Tous les débiteurs ne sont pas des faillis mais tous les faillis sont des débiteurs

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MOSCOU, 18 avril - RIA Novosti /par Igor Tromberg, docteur en économie, maître de recherches au Centre d'études économiques et politiques internationales de l'Académie des sciences de Russie/. On vient d'apprendre que Gazprom voudrait emprunter prochainement plus de 1,5 milliard de dollars via sa filiale Gazprombank. Bien que la Banque refuse de parler de ce projet, plusieurs opérateurs du marché ont annoncé à la fois qu'il s'agissait d'un crédit triennal à hauteur de 650 millions dollars à emprunter au taux LIBOR + 1,5%. Les organisateurs sont Deutsche Bank, ABN Amro et J.P.Morgan et Citibank. Cet emprunt de Gazprom serait le plus important pour les banques de la CEI car il surpasserait le crédit record de Vnechtorgbank (450 millions de dollars) d'il y a trois ans. Il est vrai que ce dernier emprunt était accordé à un taux moins élevé : LIBOR + 1,2%. Aujourd'hui, les emprunts extérieurs n'ont jamais été si bon marché. Les experts prédisent qu'après la hausse du taux d'escompte de la Réserve Fédérale attendue au mois de mai les emprunts extérieurs coûteront plus chers.

Le moment d'attirer des sommes importantes de l'étranger semble être très bien choisi, quoique les avantages offerts par la conjoncture n'aient pas été exploités à plein rendement : après Vnechtorgbank, Transneft a pu récemment obtenir des conditions meilleures : LIBOR + 1,15%.

Les experts se perdent en conjectures : pourquoi le monopole recourt-il de nouveau à des emprunts importants à l'étranger? En effet, Gazprom a contracté sa dernière dette à la fin de l'année dernière où le géant gazier s'est fait accorder 1,75 milliard de dollars par trois banques occidentales pour son projet d'acquisition de Iouganskneftegaz. Il est vrai que les dirigeants de Gazprombank démentent cette assertion de façon si unanime que l'on commence à douter de la véridicité de ce qu'ils disent ou de la perspective de fusion du holding avec Rosneft.

On suppose que Gazprom et sa banque ont besoin de cet argent pour faire un achat. En effet, ils ont annoncé récemment leur projet d'acquisition de réseaux de distribution de gaz en Europe de l'Est, notamment des actifs du groupe pétrogazier polonais Polskie Gornictwo Naftowe i Gazownictwo S.A. avec 48% des actions d'EuRoPol Gas (entreprise conjointe créée avec Gazprom) appartenant à PGNiG.

D'autre part, l'argent pourrait être nécessaire pour achever la fusion avec Rosneft parce que les conditions de cette affaire doivent objectivement changer. Peut-être, après l'absorption de Rosneft, Gazprom aura-t-il besoin d'endosser une partie des anciennes dettes de la compagnie pétrolière (qui se montent actuellement à 2,5 milliards de dollars, sans compter la dette de Iouganskneftegaz et les fonds empruntés pour son achat).

L'argent pourrait aussi devenir nécessaire pour refinancer la dette accumulée à des conditions plus avantageuses. Mais la cause la plus probable (et plus crédible) des nouveaux emprunts semble être la réalisation du projet de mise en valeur des gisements Ioujno-Rousskoïé et Chtokmanovskoïé. Il ne faut pas oublier non plus que les dirigeants de Gazprom déplorent l'état du réseau de transport, en d'autres termes l'élément essentiel de la capitalisation du holding. Le réseau est dans un état de "dégradation naturelle", selon l'expression du vice-président du géant gazier, A.Ananenkov. Le sous-financement chronique des travaux de modernisation des gazoducs dans la période 1992-2002, les volumes des travaux de remplacement ou de réparation fondamentale du matériel se sont multipliés par six, voire par sept. L'usure des tubes a eu pour effet que l'année dernière le holding a dû diminuer ses livraisons de gaz de 60 milliards de mètres cubes.

Autrement dit, Gazprom a effectivement besoin d'argent. Reste à savoir où le trouver. Le programme d'investissement 2005 a été suspendu en raison du désaccord avec le gouvernement sur la hausse des tarifs du gaz. La différence est substantielle : Gazprom insiste sur 22%, le ministère du Développement économique et du Commerce n'accepte que 11%. Pour démontrer la justesse de sa cause, le monopole a même revu à la hausse ses actifs et s'est exposé, de ce fait, à un taux plus élevé de l'impôt sur le patrimoine.

Mais l'essentiel est que même si l'on additionne sommairement toutes les affectations et tous les investissements nécessaires pour maintenir le niveau actuel de production de gaz, sans même parler d'une extension des travaux, le programme d'investissement de Gazprom est une "goutte d'eau dans la mer" à l'échelle des projets envisagés.

En fait, emprunter à l'étranger est l'unique moyen d'attirer les ressources nécessaires à Gazprom dont les engagements financiers (ceux des filiales y compris) s'élevaient à 21 milliards de dollars au 1-er octobre 2004. Il faut y ajouter les paiements courants sur les obligations à long terme : 5 milliards de dollars environ. Par comparaison: le total des emprunts contractés par les plus grandes sociétés russes sur le marché extérieur a atteint 15,1 milliards de dollars en 2003 et 13,8 milliards en 2004.

Malheureusement, le fardeau de la dette commence à peser lourdement même pour un géant comme Gazprom. On prétend de plus en plus souvent que le management du holding est en fait incontrôlé. Même son programme d'investissement n'est approuvé par le gouvernement que dans ses grandes lignes et aucune rubrique de dépenses n'est soumise par la suite à aucun contrôle. Que dire alors des emprunts commerciaux de Gazprom? Et là, l'insolvabilité - aujourd'hui heureusement hypothétique - de Gazprom entraînerait presque à coup sûr l'insolvabilité souveraine de la Russie.

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