Menace de déficit budgétaire en Russie

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MOSCOU, 1er avril /par Marina Poustilnik, commentatrice de RIA Novosti/. D'après les calculs préalables effectués par le ministère des Finances, la Russie aura, à partir de l'année prochaine, un déficit budgétaire qui ne cessera d'augmenter.

Le premier avertissement a été émis par le ministre des Finances le 1-er mars, lors d'une discussion au gouvernement au sujet de la réduction de la taxe à la valeur ajoutée. Le premier ministre proposait de fixer la TVA à 13% au lieu des 18% actuels, pour stimuler le développement économique, mais les ministres économiques, Guerman Gref et Alexéi Koudrine, s'y sont opposés. Ce dernier, en argumentant sa prise de position, a déclaré qu'en 2006 le budget fédéral serait exécuté avec un déficit de 18 milliards de dollars, même sans réduction des impôts. Le ministre a refusé d'expliquer quel serait le trou budgétaire avec une TVA à 13%. D'après les calculs effectués par les experts de son ministère, même avec des cours élevés du pétrole sur le marché mondial, les charges du budget fédéral dépasseraient les recettes de 400 milliards de roubles (14,5 milliards de dollars) en 2006 et de 600 milliards de roubles (21,8 milliards de dollars) en 2007.

La cause en est la réforme mal conçue des avantages sociaux. Dès cette année, la Caisse fédérale de retraites fonctionne en régime déficitaire parce que la monétisation des avantages sociaux a rendu nécessaire l'indexation des pensions. Outre les capitaux qu'il doit engager pour couvrir le déficit de la Caisse des retraites, indexer les salaires du secteur public et indemniser les avantages dont bénéficient certaines catégories de la population, le gouvernement s'apprête à financer les réformes, incontournables, de l'enseignement, de la santé publique, du logement et des services communaux. Bien que ces réformes attendent toujours d'être élaborées en détail, il est d'ores et déjà clair qu'elles demanderont des dépenses budgétaires supplémentaires.

Cependant, les recettes du budget fédéral 2006-2008 ne sont pas encore ventilées. Ce que l'on sait aujourd'hui, c'est que le budget sera établi sur la base du baril de pétrole urals à 34 dollars. Les autres calculs s'avèrent compliqués par les discussions qui s'éternisent entre les deux camps au sein du gouvernement.

Pour colmater tant bien que mal les brèches qui vont se produire dans le budget, le ministère des Finances propose de modifier le prix de référence du pétrole dont le surplus est versé, sous forme d'impôt sur les exportations de brut, au Fonds de stabilisation. A l'heure actuelle, tous les bénéfices fiscaux tirés de la part du prix du baril excédant 20 dollars alimentent le Fonds de stabilisation qui s'est monté, au cours de l'année dernière, à plus de 700 milliards de roubles (25,5 milliards de dollars). Le ministère des Finances propose de porter le prix de référence du baril à 23 dollars pour verser au moins une partie des recettes pétrolières au budget national plutôt qu'au Fonds de stabilisation dont l'utilisation fait toujours l'objet de discussions interminables.

Compte tenu de la situation sur le marché mondial du pétrole, et comme le gouvernement établit lui-même le budget sur la base du baril à 34 dollars, la proposition du ministère des Finances a peu de chance d'améliorer le contexte budgétaire. Pour trouver des recettes supplémentaires, le baril de référence doit être plus cher et le ministère des Finances est, en principe, prêt à l'accepter.

Cependant, en bouchant les trous budgétaires au moyen des impôts pétroliers le gouvernement crée une pression inflationniste supplémentaire sur l'économie russe qui n'arrive déjà pas à digérer la hausse permanente des tarifs et l'incessant afflux de pétrodollars.

Cependant, le déficit budgétaire auquel le gouvernement livre d'avance bataille ne doit pas être considéré comme un phénomène uniquement négatif. L'histoire contemporaine nous offre l'exemple de nombreux pays développés qui affichent d'uneannée sur l'autre un déficit budgétaire. Le déficit budgétaire signifie qu'un Etat débourse pour son développement plus de capitaux qu'il n'en encaisse sous forme d'impôts ou autres redevances. C'est un problème largement connu, tout comme les moyens de le résoudre.

Si le budget d'un pays risque de devenir déficitaire, il importe de respecter certaines proportions de manière à ce que le rapport, exprimé en pourcentage, entre le déficit et le produit intérieur brut n'excède pas le rythme de croissance économique. Par exemple, avec un déficit de 400 milliards de roubles en 2006 et un PIB, en valeur absolue, de 16 500 milliards de roubles en 2004 (il sera encore plus important en 2006), le rapport sera de 2,4%. Si la Russie parvient à augmenter son PIB au rythme d'au moins 4% par an, on pourra affirmer avec certitude qu'un budget déficitaire n'est pas une catastrophe.

D'autre part, une partie du déficit sera consécutive aux dépenses engagées dans la réforme de l'enseignement, de la santé publique, du logement et des services communaux, en d'autres termes aux investissements publics dans le développement et la modernisation de l'économie qui seront finalement récupérés au centuple.

Le seul problème irrésolu dans ce contexte est le déficit de la Caisse de retraites. Il ne cessera d'augmenter parce que la Russie éprouve une pénurie croissante de main-d'œuvre, alors que sa population ne cesse de vieillir. Force est de constater que la Russie n'est pas la seule à avoir des problèmes de retraites, bien que dans les pays européens ils soient dus principalement à la croissance de l'espérance de vie plutôt qu'au manque de main-d'œuvre. De toute façon, le gouvernement russe ferait bien de prêter au problème de la Caisse des retraites et à celui de la main-d'œuvre une attention plus soutenue qu'à l'alimentation du budget avec les pétrodollars.

Lorsque le gouvernement aura résolu le problème du déficit de la Caisse de retraites et celui de la pénurie de main-d'œuvre et mené à terme les réformes tant attendues de l'enseignement, de la santé publique, du logement et des services publics, il connaîtra sans doute de nouveau des excédents budgétaires.

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