Les perspectives du règlement des conflits géorgiens intérieurs

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MOSCOU, 13 mars (par Serguei Markedonov, de l'Institut d'analyse politique et militaire - RIA Novosti).

La Géorgie se prépare à la visite du président américain George Bush à Tbilissi qui devrait avoir lieu aussitôt après le 9 mai. "Ce geste de Washington témoigne qu'il soutient entièrement les processus historiques qui se produisent en Géorgie, estime le président géorgien Mikhail Saakachvili. Cela veut dire également que les conflits en Abkhazie et en Ossétie du Sud touchent de près non seulement la Géorgie et les Etats voisins, mais aussi toute la communauté mondiale".

En plus des déclarations dures, le président géorgien a proposé aux dirigeants de l'Ossétie du Sud d'examiner la question de la "réunification" avec la Géorgie et d'accepter le statut d'autonomie. En ce qui concerne l'Abkhazie, Mikhail Saakachvili a récemment déclaré au cours d'un point de presse que Tbilissi avait plusieurs "questions concrètes" à poser à la république non reconnue le plus vite possible. Le président a cité, entre autres, la situation de la population géorgienne dans le district de Gali et l'éternel problème des rapports abkhazo-géorgiens: le retour des réfugiés géorgiens sur leurs lieux de résidence sur le territoire de l'Abkhazie d'avant les années 1992 et 1993.

Bien avant la désintégration de l'URSS, l'académicien Andrei Sakharov avait appelé la Géorgie le "petit empire". Les paroles du célèbre défenseur des droits de l'homme ne sont pas une simple métaphore publiciste. Le pouvoir soviétique avait, dans une grande mesure, "réuni" la Géorgie.

Le fait que l'URSS ait été dirigée durant trente ans par le Géorgien Joseph Staline (Djougachvili) assurait également à la Géorgie une place particulière au sein de la "famille des peuples frères".

Après la désintégration de l'URSS, la classe politique géorgienne ne s'est pas rendu compte du fait évident que la Géorgie ne pouvait continuer d'exister dans les frontières de la RSS (République Socialiste Soviétique) de Géorgie tout en conservant la vieille méthode d'administration, celle du "petit empire".

Mikhail Saakachvili fut le premier à le comprendre. Des expressions comme la "nation civile", le "patriotisme au niveau de l'Etat" sont entrées peu à peu dans son vocabulaire. "La Géorgie est la patrie de tous ses citoyens". Mikhail Saakachvili a compris qu'il serait impossible d'édifier un "petit empire" en exploitant uniquement la fibre nationaliste ethnique géorgienne.

C'est pourquoi il appelle les dirigeants de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie à trouver une formule de règlement de ces deux conflits qui ont mis une croix sur le "petit empire" géorgien. "Nous parviendrons au consensus avec les Abkhazes, l'Etat multiethnique est notre force", a récemment déclaré le président géorgien.

Si, au début des années 1990, la notion de "fédéralisme" sonnait comme un juron selon l'élite politique géorgienne, à présent, les projets de fédéralisation sont vivement discutés par tout le monde, à commencer par le président.

Cependant, la rhétorique "pacifique" de Mikhail Saakachvili n'est qu'un aspect de sa politique. Le président géorgien n'exclut pas l'emploi de méthodes musclées contre les opposants rétifs. On peut en juger par les événements qui ont eu lieu l'été dernier en Ossétie du Sud et les appels du président géorgien à couler les navires qui entreraient dans les eaux de l'Abkhazie non reconnue. Il y a quelques semaines une vedette géorgienne a fait une démonstration de force le long du littoral de Soukhoumi. Les choses ont dégénéré en "duel" entre la vedette et un hélicoptère abkhaze, heureusement, il n'y a pas eu de victimes. Mais cet incident n'est pas un cas isolé.

Mikhail Saakachvili n'est ni Zviad Gamsakhourdia, ni Edouard Chevardnadze. Il ne veut pas "réunir" le pays" au prix de victimes. Le président géorgien actuel apprend à faire preuve de patience politique. "Le retour de l'Abkhazie prendra plusieurs années, mais il aura lieu. Il faut prendre patience", a déclaré Mikhail Saakachvili le 31 mars 2005. Le président géorgien répète sans cesse cette thèse.

L'arrivée au pouvoir de Mikhail Saakachvili a changé le style politique en Géorgie. Si, sous Edouard Chevardnadze, les républiques non reconnues étaient considérées comme entièrement détachées, bien que, formellement, elles fissent partie de la Géorgie, depuis 2004, Tbilissi se conduit comme s'il n'y avait eu de pertes territoriales et comme si les problèmes de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud se réduisaient à la définition de leur statut au sein de la Géorgie.

Par conséquent, Mikhail Saakachvili est un "impérialiste" plus fin que Zviad Gamsakhourdia, plus moderne et mieux instruit qu'Edouard Chevardnadze. Il poursuit un objectif qui détermine sa stratégie.

Mais le président géorgien et ses compagnons surestiment parfois le facteur extérieur. Tbilissi se heurte aux problèmes qui ne peuvent être réglés ni par la Fédération de Russie, ni par les Etats-Unis, ni par l'Union européenne. Les dirigeants géorgiens auront besoin de méthodes peu ordinaires et de solutions politiques et administratives originales pour changer substantiellement l'image politique de la Géorgie. Il faut se résoudre à admettre que la conception "un Etat - une nation" est irréaliste dans la Géorgie actuelle. Le pays ne dispose pas des ressources juridiques et des forces nécessaires pour cela.

Toute tentative d'unification de la Géorgie et du peuple géorgien sur la base du modèle défensif de mobilisation ethnique est d'avance vouée à l'échec.

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