Le 18 novembre 2004, le Président russe Vladimir Poutine a pour la première fois laissé entendre que Moscou était prêt à rembourser avant terme ses dettes au Fonds monétaire international (FMI) et au Club de Paris. Au cours des mois qui ont précédé cette déclaration, le gouvernement russe a accumulé au Fonds de stabilisation l'argent indispensable à l'amortissement de ces dettes. Le Fonds de stabilisation était constitué principalement par les recettes du budget fédéral provenant des taxes à l'exportation du pétrole, dont les prix avaient battu des records tout au long de l'année dernière. Ainsi, en l'espace d'une seule année, quelque 30 milliards de dollars ont été accumulés au Fonds de stabilisation qui ne cesse de grandir. Malgré l'opposition de certains membres haut placés du gouvernement fédéral, le ministre des Finances Alexeï Koudrine a quand même réussi à faire en sorte que l'argent accumulé au Fonds de stabilisation ne soit pas alloué aux programmes budgétaires. Il a su insister sur la nécessité du remboursement anticipé de la dette extérieure du pays.
Les négociations avec le Club de Paris ont commencé en 2005. Au début, la Russie espérait pouvoir rembourser toutes ses dettes avant terme, mais obtenir aussi et surtout en contrepartie de cette initiative une substantielle réduction sur la somme à rembourser. Néanmoins, ces espoirs des négociateurs russes ne se sont jamais réalisés, car les créanciers qui escomptaient des intérêts n'ont consenti aucune réduction. Pire, selon certaines informations, ils auraient même revendiqué une prime pour avoir accepté l'amortissement anticipé de la dette russe. La situation s'aggravait, entre autres, du fait que l'unanimité ne régnait pas parmi les créanciers eux-mêmes, car certains d'entre eux avaient plus besoin que d'autres d'argent liquide. Mais déjà à l'époque, certains analystes faisaient remarquer que le Club de Paris n'était pas en position de marchander avec la Russie. Tim Ash de la société d'investissement "Bear Sterns" a, par exemple, déclaré à l'agence Reuters en février dernier: "Il est tout à fait absurde de réclamer des compensations quelconques. Le remboursement de la dette selon sa valeur nominale, c'est tout ce que peut revendiquer le Club de Paris. Qui plus est, le risque n'est pas exclu que la Russie se retire des négociations en cours et utilise les liquidités disponibles du Fonds de stabilisation pour racheter ses autres créances".
Initialement, les autorités russes auraient voulu rembourser au Club de Paris au moins les deux tiers de l'ensemble de la dette, c'est-à-dire 30 milliards de dollars. On prévoyait à l'époque d'échelonner l'amortissement des dettes sur deux ou trois ans. Néanmoins, au cours des dernières négociations, les parties sont parvenues à un autre accord. Ne tenant pas du tout à perdre les intérêts sur les remboursements, les créanciers n'ont accepté de toucher "que" 15 milliards de dollars, mais à condition que cette somme leur soit versée dans les quatre mois à venir, soit d'ici le mois d'août prochain. Le ministre des Finances Alexeï Koudrine a déjà déclaré aux journalistes que le remboursement anticipé d'une somme aussi importante permettrait à la Russie d'économiser sur les intérêts quelque six milliards de dollars. Selon l'information fournie par Alexeï Koudrine, au début, l'amortissement de cette partie de la dette avait été prévu pour 2020. L'économie sur les intérêts au cours de cette période va constituer ces six milliards de dollars qui peuvent désormais être investis dans l'économie nationale russe. A part l'entente enregistrée sur le remboursement anticipé de 15 milliards de dollars, les négociateurs russes ont réussi à persuader les créanciers de ne pas convertir la dette russe en eurobonds (comme l'a fait, par exemple, l'année dernière l'Allemagne avec une partie de la dette) pendant les dix-huit mois à venir. En outre, il n'est pas, non plus, à exclure que les créanciers acceptent de signer un accord supplémentaire sur l'amortissement anticipé d'encore 6 à 10 milliards de dollars sur la dette russe.
Bien que la Russie n'ait pas réussi à obtenir un accord sur la totalité de la dette qu'elle voudrait rembourser, on a tout lieu de qualifier de réussite les négociations qui viennent de s'achever. En effet, d'un seul coup, la dette extérieure du pays s'est réduite de 15 milliards de dollars, et grâce à cela, dans les deux à trois ans qui viennent (de 2006 à 2008), le budget fédéral économisera quelque 2,25 milliards de dollars sur les intérêts. Bien plus, dans une perspective à moyen terme, cette économie pour le budget se montera à six milliards de dollars. La crise financière de 1998 en Russie et la pyramide de bonds du Trésor (GKO) avaient plongé le pays dans le gouffre du défaut de paiement de quelque 40 milliards de dollars de créances. Et voilà que seulement sept années plus tard, la Russie rembourse ses dettes. Bien plus, elle le fait en anticipant sur le calendrier.
Cette réussite extraordinaire peut aussi élever la note souveraine de la Russie. Ainsi, l'agence de notation "Fitch Ratings" a déjà annoncé que l'entente enregistrée avec le Club de Paris pouvait contribuer largement à l'élévation de la note de la Russie. On doit sans doute évoquer tout spécialement la victoire remportée par le ministre des Finances, Alexeï Koudrine, qui a joué tout son capital politique pour obtenir que l'argent du Fonds de stabilisation serve à rembourser les dettes extérieures. Après avoir remboursé 15 milliards de dollars au Club de Paris, Alexeï Koudrine mettra le Fonds de stabilisation à l'abri de toutes les éventuelles ponctions destinées à financer les divers programmes gouvernementaux, car à l'issue des remboursements en question, le montant du Fonds de stabilisation se réduira pratiquement au niveau de la réserve intangible (18 milliards de dollars). Bref, Alexeï Koudrine peut se féliciter d'avoir allégé du fardeau de la dette, mais aussi et surtout d'avoir protégé l'économie russe contre la pression inflationniste supplémentaire qui n'aurait pas tardé à résulter de l'utilisation de l'argent du Fonds de stabilisation.