En 1995, le TNPAN a été prorogé pour une durée indéterminée aussi est-il pratiquement impossible de modifier ses clauses. Seulement il est visible que les Etats-Unis souhaitent ici ou là changer des choses et les ajuster sur leur politique étrangère actuelle.
En ce qui concerne la prétendue prolifération d'armes de destruction massive à destination de l'Irak l'entreprise a avorté, mais là-bas Washington a quand même réussi à sauver la face en se targuant d'avoir déboulonné un tyran. Par contre, l'Iran, qui prétend au rôle de centre de force régional, est un adversaire virtuel qui, par dessus le marché, développe avec opiniâtreté un programme nucléaire national.
D'autre part, l'Iran se trouve dans la zone de la mer Caspienne et de l'Asie centrale, où pendant longtemps l'Amérique avait été tenue à l'écart. Les temps ont semble-t-il changé pour elle. Le caractère secret des ayatollahs iraniens tout comme les contradictions et l'embrouillement de la politique nucléaire des autorités iraniennes ont permis à Washington, il y a quelques années, de "monter" l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et d'autres organismes internationaux contre l'Iran et de transformer le programme nucléaire de l'Iran en pomme de discorde dans les relations internationales.
Tout comme elle l'avait fait à l'égard de l'Irak, la Central Intelligence Agency (CIA) prétend maintenant détenir des preuves selon lesquelles Téhéran, pourtant signataire du TNPAN, réalise un programme secret concernant la création de l'arme nucléaire, ce qui enfreint l'article 2 dudit traité. A Langley (siège de la CIA en Virginie) on fait mine d'ignorer la situation compromettante, pour ne rien dire de plus, dans laquelle Washington se trouve aujourd'hui, mais là n'est pas la question, bien sûr.
En développement de la conception des pays-parias on prétend que puisqu'il est impossible de modifier par écrit le TNPAN, la communauté mondiale doit se rendre à l'évidence que des pays comme l'Iran, bien que signataire du traité, ne peuvent prétendre utiliser sans restriction leur "droit inaliénable" découlant de l'article 4 du TNPAN. A savoir: " de développer la recherche, la production et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques". Le dessein consistant à justifier politiquement et économiquement l'existence d'une certaine catégorie d'Etats devant respecter les engagements pris dans le cadre du TNPAN mais sans pour autant jouir de droits est donc patent.
Auparavant c'était là la politique d'un seul Etat, mais aujourd'hui ce n'est plus le cas.
On peut se réjouir des actions pesées de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Allemagne dans la recherche d'un compromis raisonnable, qui lèverait les préoccupations suscitées par le programme nucléaire militaire de l'Iran et en même temps permettrait à ce pays de mettre à profit les résultats du progrès scientifique et technique dans le domaine nucléaire. Ce compromis prévoyait que Téhéran confirme qu'il n'envisage pas de se doter de l'arme nucléaire, qu'il arrête provisoirement ses grands programmes d'enrichissement de l'uranium (54.000 centrifuges), tout en conservant le droit de réaliser à l'avenir un petit programme pilote d'enrichissement de l'uranium (500-600 centrifuges). Pour le contrôle le régime des inspections internationales aurait été renforcé.
Ce schéma avait été conçu en coopération avec l'AIEA et, bien entendu, avec ses autres éléments il apparaissait comme un assez bon compromis étant donné que s'il lésait quelque peu des droits de l'Iran, il dissipait l'acuité des désaccords avant la Conférence d'examen du TNPAN de mai prochain à New York.
Les choses ont suivi leur cours, quoique non sans difficultés, jusqu'à l'arrivée en Europe de la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice. Les alliés atlantiques souhaitaient depuis longtemps se raccommoder avec George W.Bush et faire ce pas "historique" au détriment de la formule compromissoire des ententes avec l'Iran, comme toujours en présentant leur position comme un témoignage de l'unité des vues des alliés tout en faisant mine d'avoir obtenu une concession de Washington.
Le changement se résume à un mot: au lieu de "SUSPENSION" du programme iranien, ce qui signifie "arrêt provisoire", on a accepté le terme proposé par les Américains "CESSATION", ce qui veut dire "arrêt total". Partant, d'un trait de plume Condoleezza Rica a biffé plusieurs mois d'efforts déployés par les Européens. Mais qui est le vainqueur?
Le 24 mars la rencontre tenue à Paris par la troïka européenne et les Iraniens a montré que les choses étaient revenues dans une impasse. Encore heureux que les parties se soient entendues pour poursuivre les négociations. Quant à Condoleezza Rice, elle s'est rendue au Pakistan où elle a légèrement sermonné son allié stratégique pour ne pas lui avoir tout raconté sur les conséquences de l'activité du père de la bombe atomique locale, le docteur Khan, en matière de prolifération internationale de ces armes.
On a l'impression que si la révolution de Khomeiny n'avait pas eu lieu en Iran et si le pays avait continué d'être géré par le schah, qui avait d'ailleurs commencé à développer l'électronucléaire et était à l'époque un allié stratégique de Washington, Téhéran, tout comme le Pakistan, disposerait de l'arme nucléaire et ne ferait l'objet que de petites piques de son bénéfacteur.
* SVR: renseignement extérieur.