Azerbaïdjan: l'oléoduc, les Américains et les wahhabites

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MOSCOU, 24 mai - par Alexeï Makarkine, directeur général adjoint du Centre des technologies politiques, en exclusivité pour RIA Novosti.

Ces derniers temps, le rapprochement entre Washington et Bakou est évident, ce dont témoigne l'inauguration le 25 mai de l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan contournant la Russie.

 Beaucoup d'experts affirment à l'unanimité que le projet revêt un caractère moins économique que géopolitique et que sa réalisation s'inscrit dans la logique de la présence américaine dans cette région stratégique.

De temps à autre, des médias évoquent les projets de Washington d'installer des sites militaires sur le territoire azerbaïdjanais. On parle même de "forces mobiles provisoires" qui, pourtant, resteront longtemps dans la région. Ces forces auraient pour mission de protéger le nouvel oléoduc ainsi que de faire pression sur l'Iran et la Russie.

Les officiels azerbaïdjanais ont démenti ces informations, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu de négociations dans ce sens. Un autre bruit n'a été ni confirmé ni infirmé par le ministère de la Défense, celui de l'éventuelle mise en place d'un bloc militaire entre l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, une sorte de "filiale" de l'OTAN. On affirme même que la nouvelle alliance pourrait avec le temps intégrer l'Ukraine.

Pour l'OTAN, ce projet paraît assez attrayant. En effet, les trois ex-républiques soviétiques ne correspondent pas aux critères d'adhésion à l'alliance: l'évolution démocratique, le règlement des litiges territoriaux (en Géorgie et en Azerbaïdjan) et l'absence des sites militaires appartenant à des pays extérieurs à l'OTAN (la Russie possède des bases militaires en Géorgie, alors que sa flotte de la mer Noire est stationnée à Sébastopol, en Ukraine). Par contre, une "mini-Alliance" offre des exigences beaucoup moins strictes, mais aussi des perspectives d'adhésion à l'OTAN à moyen ou à long terme. Parallèlement, le rôle de l'OTAN en Turquie doit se renforcer pour compenser le long processus d'intégration de celle-ci dans l'Union européenne. Plus tard, des sites américains pourraient surgir en Géorgie. L'oléoduc qui passe par les trois pays s'annonce comme un élément de consolidation.

Il est clair que cette perspective ne réjouit pas la Russie qui cherche à gagner du temps sur la question du retrait de ses bases de Géorgie et à obtenir l'assurance que les Américains ne viendront pas la remplacer. On n'exclut pas non plus les risques politiques importants pour l'Arménie, qui n'a pas encore oublié le génocide turc de la Première Guerre mondiale, et l'Iran, qui est la cible potentielle d'une agression armée américaine.

Toutefois, un problème inattendu semble entraver l'expansion américaine. On sait bien qu'en Azerbaïdjan il existe une confrontation farouche entre le régime et l'opposition laïque qui préconise les libertés démocratiques. Il y a peu, la police a violemment dispersé une manifestation de l'opposition en passant à tabac des dizaines de personnes.

En principe, les Américains coopèrent tant avec les officiels de Bakou qu'avec l'opposition, mais ils ne se hâtent pas de mettre leurs œufs dans le même panier. Il existe aussi une "troisième" force, de plus en plus populaire, dans le pays. Ce sont les représentants de l'islam radical, dits "wahhabites".

Pour le leader des communistes azerbaïdjanais, Ramiz Akhmedov, la montée du wahhabisme est imputable aux leaders de l'islam traditionnel qui perdent leur autorité parmi les croyants. Leur comportement, selon le communiste, fait que les gens commencent à rechercher "un islam pur" et se convertissent au radicalisme.

On sait que pour les islamistes radicaux les États-Unis et l'Occident ne sont pas moins perçus comme des ennemis que les régimes autoritaires des pays musulmans. La hausse de la popularité des wahhabites en Azerbaïdjan risque de créer des problèmes sérieux tant pour l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan que pour les projets de coopération militaire de Bakou avec l'Occident.

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