se livre à une étude de tracé dans le cadre du projet Sibérie orientale - Océan pacifique à proximité du lac Baïkal. Cette accusation a été formulée par le Service fédéral de contrôle de l'utilisation de la nature (Rosprirodnadzor) et la filiale russe de l'organisation écologique internationale Greenpeace. Des inspecteurs des deux structures ont publiquement déclaré que sans se soucier de la loi, les pétroliers ont commencé les travaux sur l'itinéraire leur convenant le mieux, c'est-à-dire celui qui longe l'extrémité septentrionale du Baïkal. Les arbres ont déjà été abattus sur une bande de 180 mètres de forêt. D'autre part, au mépris du règlement, les troncs ont été abandonnés de chaque côté de la trouée. Les représentants de Greenpeace et du Rosprirodnadzor ont qualifié le comportement des pétroliers d'"écocide" et déclaré que les premières démarches entreprises par Transneft avaient causé au trésor public un préjudice estimé à 260.000 roubles (le dollar s'échange contre 28,5 roubles).
Au mois de novembre 2004, la compagnie Transneft a réussi, non sans difficultés, à faire accepter son projet par le gouvernement. Seulement, à ce que prétend le directeur adjoint de Rosprirodnadzor, Oleg Mitvol, à l'époque le gouvernement n'avait entériné que le Dossier d'opportunité des investissements dans la construction de l'oléoduc du système SO-OP (Sibérie orientale-Océan pacifique). Aucune expertise écologique publique n'a été réalisée. Mais dans le document susmentionné, il avait été explicitement mentionné que le tracé de la conduite devait passer à 140 kilomètres au minimum de la rive du lac. Cependant, invoquant le fait que dans ces endroits il est impossible de réaliser les travaux en raison du mauvais relief du terrain, les propriétaires de Transneft ont porté leur choix sur un itinéraire plus propice, moins budgétivore et à proximité immédiate du Baïkal.
Poser les tubes près du lac est bien plus simple et avantageux que d'affronter la taïga épaisse et de percer des tunnels sous les monts situés sur le territoire autorisé. C'est qu'il est vraiment attractif cet oléoduc le plus long du monde (4.000 kilomètres), promis à devenir en quelque sorte l'épicentre du développement économique d'une gigantesque contrée. Par exemple la Banque japonaise de coopération internationale a promis d'investir 12 milliards de dollars dans l'ambitieux projet de Transneft. Et elle est loin d'être la seule: la Chine, la Corée du Sud, l'Inde et d'autres pays envisagent eux aussi mettre la main à la poche.
Seulement entre Taïchet et la baie Perevoznaïa, sur le Pacifique, là où se trouveront les terminaux, il y a deux territoires écologiques interdits que Transneft entend bien traverser: la rive du Baïkal, proclamé par l'UNESCO Patrimoine mondial, et la réserve biosphérique maritime d'Extrême-Orient russe, elle aussi protégée par l'UNESCO. Les adeptes du pipeline ne semblent pas du tout préoccupés que, dans ce cas, ce serait une violation grossière d'accords internationaux conclus par la Russie, en particulier de la Convention sur la protection du Patrimoine mondial naturel et culturel de l'UNESCO, signé par le pays en 1988.
Le Baïkal est le lac le plus profond au monde, il contient 20 pour cent des réserves d'eau douce de la planète. La structure endémique de ce réservoir naturel est inédite, elle est fragile et vulnérable. Cependant, c'est précisément grâce à l'écosystème exceptionnel du lac que son eau est si pure et si saine. "Si le pipeline passe à proximité du lac, une terrible menace pèsera sur toutes les sources tributaires du lac - on en dénombre des milliers, estime le coordinateur du projet baïkalien de Greenpeace Russie, Roman Vajenkov. Le moindre accident pourrait provoquer une pollution irréparable du milieu baïkalien. Alors le ratchok epishura (plancton du Baïkal) filtrant inlassablement les eaux du lac, pourrait être définitivement perdu".
"L'oléoduc qui acheminera le brut russe jusqu'aux marchés du Pacifique est une nécessité étatique, mais cela ne doit pas impliquer la mort du lac Baïkal. Exigeant de la société Transneft qu'elle respecte la législation écologique du pays, nous allons saisir le Parquet général de Russie", a déclaré le directeur adjoint de Rosprirodnadzor, Oleg Mitvol.