"Il importe que le droit naturel de choisir le modèle de développement et d'élire le pouvoir soit exercé dans le cadre constitutionnel légal et ne soit pas imposé de l'extérieur avec des conséquences déstabilisatrices pour le pays lui-même et la région dans son ensemble", a indiqué le chef de la diplomatie russe.
Et d'ajouter que la Russie ne s'occupe pas de la relève des régimes politiques en mettant en oeuvre sa propre politique extérieure, mais est prête, au contraire, à coopérer avec toutes les forces politiques dans les Etats de la CEI.
"Nous connaissons ces personnes, et nous sommes prêts à travailler avec n'importe quel Président et avec n'importe quel gouvernement accédant au pouvoir", a souligné Sergueï Lavrov.
Le ministre a fait remarquer que les partenaires occidentaux comprenaient eux aussi qu'il est inadmissible de transformer la CEI en champ de rivalités avec la Russie. "Nous ne voulons pas que la CEI se transforme en champ de rivalités avec qui que ce soit. Nous n'ambitionnons pas le monopole dans cette région, mais nous n'admettrons pas non plus que quelqu'un d'autre y exerce son monopole", a noté le ministre russe des Affaires étrangères.
Selon Sergueï Lavrov, sur cette question précise, la Russie est en train de mener un dialogue avec les Etats-Unis et l'Union européenne (UE). "Le Sommet Russie-UE a montré que Bruxelles comprend que considérer la CEI comme un champ pour rivalité est sans perspective", a dit le diplomate.
La Russie est prête à coopérer dans cette région avec ses partenaires occidentaux, que ce soit pour régler les conflits ou réprimer le terrorisme, a-t-il continué.
"Nous comprenons que nos partenaires occidentaux ont des intérêts dans cette partie du monde, vu la proximité de l'Afghanistan et la menace du narcotrafic. Nous comprenons qu'ils sont également intéressés à accéder aux ressources énergétiques. Quoi qu'il en soit, nous voulons que les méthodes de réalisation de tous ces intérêts soient intelligibles et transparentes", a insisté le ministre russe des Affaires étrangères.
Evoquant les actuelles relations entre Moscou et Tbilissi, Sergueï Lavrov les a qualifiées de "plutôt compliquées". "Or, les négociations sur des problèmes bilatéraux se poursuivent toujours. Et contrairement aux allégations de certains politiciens, ces négociations progressent au lieu de se trouver dans l'impasse", a signalé le chef de la diplomatie russe.
Et de faire remarquer: "On a cependant l'impression que quelqu'un en Géorgie veut exploiter ces négociations bilatérales pour attiser la rhétorique antirusse au lieu de réaliser les intérêts nationaux du pays".
Evoquant les relations avec l'Ukraine, Sergueï Lavrov a noté que la Russie était prête à examiner les revendications de Kiev, mais seulement à condition qu'elles soient bien argumentées.
Le ministre a signalé que le dialogue avec Kiev était en train de revenir progressivement à la normale. "Le travail sera certes difficile. Sur bien des questions, nos collègues ukrainiens ont durci leurs positions, et nous nous en sommes bien aperçus", a-t-il dit. D'après le ministre, il s'agit, en l'occurrence, de l'attitude adoptée par Kiev sur la question de la formation de l'Espace économique unique (EEU: Russie, Ukraine, Kazakhstan et Biélorussie), ainsi que sur le problème de la Flotte russe de la mer Noire. "La partie ukrainienne a d'ores et déjà parlé de toute une série d'irrégularités (à l'occasion du stationnement de la Flotte russe de la mer Noire sur le territoire de l'Ukraine) sans citer de faits concrets", a poursuivi Sergueï Lavrov.
Le ministre a aussi constaté un durcissement de l'attitude de l'Ukraine sur les questions des biens de l'ex-Union Soviétique.
"Nous partons du principe que les positions de l'Ukraine seront claires. Si ces revendications s'expliquent par ses intérêts nationaux, nous le comprendrons, mais nous prendrons évidemment des décisions à partir de nos propres intérêts", a indiqué Sergueï Lavrov.
"Ceux qui développent avec nous d'étroites relations d'amitié et de partenariat sont en droit d'espérer des avantages de notre part. Pour ce qui est des autres, ils doivent se préparer à ce que nos rapports économiques et commerciaux avec eux se développent sur la base des règles du marché", a noté le chef de la diplomatie russe.
Dans le même temps, répondant à la question de savoir si la Russie était prête à faire jouer des leviers économiques pour faire pression sur les Etats baltes, ainsi que sur la Géorgie et la Moldavie, Sergueï Lavrov a fait remarquer que les sanctions, en tant que telles, n'étaient pas productives, ce qui est devenu évident à l'exemple de nombreux autres pays.
"Il ne faut pas employer les leviers économiques pour punir quelqu'un ou laisser exploser un sentiment de rancoeur parfois fondé, mais pour défendre et réaliser nos propres intérêts, tant économiques que politiques", a conclu Sergueï Lavrov, en intervenant aujourd'hui devant les parlementaires.