MOSCOU, 6 juin (par Vassili Kononenko, commentateur de RIA Novosti).
Les "Izvestia", l'un des journaux russes les plus respectables qui va bientôt fêter son 90e anniversaire, a été vendu.
Il a été acheté par "Gazprom-Media", holding qui possède aujourd'hui les blocs de contrôle des chaînes de télévision NTV, "NTV-plus", TNT, de plusieurs stations radio, y compris "Echo de Moscou", enfin, de la maison d'édition "Sem dneï" ("Sept jours").
"Gazprom-Média" a publié l'annonce officielle, selon laquelle il a acheté à la "Maison d'édition "Prof-Média" 50,19 % des actions de la "Rédaction du journal "Izvestia". Le montant de la transaction n'est pas cité, mais les experts estiment que le marché peut varier entre 20 et 25 millions de dollars US. Ce qui n'est pas énorme.
A peine avaient-ils appris le rachat du journal, que les journalistes et les autres employés de la rédaction ont tout de suite touché leurs arriérés de salaires pour deux mois. Il s'avère que le paiement des dettes du personnel était la condition de l'accord conclu entre les deux médias.
Après l'acte formel de passation des affaires entre les managers principaux - lorsque le directeur général de "Prof-Média" Rafael Akopov a transmis les affaires au directeur général de "Gazprom-média" Nikolai Senkevitch - le nouvel administrateur a rencontré pour la première fois les journalistes à la rédaction des "Izvestia".
Nikolai Senkevitch a parlé comme suit du but de l'achat: "Le journal nous a plu, nous l'avons acheté, car "Gazprom-média" s'intéresse aux médias politisés". Ensuite, Nikolai Senkevitch s'est repris: "aux médias de bonne qualité". Rafael Akopov, représentant de l'ancien propriétaire, a expliqué autrement le sens de cette transaction: "Nous avons décidé de passer aux publications tabloïds qui rapportent bien".
En effet, il est douteux que la compagnie d'Etat "Gazprom" puisse acquérir cet actif en s'inspirant uniquement des intérêts du business. Le journal "Izvestia" se trouve actuellement dans une situation financière difficile, ce qui était inévitable: ces derniers mois, la nouvelle équipe de journalistes talentueux a fait beaucoup. Des articles critiques bien argumentés ont été publiés, la maquette a changé, l'édition moscovite s'est accrue, c'est pourquoi le prestige du journal s'est élevé considérablement. Depuis le mois d'avril, il paraît en couleur. Mais tout cela a entraîné de grandes dépenses. Néanmoins, ces mesures ont attiré des annonceurs sérieux et, en perspective, les "Izvestia" auraient pu parvenir à l'autogestion.
Mais, quoi qu'il en soit, pour l'acheteur qui ne pense qu'au profit, un journal politique russe ne peut pas être une marchandise attrayante: telle est aujourd'hui la situation sur le marché de la presse écrite. C'est pourquoi il est tout simplement déplacé de parler d'acquisition avantageuse du point de vue économique pour Gazprom. Une autre version paraît plus véridique: le monopole d'Etat, dont le chiffre d'affaires s'élève à des milliards, continue à explorer les médias influents en songeant à l'avenir, par exemple, aux élections législatives de 2007 et à l'élection présidentielle de 2008. Par conséquent, la logique du changement de patrons des "Izvestia" ne peut relever que de la grande politique.