Varsovie-Moscou : dialogue de deux cultures

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MOSCOU. /par Anatoli Korolev, commentateur politique de RIA Novosti/. L'exposition d'œuvres d'art Varsovie-Moscou qui se tient actuellement dans la capitale polonaise reflète, miroir impartial, les difficiles relations historiques bilatérales, plus souvent dominées par l'animosité que par la cordialité.

Néanmoins, l'exposition de tableaux et de sculptures d'auteurs polonais et russes fait plutôt penser à la proximité des deux peuples slaves qu'à leur différence.

Au début du siècle, la Pologne comme la Russie étaient fascinées par l'art nouveau. La grâce des lignes et la splendeur des couleurs dominent les toiles du Polonais Jozef Mehoffer et du Russe Victor Borissov-Moussatov. Les artistes des deux pays étaient pénétrés d'un sentiment mutuel de respect, voire d'admiration. Cela se lit sur les portraits d'Olga Della-Vos-Kardovskaya qui a peint avec adoration la jeune Anna Akhmatova (1914) et le brave Nikolaï Goumilev (1909). Cependant, c'était une époque où la Pologne était une partie de l'Empire russe et le temps d'applaudir la culture russe ne semblait encore pas arrivé.

Mais comment la Pologne a-t-elle salué son indépendance en 1918?

La "Polonia", allégorie de la Pologne par Jacek Malczewski, est une femme nu-pieds aux formes immenses, portant une couronne et une capote militaire sur ses épaules grasses, demandant l'aumône aux soldats allemands dont on ne voit que les bottes.

Ainsi commençait la révolution dans les esprits. La liberté a été saisie à la volée par les artistes polonais pour enterrer leur ancienne mentalité, phénomène que nous connaissons bien. Les futuristes David Bourliouk et Vladimir Maïakovski ont tourné en dérision la Russie tsariste. Et ils n'étaient pas les seuls. En Pologne, cette fêlure d'âme funèbre provoquée par la rupture avec le passé colonial a été plus durable et, en fait, a poussé la culture polonaise, rongée par le poison de l'autoflagellation, sur l'accotement de la culture européenne.

A en juger par les œuvres exposées, les artistes polonais n'ont pas connu l'emphatique énergie au service du prolétariat qui animait leurs confrères russes. Cependant, engagée dans cette voie, l'avant-garde russe a occupé le devant de la scène au XXe siècle. Preuve éclatante, les premières caricatures composées en commun par le bolchevik Vladimir Maïakovski, l'esthète Aristarkh Lentoulov et le suprématiste Kazimir Malevitch. Ce mur de rire est l'une des plus grandes réussites de l'exposition. A propos, Malevitch et Mikhaïl Vroubel, deux génies russes d'origine polonaise, sont les figures de proue de l'exposition du centenaire. Les graines polonaises plantées dans la terre russe ont donné des fruits effectivement phénoménaux, ce que l'on ne peut pas dire de ceux qui sont restés dans leur patrie historique. Seule le sculpteur Dunikowski et le peintre Sledzinski ont l'air respectable parmi les chefs-d'œuvre de Valentin Serov, de Filipp Maliavine, de Lioubov Popova, d'Alexandre Deineka et de Natalia Gontcharova. Notons au passage que les organisateurs polonais de l'exposition n'ont pas tenté de diminuer le nombre de toiles russes qui estompaient souvent l'impression des tableaux polonais.

La peinture polonaise d'après-guerre porte l'emprunte d'un enthousiasme fatigué, comme notre réalisme socialiste : usines, chantiers, travailleurs de choc, trayeuses de vache. Saisir l'ironie dans le doucereux portrait de Lénine réalisé par Jerzy Krawszyck (le chef de la révolution lit une missive près de la fenêtre) n'est donné qu'à l'amateur éclairé qui percevra l'allusion à la "Jeune fille lisant une lettre" de Vermeer.

La liberté recouvrée par la Pologne et la Russie, d'abord à l'époque de la perestroïka et puis au lendemain de l'éclatement de l'URSS, n'a pas - paradoxe ! - engendré d'œuvres remarquables dans les deux pays. "Khatyn", toile immense d'Edward Dwurnik (1989), est plutôt de la politique que de la peinture. On peut dire la même chose de "Staline et l'ours", une caricature de deux mètres par Léonide Sokolov (1994) où le chef soviétique et l'animal symbolisant la Russie urinent sur la carte de l'URSS. Une figue gardée dans une cachette et qu'on ressort lorsque le danger est passé.

Dressant le bilan des cent ans de rivalité des deux cultures, l'exposition Varsovie-Moscou confirme de façon éloquente qu'à travers le prisme de l'histoire nous voyons l'unité de la mentalité slave, la ressemblance des réactions artistiques, qui se traduit par la primauté de l'émotion sur la raison. Et aussi les mêmes préférences coloristiques.

Au point que Paris ne distinguera pas du coup le principe polonais du principe russe. Quant à l'Amérique, pour elle les Français, les Russes et les Polonais représentent un style unique, celui de la partie orientale du Vieux Monde.

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