De quel Japon ses voisins ont-ils besoin?

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MOSCOU, 19 avril - par Dmitri Kossyrev, commentateur politique RIA Novosti.

Le conflit nippo-chinois a dépassé le cadre de la raison, et on s'attend à ce que Pékin et Tokyo finissent par le régler, visiblement lors d'une rencontre qui réunira fin avril à Djakarta le président chinois, Hu Jintao, et le premier ministre japonais, Junichiro Koizumi.

La police n'a pas fait preuve de beaucoup de zèle pour endiguer la vague de manifestations antijaponaises qui a secoué les grandes villes chinoises, mais les manifestants exprimaient leurs vrais sentiments. Jusqu'à nos jours, les Chinois détestent les Japonais plus que toute autre nation du globe, et ils ne sont pas les seuls.

Si cette forte aggravation des relations nippo-chinoises était un fait singulier, on pourrait être tranquille. Cependant, le mois dernier, une querelle identique a opposé les Japonais aux Coréens. Les deux cas s'expliquent par les plaies mal cicatrisées de la Seconde Guerre mondiale: les territoires litigieux, dans le cas coréen, et les nouveaux manuels d'histoire, dans le cas chinois, qui font mention de "nombreux" Chinois tués, alors qu'à Nankin seulement les occupants nippons ont massacré 300 000 personnes en 1937. Ainsi, le Coréen moyen n'aime pas plus que le Chinois moyen l'ancienne puissance occupante.

Il est évident que, dans cette situation, le Japon et les autres pays asiatiques feraient mieux de se soucier de leur avenir plutôt que de leur passé. Ce qui importe pour l'avenir, c'est que le Japon, 60 ans après la Seconde Guerre mondiale, n'est pas parvenu à faire pousser sur les cendres de la guerre des fleurs symbolisant la sympathie de ses anciens ennemis, comme l'a fait l'Allemagne en Europe, même si les Japonais ont entrepris des efforts non négligeables en ce sens et ont dépensé beaucoup d'argent en Chine et dans les autres pays asiatiques anciennement occupés. Cependant, si l'expansion coloniale japonaise en Chine et en Corée a débuté à la fin du XIXe siècle, denombreux liens culturels unissent ces peuples depuis presque un millénaire et demi. La persistance des sentiments antijaponais en Chine, dans les deux Corées et dans les autres pays asiatiques apparaît donc comme un échec absolu de la classe politique japonaise.

Autre échec, l'absence au sein de la classe politique japonaise d'une vision claire du rôle dévolu au Japon en Asie et dans le monde. Ses voisins, y compris la Russie, ne peuvent pas ne pas s'apercevoir que la deuxième économie mondiale n'a toujours pas de programme actif, compréhensible et indépendant aussi bien pour la nation japonaise que pour les autres pays.

Par contre, un programme analogue existe en Chine. Pékin cherche à créer à ses frontières des zones économiques puissantes, tout en gardant son leadership, et cette politique, même si elle suscite des craintes, est compréhensible. Le Japon dépense plus d'argent que les États-Unis pour financer les organisations internationales comme l'ONU ou le FMI, mais on ne connaît toujours pas ses objectifs, contrairement à ceux des États-Unis, son allié indéfectible depuis 60 ans.

Peut-on s'étonner que les États voisins conservent leurs réticences face à la politique étrangère dépourvue de tout contenu de Tokyo? Ainsi, le Japon a adopté une position trop pro-américaine dans la crise coréenne, de toute évidence au détriment de ses intérêts. Il s'est laissé également entraîner dans une autre crise, celle de Taïwan, où il agit non pas comme un acteur indépendant, mais comme un allié de Washington et un instrument de la politique américaine d'"endiguement" de la Chine. Où est donc le véritable Japon, s'interrogent les voisins, et quand surgira-t-il?

Dans le contexte où le vieux Japon refait surface et où les nouvelles générations de Japonais tentent de réviser les résultats de la Seconde Guerre mondiale, qu'il s'agisse des îles Kouriles ou du nombre de Chinois tués à Nankin, les rancunes historiques des voisins s'avèrent plus fortes, tout simplement parce qu'on ne comprend pas le rôle d'aujourd'hui et de demain réservé au Japon dans le monde. Il est plus facile de pardonner quand on comprend l'avenir.

On sait que Moscou, comme beaucoup d'autres capitales du monde, est favorable à la promotion du Japon parmi les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. La menace actuelle de Pékin de bloquer l'adhésion de Tokyo au Conseil de sécurité pourrait n'être qu'une démarche tactique, mais elle n'en est pas moins réelle. On y voit bien la volonté, toujours inexprimée mais qui se fait sentir au sein de la communauté mondiale, de voir dans le club des puissances qui décident de la guerre ou de la paix des nations clés ayant leur vision de l'avenir de la planète et prêtes à l'expliquer au monde entier. C'est ce rôle que la Russie privilégie pour le Japon au Conseil de sécurité, de même que dans les cas indien, brésilien et allemand.

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