Plus la fête de la Victoire approche, plus on parle des pays baltes

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MOSCOU, 19 avril (par Piotr Romanov, commentateur politique de RIA Novosti). A l'approche du 60e anniversaire de la victoire sur le fascisme, de plus en plus nombreux sont les politiques convaincus de la nécessité de gâcher cette fête.

Ils se souviennent de moins en moins de la guerre et de ses réalités: Auschwitz, Stalingrad, les marins britanniques morts dans les eaux glaciales près de Mourmansk où ils faisaient parvenir l'aide aux Russes, la bataille des Ardennes, la Résistance française, les antifascistes allemands. Par contre, la situation autour des pays baltes constitue de plus en plus fréquemment pour ces hommes politiques l'événement le plus important, ou peu s'en faut, de toute la Seconde Guerre mondiale.

Les leaders des trois pays baltes soulignent sans discontinuer que le départ des hitlériens de Riga, de Vilnius et de Tallinn était un événement ordinaire, alors que l'arrivée des troupes soviétiques dans ces villes était un événement particulièrement tragique. D'où des initiatives concrètes. Ainsi, le camp de la mort de Salaspils, dans les environs de Riga, où les enfants ont été torturés pendant la Seconde Guerre mondiale et dont le sang était transfusé aux soldats du Reich, s'appelle maintenant dans les pays baltes un établissement de "redressement par le travail". Les vainqueurs se retrouvent sur le banc des accusés et les fascistes, les SS, défilent solennellement dans les rues. L'Europe unie tolère tout cela, ou bien elle y voit des péchés sans importance. A l'époque, les accords de Munich avaient également été ainsi perçus par beaucoup d'Européens.

Le lobby balte travaille énergiquement dans certains pays. Ainsi, un groupe de neuf membres de la "fraction balte" de la chambre des représentants a soumis au Congrès américain un projet de résolution exigeant que la Russie reconnaisse officiellement "l'occupation illégale" de la Lituanie, de la Lettonie et de l'Estonie dans la période de 1940 à 1991. Soit dit en passant, cette exigence n'est pas seulement politique, elle a aussi des dessous économiques. Il n'est pas difficile de deviner que, si la Russie reconnaît l'"annexion", les Lettons, les Estoniens et les Lituaniens feront immédiatement la queue devant les ambassades de Russie pour y avancer toutes sortes de prétentions financières: des compensations pour le préjudice résultant de leur affranchissement du joug hitlérien.

Il faut reconnaître parfois que la vérité historique pose toujours un problème, y compris la vérité sur la guerre. Mais, pour les Russes et les Allemands, elle est moins dangereuse, car les premiers ont condamné depuis longtemps le pacte Molotov-Ribbentrop et les crimes du stalinisme, les seconds se sont dissociés depuis longtemps du fascisme et d'Hitler. Par conséquent, la vérité vise directement d'autres cibles, notamment les Baltes qui ont hésité entre Moscou et Berlin tout en faisant allégeance aux deux simultanément. Les archives en témoignent. Elles contiennent les engagements et les signatures des hommes politiques baltes qui se sont rendus plus d'une fois dans les deux capitales avant la Seconde Guerre mondiale: dans celle de l'Union Soviétique et celle de l'Allemagne hitlérienne.

Le ministère russe des Affaires étrangères dispose également de documents, dans lesquels les leaders baltes demandaient le rattachement de leurs pays à l'URSS. Certes, on peut affirmer que ces documents étaient la conséquence de l'intervention soviétique et de la pression de Staline. Je ne nie pas l'existence de ce phénomène. Mais il convient de prendre en considération au moins deux circonstances. Premièrement, d'autres forces étrangères se sont énergiquement ingérées dans les affaires baltes en même temps que Moscou, il serait donc vain de rechercher un homme politique innocent dans l'Europe de cette époque-là. De nombreuses grandes puissances voulaient alors engloutir les petits pays baltes, tout simplement Staline fut le premier à s'approcher de ce plat en devançant Hitler au dernier instant.

Deuxièmement, fait bien plus important et volontairement oublié par les leaders des Etats baltes d'aujourd'hui: la population de ces pays était alors divisée en deux groupes - pro-soviétique et pro-allemand. La partie prosoviétique de la population avait ses raisons. Par exemple, nombreux étaient ceux qui avaient peur de l'arrivée des Allemands de crainte de perdre leur propriété, car l'armée allemande avait mauvaise réputation, et dans ses rangs beaucoup souhaitaient s'approprier les biens d'autrui. A la différence des Allemands, dans les pays baltes, on parlait souvent des Soviets, mais on savait réellement peu de choses sur l'URSS, c'est pourquoi il y avait un espoir, bien que d'illusoire.

Ce choix était d'autant plus évident pour les Juifs qui constituaient une grande part des habitants des pays baltes. Dans le Vilnius d'avant la guerre, par exemple, une bonne partie de la population de la capitale lituanienne était juive. C'est pourquoi, pour les Juifs baltes, l'Union Soviétique signifiait la vie, alors que l'Allemagne hitlérienne signifiait la mort. Faut-il s'étonner qu'ils aient été heureux de voir arriver les Russes? Il y a quinze ans, l'auteur de ces lignes a visité l'immense et magnifique synagogue de Vilnius, mais elle était vide. Non pas que les Juifs de Vilnius eussent émigré en Israël. Ils ont tous été victimes de l'Holocauste. Pratiquement tous les Juifs de Vilnius ont été exterminés par les Allemands.

Selon les témoignages des rares survivants, les Baltes qui défilent aujourd'hui sous la bannière des SS sur le territoire de l'Europe civilisée, antifasciste, démocratique et "politiquement correcte" sont ceux qui ont participé activement aux exécutions des Juifs.

Je ne suis pas contre le repentir. Un grand nombre de membres de ma famille sont morts dans les geôles staliniennes. Mais je voudrais que le SS balte coupable de la mort des Juifs et l'Européen "politiquement correct" qui a accepté imperturbablement les accords de Munich soient à genoux à côté du geôlier stalinien, de même que les neufs membres du Congrès américain qui ont trahi leurs "boys" morts en Normandie et dans les Ardennes. Si les morts pouvaient voter, je suis persuadé qu'aucun des hommes politiques qui constituent le "lobby balte" actuel ne siègerait au Congrès américain.

Naturellement la fête de la Victoire aura lieu, comme il se doit, au nom de ceux qui ont survécu au massacre universel et de ceux qui ne sont pas revenus chez eux. En effet, la question de savoir si les hommes politiques baltes voudront rendre hommage aux anciens combattants russes ou non n'a guère d'importance. Les pays baltes n'ont pas que des hommes et des femmes politiques. Les simples gens se souviennent parfaitement de ce qui a eu lieu en réalité. Ils rendront hommage au soldat russe. Et les politiques? En fait, ce n'est pas pour eux que les soldats se sont battus.

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