PARIS, 16 juin. (Par Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti). L'industrie aéronautique mondiale est actuellement en récession.
L'Association internationale du transport aérien chiffre à 6 milliards de dollars les pertes qu'elle subira cette année. Les compagnies aériennes ne pourront s'en sortir que si elles entrent en possession de jets plus économiques, plus puissants et plus sécurisés.
C'est ce que la société aéronautique Boeing montre au Bourget. Son Dreamliner peut emporter, selon les versions, jusqu'à 300 passagers et les transporter sans escale sur une distance de 15.500 kilomètres dans des conditions de confort optimales.
La guerre concurrentielle que se livrent les géants des industries aéronautiques américaine et européenne est sans merci. L'une et l'autre sollicitent l'Organisation mondiale du commerce en vue de sanctionner la rivale suspectée de bénéficier de privilèges financiers et de préférences économiques décrétés par le gouvernement américain ou les gouvernements des pays européens. Les deux industries ont lancé une vaste campagne publicitaire et celle-ci est particulièrement visible au Bourget.
A la différence de 2003, quand les chasseurs russes n'avaient pas pu être montrés au Bourget en raison de problèmes juridiques avec la société Noga, la Russie présente cette année les Su-27SKM à la manoeuvrabilité inégalée. Lors de chacun de ses vols de démonstration Sergueï Bogdan, pilote d'essai de la société Sukhoï, recueille pas moins d'applaudissements que la plus en vue des stars cinématographiques.
D'ailleurs, les pilotes et les avionneurs russes ont déjà habitué le public européen à ces virtuosités aériennes et les gens viennent tout spécialement au salon pour les admirer. "Ce qui est essentiel pour la Russie aujourd'hui, c'est de s'insérer dans la division internationale du travail, de se faire une niche sur les nouveaux marchés pour y écouler ses produits sophistiqués et ses services hautement qualifiés", a déclaré à RIA Novosti le maréchal d'aviation Evguéni Chapochnikov.
Cela peut paraître étrange, mais les avionneurs russes coopèrent aussi bien avec Boeing qu'avec Airbus. Des ingénieurs et des techniciens russes ont fait un apport au 787 Dreamliner et au A380. Dans le premier cas ce sont des alliages de titane qui ont grandement allégé l'ossature de l'avion tout en la rendant plus robuste. Dans l'autre ce sont des segments de la voilure, qui eux aussi sécurisent l'appareil. Dans ce domaine, le numéro un russe est incontestablement la société holding Sukhoï.
Au Bourget Sukhoï présente ses fameux chasseurs mais encore son nouveau "projet civil", à savoir un jet commercial moyen courrier qui constituera une famille d'avions régionaux (RRJ). Le mérite principal de cet appareil est qu'il est créé dans le cadre de la division internationale du travail. Des sociétés universellement connues sont impliquées dans le projet: Boeing, les français Thales (avionique et logistique) et SNECMA (moteur et nacelle motrice), ainsi que le groupement science-production russe Satourn. La télécommande sera fournie par la société européenne Liebherr et le groupement science-production russe Voskhod. Le RRJ sera doté d'un système de conditionnement conçu par Liebherr, d'un châssis Messier Dow (Etats-Unis), d'un système d'alimentation en carburant Intertechnique, d'un circuit électrique Hamilton Sundstrend, d'un équipement cabine B/E Aerospace, de moteurs auxiliaires Honeywell et russe Saliout, de fauteuils de cockpit Ipeco...
Au salon du Bourget le commentateur militaire de RIA Novosti a assisté à la présentation du Contrat de 120 millions de dollars signé entre Sukhoï et Thales. Les Français fourniront l'avionique du tableau de bord du RRJ-95 (un avions de 95 places, mais il existe aussi des versions de 75 et 65 places). Sukhoï investira une somme deux fois moins importante. Le directeur du programme RRJ, Viktor Soubbotine, nous a déclaré que le travail sur le projet battait son plein et qu'aucun retard n'était pris. En tant que programme fédéral prioritaire, il bénéficie de l'appui du gouvernement. Le premier vol du jet construit à l'usine aéronautique de Novossibirsk (Sibérie occidentale) devrait avoir lieu au mois de mars 2007.
En ce qui concerne le secteur spatial russe, le patron de Roskosmos, Anatoli Perminov, a déclaré que le programme d'actions conjointes échelonné sur quinze ans ne subira aucune amputation. Tous ses projets, y compris ceux concernant l'étude de la Lune et de Mars, seront réalisés.
Les Européens sont particulièrement intéressés au véhicule spatial récupérable Kliper, dont une maquette est présentée au Bourget. Selon Anatoli Perminov, ils sont disposés à prendre part à sa construction. Aucun cadre ne limitera cette participation. Une seule condition est émise: le groupement science-production Energuia, concepteur du projet, dirigera, coordonnera et contrôlera la totalité du travail.