La nouvelle politique antidrogue de la Russie

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Par Alexandre Fedorov, directeur adjoint du Service fédéral de contrôle des stupéfiants (SFCS)

Les changements survenus ces dernières années en Fédération de Russie dans le domaine du contrôle des substances narcotiques et des psychotropes et de la réglementation juridique de l'activité des organes d'Etat en matière de lutte contre la diffusion et la consommation illégale de stupéfiants permettent d'évoquer la mise en oeuvre d'une nouvelle politique antidrogue dans le pays.

Un organe exécutif spécial, le Service fédéral de contrôle des stupéfiants (SFCS), a été créé en 2003. Une de ses tâches principales est de déplacer l'axe principal de l'activité antidrogue déployée ces dix dernières années de la guerre contre les consommateurs de drogues vers la lutte contre la criminalité organisée.

Le temps qui s'est écoulé depuis la création du SFCS a confirmé une fois de plus la nécessité de prendre en compte l'expérience mondiale dans ce domaine : la lutte antidrogue donne beaucoup plus de résultats là où l'Etat met en place des organes spécialisés dans le contrôle des stupéfiants et dans la lutte contre la narcocriminalité. Par exemple, si en 2003, la Russie a saisi 54 tonnes de substances narcotiques et psychotropes, en 2004, le chiffre s'élevait à plus de 129 tonnes, dont 102 tonnes saisies par le SFCS.

La police a saisi l'année dernière 3.897 kilogrammes d'héroïne, ce qui dépasse le total des saisies de ce stupéfiant particulièrement dangereux dans le pays en 2002 et en 2003.

Le Service fédéral multiplie ses efforts en vue de saper la base financière du trafic de drogue. Tout récemment encore, la Russie ne pratiquait guère ce genre d'activité. En 2002 et en 2003, les organes judiciaires n'ont élucidé qu'un seul crime lié à la légalisation (au blanchiment) des revenus de la drogue.

Aujourd'hui, la situation est différente. En 2004, les organes de contrôle des stupéfiants ont mis à jour 314 délits liés au blanchiment d'argent provenant du trafic de stupéfiants.

La pratique montre qu'il est presque impossible pour un ou même plusieurs Etats de faire face à l'invasion de la drogue, le trafic s'effectuant à l'échelle globale. Cela étant, le SFCS de Russie, avec le concours du ministère russe des Affaires étrangères, a établi des contacts avec les structures analogues de plus de 50 pays. Il coopère régulièrement avec l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime.

Les organes russes de contrôle des stupéfiants ont participé, pour la première fois dans l'histoire du pays, aux opérations internationales antidrogue Prisme, Pourpre et Topaze.

Le SFCS attache une importance particulière aux mesures visant à prévenir la pénétration de grandes masses de substances narcotiques depuis le territoire afghan. L'année dernière, l'Afghanistan a récolté 4.200 tonnes d'opium brut, la moisson de 2005 sera sans doute encore plus abondante.

Grâce aux mesures prises, la situation en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants en Russie commence à s'améliorer. Le volume de substances narcotiques vendues s'est considérablement réduit suite à la multiplication des saisies. Certaines régions russes enregistrent, depuis le début de l'année 2004, une croissance des prix de la quasi-totalité des types de stupéfiants, et notamment, de l'héroïne et de la marijuana, de 50% à 150%.

Ces dernières années, le phénomène d'initiation des enfants et des adolescents à la drogue est en perte de vitesse. Le nombre de consommateurs de drogues mineurs placés sous le contrôle des organes médicaux s'est réduit de 43,3%.

Les organes judiciaires et les services secrets russes se proposent de continuer l'offensive contre leur adversaire principal, à savoir les organisateurs du trafic de drogue et les trafiquants eux-mêmes.

Il est aussi évident que les mesures musclées sont à elles seules incapables de résoudre le problème des stupéfiants. La résolution de ce problème se trouve à la charnière des domaines judiciaire, économique, médical et socio-culturel. Il est impossible d'assainir la situation sans appliquer de mesures préventives dans les domaines de la toxicomanie et de la narcocriminalité, sans que la société se rende compte du caractère néfaste de la dépendance vis-à-vis des stupéfiants, à défaut d'instauration de la tolérance "zéro" à l'égard des trafiquants de drogues.

Le règlement de ce problème sera prioritaire pour la politique antidrogue de la Russie dans les années à venir.

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