MOSCOU, 21 juin. (Par Andreï Kisliakov, commentateur politique de RIA Novosti).
Au début du mois de juin la Chine et la Russie ont présenté à la session genevoise annuelle de la Conférence du désarmement un document de travail thématique à partir duquel serait élaboré une convention universelle interdisant le déploiement d'armes dans l'espace.
Ce papier est consacré à la définition et aux termes utilisés dans les documents juridiques. On y trouve énoncés, entre autres, des considérations sur la définition possible de termes clés comme "objet spatial", "espace cosmique", "arme dans l'espace".
On voudrait croire que le thème de l'espace sécuritaire, devenu une nécessité objective pour la Russie et la Chine, ne sera pas moins actuel pour tous les autres pays et aboutira à une entente juridique internationale sur la prévention du déploiement d'armes dans l'espace.
Aujourd'hui l'espace est de plus en plus considéré comme un théâtre éventuel d'actions militaires. En attendant, depuis plusieurs années deux seuls pays, la Russie et la Chine, invitent instamment la communauté internationale à renoncer légalement à tout déploiement d'armes dans l'espace. Le problème ici ne réside pas uniquement dans le fait qu'historiquement l'astronautique chinoise plonge ses racines dans la russe. Il réside aussi dans la philosophie de la coopération russo-chinoise qui depuis longtemps repose sur la communauté des intérêt nationaux, bien que l'esprit de la compétition commerciale ne soit pas totalement absent.
Le secteur spatial russe est parfaitement conscient des avantages procurés par le partenariat spatial avec la Chine. Pour caractériser brièvement le programme spatial chinois, un mot vient immédiatement à l'esprit pour illustrer le pays dans son ensemble: "autosuffisance". Et ce à un degré tel que très prochainement la Chine rejoindra la Russie et les Etats-Unis pour former le trio des leaders spatiaux mondiaux. C'est la raison pour laquelle les Etats-Unis ont tout intérêt à établir ou a développer un partenariat spatial avec la Chine.
Aujourd'hui la Chine dispose de trois cosmodromes, ceux de Jiuquan, de Xichang et de Taiyuan. Toutefois, selon une dépêche diffusée au mois de mars par l'agence Chine nouvelle, un quatrième site de lancements pourrait rapidement être aménagé dans la province insulaire de Hainan, dans le sud du pays. En outre, au mois d'avril le Renmin Ribao (Quotidien du Peuple) a annoncé la mise en chantier près de Shanghai, sur un territoire de 80 hectares, d'un autre centre spatial dont la mission serait justement d'accélérer la réalisation du programme spatial national. La première tranche du nouveau site devrait être livrée en 2007, l'achèvement des travaux étant prévue pour 2010. Cet ouvrage permettra d'étendre les travaux de recherche-développement de l'Académie chinoise des technologies spatiales, là où sont conçus et mis au point les systèmes de communications et les propulseurs pour les lanceurs et les véhicules spatiaux pilotés. Parmi les lanceurs il y a la nouvelle fusée Chang Zheng-2D (Longue marche) et le véhicule piloté Shenzhou-6 (Vaisseau divin), à bord duquel deux cosmonautes chinois devraient effectuer un second vol spatial programmé pour cet automne. Ces deux Chinois passeront plusieurs jours sur orbite, pendant lesquels ils testeront la nouvelle capsule. On estime avec juste raison que cette capsule fait partie des modules du vaisseau Shenzhou qui seront utilisés pour l'assemblage prochain d'une station spatiale chinoise.
En outre, la Chine possède:
- des véhicules automatiques munis d'un module de retour, utilisés pour les prises de vues et les expériences scientifiques. Les Etats-Unis, la Russie et la Chine sont les seuls à savoir ramener sur Terre des frets ayant séjourné dans l'espace;
- des satellites scientifiques non récupérables, des satellites de télécommunications et de télévision;
- des satellites météorologiques, notamment des satellites spécialisés dans l'annonce des tremblements de terre;
- des satellites de navigation Beidou, analogues à l'américain Navstar et au russo-européen COSPAS-SARSAT.
En d'autres termes, la Chine est d'ores et déjà une grande puissance spatiale qui, à en juger par les sommes et les ressources engagées dans l'astronautique, pourrait rapidement prendre la direction des affaires dans certains secteurs. Pour ce qui est de la coopération de Pékin avec les Etats-Unis et la Chine, il faut attirer l'attention sur un détail important. En dépit de tout l'intérêt qu'ils portent au potentiel spatial - correctement évalué - de la Chine, les Etats-Unis appréhendent trop la composante militaire du programme spatial de Pékin pour envisager des contacts bilatéraux. D'un autre côté la perspective d'envisager en permanence son astronautique à travers le prise de la menace spatiale américaine ne saurait satisfaire la Chine, même si une coopération étroite avec les Etats-Unis lui permettrait éventuellement d'accéder aux technologies pointues. Ce serait peut-être là une chance pour la Russie d'affermir ses positions en entreprenant des développements spatiaux conjoints avec la Chine.