Un Kassianov non sollicité appelle les libéraux sous ses drapeaux

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MOSCOU, 19 mai - RIA-Novosti. Intelligent et brillant, connu des leaders du G7, il formule impeccablement ses pensées et choisit sans faute le meilleur moment pour son sourire hollywoodien.

Pour des experts, Mikhaïl Kassianov est, déjà, un Youchtchenko russe. L'ex-premier ministre, par analogie au scénario ukrainien, pourrait devenir, à leur avis, un candidat pour une opposition unifiée russe.

Pour la deuxième fois depuis le début de l'année, Kassianov fait son apparition en public, comme s'il voulait attirer l'attention sur sa personne. Son message est clair : le "Youchtchenko russe" est prêt aux élections.

Mais pourquoi alors le maréchal n'a toujours pas d'armée ?

Après la première conférence de presse de Kassianov en février - l'ex-premier ministre y faisait savoir ses projets de se mettre à la tête de l'opposition, les leaders des libéraux, dans leur majorité, se sont empressés de jeter la pierre au candidat en potentialité.

D'aucuns lui reprochent la ligne "anti-populaire" de son gouvernement, d'autres sa proximité de l'équipe de Boris Eltsine, d'autres encore divers bruits. Même rejet du côté du rassemblement libéral dont les chefs ont déclaré que Kassianov jettera un discrédit, par son passé, sur le nouveau projet politique.

"Mais Kassianov n'essaie même pas d'apparaître en "habit blanc", il prend l'engagement d'unir le flanc. Or on peut coller une étiquette à n'importe quel politique", estime Irina Khakamada, leader du partir Notre choix.

Après sa première apparition en sa nouvelle qualité de candidat au rôle de leader d'opposition, aucune jeune pousse n'est venue enjoliver l'emblavure de l'union des libéraux.

Juste au contraire, les dissensions se sont accentuées au camp libéral. Le divorce entre Garri Kasparov et Vladimir Ryjkov, qui s'étaient toujours prononcés en faveur d'un rassemblement des démocrates, en est la preuve la plus récente.

"Les libéraux luttent non pour un rassemblement mais pour les premières places sur la liste électorale. Kassianov est à n'en pas douter un concurrent redoutable et, d'ailleurs, il représente l'establishment", confie Irina Khakamada à RIA-Novosti sa vision du problème.

Mais elle est certaine que les démocrates finiront tôt ou tard à se ranger derrière l'ex-premier ministre, à condition que ce denier s'occupe d'un travail politique réel.

Avis partagé par Sergueï Glaziev, un des leaders du Bloc des patriotes de gauche.

"Le potentiel politique de Kassianov en fait le candidat numéro un. Son expérience, sa notoriété lui impartissent le rôle de locomotive dans le rassemblement des libéraux cosmopolites", dit Glaziev à RIA-Novosti.

"Les libéraux n'ont pas de choix : soi ils suivent Kassianov, soi ils perdent les élections à la Douma", affirme le politique.

Il souligne que la ligne appliquée par le gouvernement Kassianov ne lui était point sympathique, même il reconnaît que dans les années où il occupait le poste de premier ministre la Russie a manifesté des taux de croissance enviables.

Sur fond de silence éloquent des libéraux, Kassianov a élargi jeudi son "message" politique, appelant sous ses drapeaux les sociaux-démocrates également.

"A l'étape actuelle, je ne juge pas utile de se mettre à la tête d'un parti. Cette question ne se pose pas aujourd'hui. Je déploie des efforts sur le plan de la réunification des forces démocratiques, pas obligatoirement aux tendances libérales et de centre droite", explique Kassianov.

Le politique produit ses arguments : l'affaire Yukos près de son dénouement, les nouvelles règles des élections à la Douma qui réduisent les chances des libéraux de passer à la Chambre basse.

Mais, selon toute vraisemblance, le Youchtchenko russe aura pour toute réponse un silence. Un leader trop éclatant pourrait éblouir ceux qui, des années durant, cultivent assidûment leur jardin démocratique.

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