MOSCOU (par Andrei Kisliakov, commentateur politique de RIA Novosti).
On peut affirmer sans crainte d'exagérer que la prochaine décennie sera décisive pour la cosmonautique russe, car ce sera la période de mise en œuvre du nouveau programme pour les années 2006-2015, dont l'élaboration s'est achevée à la fin de cette semaine.
La concertation de ce document aux ministères du Développement économique et des Finances va s'accélérer.
Selon Anatoli Perminov, chef de Roskosmos (Agence fédérale spatiale russe), le programme avait d'abord trois versions: innovation active, modérée et passive. "Compte tenu du financement réel possible, la version modérée a été retenue. Il est prévu de débloquer 305 milliards de roubles à cette fin", a-t-il expliqué.
"Le financement prévu dans le programme permettra à la Russie de conserver son statut de grande puissance spatiale, de mettre en œuvre son potentiel scientifique et technique, de préserver l'industrie et les emplois, de renforcer ses positions sur le marché mondial et de protéger le marché spatial russe", estime Anatoli Perminov.
Un des objectifs principaux de Roskosmos est de développer l'industrie spatiale pour "produire dans nos entreprises, avec nos équipements, un matériel compétitif et jouissant d'une demande aussi bien dans le pays qu'en dehors de ses frontières". Pour étayer la nécessité de produire du matériel spatial dans les entreprises russes, Anatoli Perminov a évoqué le coût de la création de quatre appareils de sondage de la Terre à distance. En Russie, ce travail coûte 4 milliards de roubles. "A l'étranger, il reviendrait quatre fois plus cher", a-t-il souligné.
Cependant, le budget assez modeste de la cosmonautique russe, comparable aux investissements réalisés dans ce secteur, par exemple, par l'Inde, exige la participation active de la Russie aux projets internationaux. "Ces projets nous rapportent un rouble sur trois", a expliqué le chef de Roskosmos.
L'Union européenne devient le partenaire principal de la Russie dans l'exploration de l'espace. Selon Anatoli Perminov, la Russie "coopère étroitement avec l'Europe dans de nombreux programmes: sur les fusées porteuses (projet "Soyouz-Kourou") et les appareils spatiaux".
Cela étant, l'intégration de la cosmonautique russe dans l'espace spatial européen est à l'ordre du jour. Mais cela ne signifie pas que la Russie doit faire partie de l'Agence spatiale européenne (ASE). De l'avis d'Anatoli Perminov, "pour l'instant, la Russie n'a pas besoin de faire partie de l'ASE dans le format qu'on nous propose".
La nécessité de l'adhésion de Roskosmos à l'ASE a été maintes fois soulignée par Jean-Jacques Dordin, directeur de l'agence européenne.
Mais l'examen de la création de la "maison spatiale européenne" vient de commencer. Une délégation européenne conduite par Jean-Jacques Dordin arrivera cet été à Moscou avant l'ouverture du Salon aérospatial du Bourget. "Nous élaborerons notre programme d'actions ultérieures de façon à nous inscrire organiquement dans le programme spatial de l'Europe", a déclaré Anatoli Perminov.
L'adoption prochaine du nouveau programme spatial russe sera, entre autres, un instrument permettant de diriger le processus de création de la cosmonautique européenne.