Gazprom prône une économie de marché

S'abonner
MOSCOU, 30 mars - par Marina Poustilnik, commentatrice de RIA Novosti.

Le patron de Gazprom, Alexeï Miller, vient de proposer officiellement de supprimer la réglementation par l'État des tarifs du gaz naturel à l'intention des consommateurs industriels. Il a invité à leur vendre le gaz aux prix du marché qui seraient fixés par une bourse des matières premières.

À l'heure actuelle, le prix du gaz naturel sur le marché intérieur est fixé par le Service fédéral des tarifs. En 2004, le prix de gros moyen pour les consommateurs industriels s'est élevé à 36 dollars pour 1000 mètres cubes. À noter, toutefois, que Gazprom ne vend qu'une partie de son gaz à ce prix, le reste étant écoulé aux prix de marché qui sont 50% plus élevés par rapport au tarif officiel fixé par les autorités. Alors que les consommateurs industriels achètent jusqu'à 78% du gaz produit par le monopole russe.

Le quotidien "Kommersant" affirme qu'Alexeï Miller aurait reçu l'aval de Vladimir Poutine avant son intervention. Mais il est connu que le premier ministre Fradkov s'est empressé de qualifier son initiative d'"avancée dans le bon sens".

La publication des propositions d'Alexeï Miller a provoqué une réaction instantanée. Les experts du marché ont déclaré que le plan de Gazprom ferait passer les 1000 mètres cubes à 50 dollars. Le seul et unique gagnant serait le monopole gazier, alors que la libéralisation des prix aurait des conséquences essentiellement négatives pour l'économie dans son ensemble. Dans un entretien accordé à Reuters, Evgueni Gavrilenkov, de l'agence de courtage Troika Dialog, a fait remarquer: "Les tarifs de l'électricité et des transports vont également progresser, cette hausse connaîtra une extension, et le taux d'inflation s'établira à 20% au minimum, ce qui contredit les objectifs gouvernementaux de réduire et de maintenir l'inflation autour des 10%".

Après la première vague de critiques, le vice-président du conseil d'administration de Gazprom, Alexandre Riazanov, a donné une conférence de presse pour annoncer que, selon les calculs du monopole gazier, la libéralisation des prix provoquerait une hausse de 15% à 20% des tarifs du gaz, ce qui n'ajouterait pas plus de 1% à l'inflation générale.

Au sein du gouvernement, le principal opposant à l'initiative d'Alexeï Miller est le ministre du Développement économique et du Commerce, Guerman Gref. Les autres ministres se montrent également sceptiques. Toutefois, le patron de Gazprom ne baisse pas les bras. Il a déjà dit qu'il considérait les prix minorés du gaz comme une "faveur" pour les clients industriels. "La part du gaz naturel dans le bilan énergétique russe a atteint 80% dans certaines régions... Le gaz est l'unique ressource énergétique dont le prix ne soit pas fixé par l'offre et la demande réelles. Résultat, le secteur gazier est depuis longtemps le donateur financier de tous les secteurs de l'économie, y compris des secteurs hautement rentables et orientés vers l'exportation", a indiqué Miller devant des journalistes.

Du point de vue purement économique, il est difficile de reprocher quoi que ce soit à Gazprom. Le géant gazier est soucieux de ses bénéfices et cherche à être plus rentable. Et les déclarations selon lesquelles la croissance contrôlée des prix du gaz naturel entrave le développement sain de l'économie correspondent à la réalité. Seulement, cette réalité n'est pas comme les manuels d'économie de marché la décrivent. Le gouvernement russe qui s'oppose, à quelques exceptions près, à la dernière initiative du monopole gazier regarde le paysage économique de façon plus large. La lutte du cabinet contre l'inflation se retrouve dans l'impasse après une forte hausse, l'an dernier, des prix de l'essence, une flambée qui a affecté tous les secteurs de l'économie de sorte que la hausse de l'inflation à la fin de l'année dépassait les prévisions de 1,7%. Selon des estimations non officielles, les prix auraient rééllement progressé de 11,7%.

Somme toute, mis à part les principes purs de l'économie de marché, la Russie ne peut pas se permettre de libéraliser complètement les tarifs du gaz naturel. Elle ne le peut pas, du moins, tant que le gouvernement n'aura pas appris à mieux contrôler l'inflation.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала