La Russie entre les Arabes et les Israéliens

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MOSCOU, 15 avril (Commentatrice politique de RIA-Novosti, Marianna Belenkaïa). Pour la première fois, le Président de la Fédération de Russie se rend en visite au Proche-Orient. Fin avril, Vladimir Poutine mènera des négociations en Egypte et en Israël, ainsi que dans les territoires contrôlés par l'Autorité palestinienne.

L'objectif de cette visite est d'affirmer la présence de la Russie au Proche-Orient et de répondre aux questions du genre: "Que choisit Moscou - l'Occident ou l'Orient, Israël ou le monde arabe?"

C'est qu'aujourd'hui la Russie ne choisit pas ses partenaires. Elle élabore la stratégie de son propre développement, stratégie qui doit lui permette d'occuper des positions de leader dans l'arène internationale à l'avenir.

Moscou est aussi en train d'élaborer de nouvelles stratégies à l'égard des différentes parties du monde. Il lui a fallu un certain temps tant pour renouer ses liens politiques pratiquement désorganisés depuis les dix dernières années que pour rétablir les positions du business russe dans différentes régions du monde. Rappelons que pendant ces premières années qui ont suivi la disparition de l'Union Soviétique, Moscou s'est essentiellement tournée vers l'Occident, alors que l'Orient a injustement été relégué au second plan.

Pendant cette période, le seul acquis de la Russie au Proche-Orient fut sans doute le rétablissement des relations diplomatiques avec Israël. Moscou semblait avoir corrigé l'erreur commise à l'époque de la "guerre froide". Alors, tout en essayant de s'affirmer au Proche-Orient, la Russie s'était tournée vers une seule des parties au conflit arabo-israélien, en délaissant pratiquement tous les contacts avec l'Etat hébreu. Mais les erreurs du passé n'ont pas disparu sans laisser de traces. De très nombreux stéréotypes de l'époque de la "guerre froide" sont bien ancrés. Ainsi, les Israéliens ont du mal à cesser de considérer Moscou comme "pro-arabe". D'autre part, les Arabes s'attendent à ce que la Russie joue dans la région le même rôle que jadis l'URSS. De son côté, la Russie arrive difficilement à maintenir un équilibre dans ses relations entre le monde arabe et Israël.

Et l'exemple des relations russo-israéliennes le montre avec évidence, encore qu'au plus haut niveau, la compréhension réciproque soit totale entre les dirigeants de la Russie et de l'Etat hébreu. Ainsi, à la veille de la visite de Vladimir Poutine dans la région, le Premier ministre d'Israël, Ariel Sharon, déclare: "Je comprends le Président russe mieux que beaucoup d'hommes politiques en Occident".

Et cependant des désaccords se manifestent de temps à autre entre ces deux pays, qu'il s'agisse de la coopération technico-militaire entre la Russie et la Syrie ou du concours apporté par la Russie à l'Iran dans le domaine du nucléaire civil. Pourtant, comme l'a fait remarquer au cours d'un entretien avec des journalistes russes le directeur général adjoint du ministère israélien des Affaires étrangères et chef de la Direction pour l'Europe Centrale et l'Eurasie, Mark Sofer, "la différence de vues ne signifie pas une crise dans les relations bilatérales". Selon Mark Sofer, il n'y a pas de sujets tabous entre la Russie et Israël, et ces deux Etats sont ouverts au dialogue. Qui plus est, estime le diplomate israélien, Moscou se rend très bien compte des préoccupations d'Israël. A en juger d'après les propos tenus par le Premier ministre Sharon, les Israéliens comprennent, eux aussi, les raisons pour lesquelles Moscou adopte certaines décisions. Néanmoins, il est toujours possible - si l'on s'assigne cet objectif - de semer la discorde entre les pays.

Le seul problème sur lequel les attitudes d'Israël, de la Russie et des Etats-Unis, l'acteur le plus influent sur la scène proche-orientale, coïncident parfaitement est celui du terrorisme. Peu importe aujourd'hui pour Moscou au nom de quels "nobles" idéaux un attentat terroriste est perpétré. Ces méthodes de lutte sont considéréescomme inadmissibles.

A la différence des Etats-Unis, la Russie préfère ne pas s'ingérer dans les affaires intérieures de tel ou tel Etat au Proche-Orient, et à plus forte raison, Moscou ne cherche pas à exercer de pressions sur tel ou tel pays de la région. Cela s'explique, entre autres, par l'absence des ressources matérielles indispensables. Moscou craint plus que tout les actions susceptibles de déstabiliser cette région déjà instable.

On ne doit pas non plus oublier l'importance de la politique intérieure. La Russie est un Etat multiethnique. Les musulmans constituent une bonne part de sa population. Aussi, Moscou ne s'autorisera aucune action brutale à l'endroit des pays musulmans. Tout comme la Russie ne se permettra pas non plus d'envenimer jusqu'à la crise ses relations avec Israël. Pour les mêmes raisons intérieures. Le rôle des diplomates russes ne consiste qu'à amortir, dans la mesure du possible, les démarches parfois trop rudes de Washington au Proche-Orient. Dans certains cas, ils peuvent le faire directement, dans d'autres - par le biais de pays tiers, par exemple, par l'intermédiaire de l'Union européenne (UE). C'est qu'en grande partie, la vision russe des perspectives de développement du Proche-Orient coïncide avec celle de l'Europe.

Malheureusement, la politique de non-ingérence n'est pas toujours efficace, d'autant plus s'il s'agit d'un Etat qui ambitionne le rôle d'acteur actif dans l'arène internationale. De nos jours, des transformations vertigineuses se produisent au Proche-Orient. Le statu quo politique, économique et ethno-confessionnel resté inchangé depuis de longues décennies, aujourd'hui se fissure. Tout cela implique l'adaptation rapide aux événements en cours, un travail d'anticipation et la mise au point de sa propre stratégie dans la région, stratégie tournée vers l'avenir. Pour le moment, cette stratégie fait défaut à la Russie. En attendant, tout se réduit à la volonté de diversifier les rapports économiques et à résoudre les problèmes de sécurité. Ce qui ne suffit manifestement pas si Moscou s'assigne pour objectif de jouer un rôle de leader au Proche-Orient. Surtout si l'on tient compte des projets des Etats-Unis et de l'Europe en matière de démocratisation et de mondialisation de cette région.

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