Alou Alkhanov: Les musulmans eux-mêmes doivent lutter contre la terreur

© RIA Novosti . Alexander Vilf / Accéder à la base multimédiaAlou Alkhanov
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Le Président de la Tchétchénie, Alou Alkhanov, a proposé de créer un centre islamique scientifique chargé d'évaluer les attentats terroristes dans le monde et d'interpréter comme il se doit les postulats de l'islam.

Le Président de la Tchétchénie, Alou Alkhanov, a proposé de créer un centre islamique scientifique chargé d'évaluer les attentats terroristes dans le monde et d'interpréter comme il se doit les postulats de l'islam.

A défaut de quoi, les jeunes déjà enrôlés pour perpétrer des actes de terreur estimeront toujours que le terroriste-kamikaze se retrouve au paradis tout de suite après un attentat-suicide.

"Aujourd'hui, le rôle de nos dignitaires religieux et de nos savants dans l'opposition au radicalisme islamique est extrêmement insignifiant", a constaté Alou Alkhanov, en intervenant au forum russo-saoudien qui s'est déroulé à Moscou les 24 et 25 mai dernier. De l'avis du Président de la Tchétchénie, "le plus efficace dans la lutte contre le terrorisme international serait que les Etats à populations musulmanes interviennent aux premiers rangs de cette lutte contre le terrorisme".

L'idée selon laquelle ce sont en premier lieu les musulmans eux-mêmes qui doivent lutter contre la terreur sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations est aujourd'hui très populaire dans l'umma (communauté) musulmane mondiale. Et la Russie n'y fait pas exception.

"On ne doit pas répéter à l'infini que "l'islam est pour la paix", car l'islam n'a pas besoin de se justifier. Nous devons évaluer clairement tout ce qui se passe dans le monde et en Russie, tout en reconnaissant que nombre de nos problèmes sont dus au fait que nous autres, y compris des leaders spirituels et les représentants des associations publiques, nous travaillons mal", a déclaré dans une interview à RIA-Novosti le président de l'association publique islamique russe "Al-Khak" ("Justice"), Kamiljan Kalandarov.

"Les profanations de l'islam et la nette compréhension des problèmes qui existent aujourd'hui au sein de l'umma ont enfin eu pour effet que l'élite musulmane de Russie s'est rendu compte de la nécessité d'intensifier ses efforts publics", estime Kamiljan Kalandarov.

Et de faire remarquer que durant de longues années la Russie a été dépourvue d'organisation publique à même d'interpréter les intérêts de l'ensemble de l'umma musulmane. De temps à autre, des partis et blocs éphémères apparaissaient, anticipant sur les nouvelles élections à la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe) pour disparaître pratiquement tout de suite après.

Et voilà qu'enfin en avril 2005, pour la première fois depuis ces cinq dernières années, le mouvement islamique d'audience nationale "Al-Khak", créé sur la base de l'Institut des doits de l'homme, a été officiellement enregistré. A présent, un autre mouvement - "Patrimoine islamique de Russie" (RIN) - est au stade de la procédure d'enregistrement.

Il est significatif que des représentants du pouvoir participent aux activités de ce mouvement. Il s'agit en l'occurrence de deux membres du Conseil de la Fédération (Chambre haute du Parlement russe) - Oumar Djabraïlov et Ralif Safine qui sont aussi tous les deux d'importants hommes d'affaires. Cela n'est pas seulement un signe du regain d'activité de l'élite islamique, mais aussi de l'intérêt évident des autorités russes pour la création d'associations islamiques dans le pays. L'une des tâches premières de "Al-Khak" consiste notamment à défendre les droits des musulmans, à servir d'intermédiaire entre ceux-ci et les autorités régionales. Comme l'a dit Kamiljan Kalandarov, "si les directions spirituelles contrôlent l'islam dans les mosquées, nous voudrions contrôler les processus qui se déroulent en dehors de la mosquée".

Les associations publiques pourraient intervenir dans des litiges qui surgissent à l'intérieur même de l'umma, ainsi que jouer le rôle d'intermédiaire entre l'umma, d'une part, et l'Etat, de l'autre. A ce jour, le mouvement a d'ores et déjà établi des contacts très étroits avec les directions spirituelles des musulmans. Désormais, sa tâche essentielle est de créer ses filiales dans les régions. Le RIN se tourne, lui aussi, vers les régions. Les deux mouvements estiment nécessaire de donner aux jeunes qui sont désorientés au sein des institutions spirituelles officielles une possibilité de se consacrer aux activités politiques et publiques.

"Nous nous assignons également pour objectif d'être élus dans les organes locaux du pouvoir législatif et de nous retrouver dans l'exécutif, nous voulons y promouvoir des jeunes actifs qui ne sont pas liés avec les Directions spirituelles des musulmans et se trouvent même souvent en conflit avec elles. Ces jeunes gens ont une bonne instruction islamique et laïque, ils sont politiquement actifs. Aussi, faut-il tout faire pour qu'ils ne

rejoignent pas les extrémistes et soient engagés dans des projets sociaux", a noté Kamiljan Kalandarov.

L'intensification des activités dans le domaine informationnel est une autre tâche de taille pour les musulmans de Russie et non seulement pour eux seuls, comme le démontre l'expérience pratique. La nécessité de ces activités est devenue particulièrement évidente à la lumière du scandale qu'a provoqué la publication dans l'hebdomadaire américain "Newsweek" de l' article sur la profanation du Coran sur la base US de Guantanamo où sont détenus des prisonniers talibans. Selon Kamiljan Kalandarov, il est difficile pour les musulmans d'y distinguer la vérité de l'invention. Ce sont essentiellement des extrémistes de tout bord, notamment ceux qui arborent les drapeaux de l'islam, qui interviennent très énergiquement et avec professionnalisme dans le domaine informationnel. Ce sont ces individus qui conditionnent la communauté musulmane, et c'est à leur aune que l'on juge souvent de l'islam en général. C'est pourquoi l'une des tâches qui se posent aujourd'hui aux musulmans de Russie est de coopérer plus étroitement et plus professionnellement avec les médias, ainsi que de créer leur propre édition d'information et d'analyse, édition qui soit crédible. "Sans cela, il sera tout simplement impossible de protéger les musulmans contre les provocations informationnelles, et toute information négative - peu importe que ce soit une vérité ou un mensonge - pourrait faire exploser la situation dans telle ou telle partie du monde", dit Kamiljan Kalandarov.

Et là, la proposition du Président de la Tchétchénie, Alou Alkhanov, est particulièrement d'actualité - les musulmans doivent eux-mêmes débrouiller la vérité du mensonge, distinguer qui est un juste, et qui est un pécheur.

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