En 2005, la Russie projette d'extraire 633,7 milliards de mètres cubes de gaz naturel. L'an dernier, elle en a produit 591 milliards, dont 92,3% par Gazprom, le reste étant fourni par des producteurs indépendants parmi lesquels on trouve tant des compagnies pétro-gazières que des compagnies spécialisées dans la seule extraction de gaz (Novatek, Northgas, etc.).
Toutefois, la part des acteurs indépendants du marché gazier ne manquera pas de croître: Lukoil, Yukos, TNK et d'autres compagnies ont annoncé leurs ambitions. Ainsi, pour le patron de Lukoil, Vaguit Alekperov, la promotion du segment gazier est l'une des conditions du développement stable de sa compagnie à long terme.
Aujourd'hui même, beaucoup de producteurs indépendants sont prêts à augmenter sensiblement les volumes d'extraction. Mais tant que Gazprom, qui détient le monopole des gazoducs, fixe les prix de vente, les producteurs indépendants, faute de posséder leur propre réseau, sont obligés de lui vendre leur gaz à des tarifs cinq fois moins élevés que les prix d'exportation.
Comment trancher ce nud gordien des contradictions pour satisfaire tous les acteurs du marché gazier et, l'essentiel, pour que l'État, qui a promis de ramener à 80% la part de Gazprom dans l'extraction de gaz dans sa Stratégie énergétique à long terme, soit lui aussi gagnant? Les acteurs du marché gazier observent avec intérêt le projet de Lukoil qui, réalisé dans le district des Iamalo-Nenets (Sibérie), doit tester des mécanismes qui permettrait d'éviter beaucoup d'ennuis à l'avenir.
Le gisement de Nakhodka que Lukoil vient d'ouvrir dans l'embouchure de l'Ob' doit fournir en deux ans jusqu'à 11 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Ses réserves de gaz sont estimées à plus de 250 milliards de mètres cubes, et celles de pétrole à environ 9 millions de tonnes. La dépression de la Bolchaïa Kheta, dans le Iamal, où Lukoilenvisage de mettre en valeur quatre autres gisements recèle au total 1000 milliards de mètres cubes de gaz, 38 millions de tonnes de condensat de gaz et plus de 70 millions de tonnes de pétrole.
Ainsi, le gisement de Nakhodka n'est qu'un début dans les projets gaziers de Lukoil dans la région. Sa montée en puissance prendra fin d'ici deux ans, quand la production annuelle aura atteint 10 milliards de mètres cubes, soit près d'un quart de tout le gaz extrait par le géant russe.
La mise en valeur du nouveau gisement a déjà coûté 400 millions de dollars, dont un tiers pour construire un gazoduc long de 117 km, dont 22 km sous la baie du Taz. Ce gazoduc a relié les puits gaziers (31 forés, dont 22 mis en service) au groupe compresseur Yamburg d'où partent les grands gazoducs de Gazprom.
Bien avant le lancement du gisement de Nakhodka, Lukoil et Gazprom ont signé en octobre 2003 un contrat en vertu duquel le premier fournit son gaz au second à prix fixe jusqu'en 2007. Les partenaires sont convenus de réviser les prix de vente au fur et à mesure de la hausse des tarifs sur le marché intérieur. À ce contrat s'est ajouté l'Accord général de partenariat stratégique en 2005-2014 signé il y a deux semaines à Moscou.
Le patron du groupe gazier, Alexeï Miller, a qualifié cet Accord d'exemple de coopération mutuellement avantageuse à long terme entre Gazprom et les producteurs de gaz indépendants.
De son côté, Vaguit Alekperov a attiré l'attention sur le fait que l'utilisation conjointe du potentiel industriel et scientifique de Gazprom et de Lukoil ainsi que des ressources humaines et financières encouragerait la reprise de l'économie russe et renforcerait le potentiel économique des deux compagnies.
Le porte-parole de Lukoil, Dmitri Dolgov, n'exclut pas que, si la production dépasse fortement les possibilités de transport, les partenaires lancent de nouveaux projets d'infrastructure dans la région.
En effet, ce jour ne semble pas éloigné. Rappelons que Gazprom projette d'entamer en 2008 l'extraction de gaz dans le Iamal. S'il s'agit d'abord de produire 15 milliards de mètres cubes par an, ce volume oscillera entre 45 et 60 milliards d'ici 2010. On projette également de construire dans le Iamal une puissante usine de liquéfaction de gaz, même si beaucoup redoutent de transporter le gaz liquéfié par la voie maritime du Grand Nord.