L'Europe et la Russie dans l'espace post-soviétique : avant et après les référendums

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MOSCOU./ par Alexéi Makarkine, directeur adjoint du Centre des technologies politiques - RIA Novosti/.

L'échec de la constitution européenne en France et aux Pays-Bas compromet le développement du processus d'intégration européenne.

Cette évolution des événements risque d'avoir un impact très grave sur l'adhésion de nouveaux membres à l'UE. Si avant les référendums on pensait que l'Ukraine pourrait rejoindre réellement l'Europe unie d'ici dix à quinze ans, aujourd'hui ces prévisions ont l'air trop optimiste. Que dire alors de la Géorgie qui n'arrive toujours pas à recouvrer sa propre intégrité territoriale, faute de quoi elle n'aura rien à faire aussi bien au sein de l'Union européenne que de l'OTAN. Tel est également le problème de la Moldavie.

A l'heure actuelle plusieurs pays de la CEI sont dirigés par des hommes qui ont été portés au pouvoir par la vague des "révolutions de couleur" (Ukraine et Géorgie) ou qui agissent selon la même logique (Moldavie). Il est douteux qu'ils puissent renoncer réellement à la perspective européenne, même si elle est repoussée à une date indéterminée. Pour les leaders actuels cela signifierait aussi bien la révision des priorités (ce qui est en principe possible : souvenons-nous des communistes moldaves qui ont démarré en partisans de l'intégration avec la Russie pour se transformer ensuite en "occidentalistes" convaincus) que la perte de la face. D'autre part, on aurait tort de sous-estimer l'attrait de l'Europe : l'effet négatif de l'échec de la constitution peut, dans un avenir prévisible, céder la place à une nouvelle flambée d'euro-optimisme. D'autre part, l'UE peut élaborer un système de palliatifs qui permettraient aux candidats à l'adhésion de garder l'espoir de s'intégrer au "club des élus" sans y entrer cependant comme membre à part entière, par exemple en instituant le statut de membre associé de l'UE. Il ne faut pas oublier que l'Europe n'est pas la seule à briguer le rôle de patron de ces pays. Il y a aussi les Etats-Unis dont l'influence n'a nullement diminué et a peut-être même augmenté au lendemain des référendums français et néerlandais.

Cependant, la différence entre les pays de la CEI et ceux qui sont déjà admis à l'UE réside dans le fait que les élites en Ukraine, en Géorgie et en Moldavie ne sont pas orientées uniquement sur l'Europe. En Hongrie, par exemple, les partis qui se sont succédés au pouvoir - socialistes, libéraux, conservateurs - avaient tous la même vision de la priorité de l'intégration européenne. Les divergences ne portaient que sur les dates et les méthodes. C'est pourquoi les multiples successions des coalitions au pouvoir n'ont pas influé sur l'option du pays pour l'Europe.

En Ukraine la situation est différente. L'élite est divisée en pro-russe et en pro-occidentale, tout comme les électeurs, comme l'a démontré de façon convaincante la campagne électorale de l'année dernière. D'autre part, les milieux d'affaires soutiennent l'idée de l'Espace économique unique et considèrent avec méfiance le projet européen en raison de son caractère hypothétique et des problèmes que pose la réalisation de leurs produits sur les marchés européens. En Moldavie, les forces pro-russes conséquentes n'ont pas eu de siège au parlement à cause de leur stratégie électorale irrationnelle : elles se sont présentées aux élections en deux éléments distincts. En Géorgie, la politique nettement pro-occidentale de Mikhaïl Saakachvili se combine mal avec la tradition historique de ce pays orienté depuis toujours sur la Russie. Bref, en dépit de l'effet brillant des "révolutions de couleur", tout n'est pas résolu - et de loin - dans ces pays.

C'est là que s'ouvrent de bonnes perspectives pour la Russie. A la différence de l'Europe criblée de contradictions entre ses différents pays, la Russie a une seule volonté politique. Elle propose à ses voisins des projets avantageux concrets dans le domaine économique au lieu d'un espoir d'intégration dans un avenir de plus en plus lointain. De surcroît, la Russie pose beaucoup moins de conditions aux pays voisins : rappelons que l'étape préalable de l'intégration européenne est assortie d'une multitude de conditions de nature économique et politique.

Autant dire qu'après les "révolutions de couleur", le pendule peut balancer du côté opposé. Les travaillistes en Géorgie se voient offrir une chance, les socialistes progressistes en Ukraine, le mouvement "Patrie" en Moldavie, autant dire ceux qui défendent avec le plus de conviction et de conséquence l'idée du rapprochement avec la Russie.

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