De nouveaux problèmes se sont ajoutés à ceux qui n'ont pas été résolus. Il s'agit en premier lieu de la croissance du chômage, qui résulte des réformes économiques entamées dans le pays et de la réduction de l'appareil d'Etat. Selon les estimations de l'opposition, le nombre de chômeurs a augmenté de presque 100.000 personnes l'année dernière. Toute une génération de cadres hautement qualifiés s'est retrouvée à la rue.
Le gouvernement le reconnaît aussi. D'après le premier ministre géorgien, Zourab Nogaïdeli, la création de nouveaux emplois est une tâche primordiale pour les autorités.
Les actions de protestation de la population, les plus massives jamais organisées depuis l'arrivée au pouvoir des nouvelles autorités, qui ont eu lieu dans la dernière décade de mars dans différentes régions de Géorgie, témoignent de la croissance de la tension sociale dans le pays. Ces protestations ont été provoquées par les coupures d'électricité dues à une panne sur la ligne à haute tension Kavkassioni (qui ont affecté plus de 80% des habitants du pays) et par l'introduction d'un calendrier rigoureux prévoyant l'alimentation en électricité pendant seulement quelques heures par jour.
Parallèlement, des manifestations d'étudiants mécontents de la réforme du système d'enseignement se sont tenues dans la capitale géorgienne. Les responsables des petites entreprises ont protesté à Zougdidi (Géorgie occidentale). Une action antigouvernementale a eu lieu à Batoumi (Adjarie), où les manifestants se sont opposés, entre autres, à l'évacuation de la base militaire russe déployée dans cette région. Pour la première fois, des slogans antigouvernementaux ont retenti au cours des manifestations.
De plus en plus de Géorgiens sont d'avis que le président Mikhaïl Saakachvili ne s'occupe guère des problèmes du pays et se consacre avant tout à l'activité internationale. Les changements fréquents de gouvernement, le manque d'expérience des fonctionnaires et la désignation des cadres selon le principe de l'appartenance à telle ou telle famille suscitent le mécontentement de la population.
Si bien que la déception de la population face aux nouvelles autorités est plus forte, et partant, la cote de popularité du président et du parti au pouvoir (Mouvement national uni) est en chute libre. Selon les derniers sondages, 39% des personnes interrogées désapprouvent le choix de la ligne suivie par les leaders du pays, alors que deux mois après la "révolution des roses", quelque 84% des sondés estimaient que le pays avait choisi une bonne voie de développement. Dans le même temps, la cote de popularité de Mikhaïl Saakachvili s'est réduite de 25%. A l'heure actuelle, elle s'élève à 38,1%, ce qui est d'ailleurs assez important. La cote du parti au pouvoir s'est effondrée à 34,7%.
Dans la crainte de perdre les élections locales, prévues pour l'automne prochain, les dirigeants politiques de la Géorgie examinent la possibilité de les reporter à 2006.
L'impéritie des autorités géorgiennes est devenue évidente également pour l'Occident, qui avait énergiquement soutenu la "révolution des roses". Des griefs particuliers sont formulés contre le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili. Les experts de la fondation Eurasia, qui ont préparé un rapport analytique sur la demande du Département d'Etat américain, estiment que l'équipe de Mikhaïl Saakachvili n'a pas réussi à résoudre les problèmes tels que la corruption dans les hautes sphères du pouvoir, la réforme de la législation économique, la création d'un système judiciaire indépendant. Selon les analystes, ces échecs sont dus au style de direction irresponsable du président Saakachvili lui-même. Parmi ses défauts, les experts de la fondation citent l'"autoritarisme rampant", la haute opinion qu'il a de lui-même, ses ambitions trop élevées et son tempérament explosif.
Quant aux tares sérieuses dans le style de direction du président géorgien, les analystes relèvent sa volonté obsessive de rétablir, rapidement et à n'importe quel prix, l'intégrité territoriale du pays. Résultat : en été 2004, la prétendue opération policière de lutte contre la contrebande lancée en Ossétie du Sud a failli provoquer une nouvelle guerre civile en Géorgie.
Ces derniers temps, l'opposition a vivement repris ses activités. Elle se consacre essentiellement au renforcement de sa structure, en essayant de créer un bloc antigouvernemental uni. Le mouvement social "Géorgie, en avant" est particulièrement actif. Les républicains, qui réunissent une partie de l'élite intellectuelle ayant des positions assez fortes à Tbilissi et à Batoumi, ont également intensifié leurs activités. Il est caractéristique que la partie la plus radicale de l'opposition appelle au changement de pouvoir. Dans le même temps, la cote de popularité des partis d'opposition reste insuffisante : travaillistes - 7,2%, Nouvelle droite - 4,3%, conservateurs - 1,5%, républicains - 1,5%, Unité - 1,3%. 47,9% des personnes interrogées sont sans opinion.
Le problème le plus aigu des forces de l'opposition consiste à trouver un leader susceptible de faire concurrence à Mikhaïl Saakachvili. A en juger par les sondages d'opinion publique, la cote de popularité de la présidente du parlement géorgien, Nino Bourdjanadze, est de 7,1%, celle du chef du Parti travailliste, Chalva Natelachvili, de 5,4%, celle d'autres hommes politiques s'élève à peine à 2%. Or, à l'heure actuelle, 40,6% des électeurs ne savent pas pour qui ils voteraient aux élections présidentielles.