Revue de la presse russe du 28 mars

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MOSCOU - RIA Novosti

Nezavissimaia gazeta

Une révolution en Russie aurait la couleur du sang (des experts)

Les événements révolutionnaires en Kirghizie incitent à se demander si une révolution pouvait être envisageable en Russie également. Et si oui, quelle couleur elle aurait. Des politiques et des politologues ont répondu à cette question posée par la Nezavissimaïa gazeta.

Alexeï Mitrofanov, député à la Douma (Parti libéral-démocrate de Russie): Rien de tel ne se produira en Russie. Sinon ce serait un bain de sang. Je doute fort que l'on puisse faire déguerpir le pouvoir en place en agitant des bâtons. Parce que ce sont des gens d'une autre génération.

Ivan Melnikov, premier vice-président du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF): Sa couleur serait le rouge. La Russie a dépassé l'étape de la "révolution orange". De par la forme elle se distinguait de ce qui s'est produit en Géorgie et en Ukraine. En ce qui concerne le fond, un groupement au pouvoir s'est substitué à un autre. Le remplacement de Boris Eltsine par Vladimir Poutine avait pour objectif d'atténuer le risque d'une évolution incontrôlée des événements, de maintenir la politique économique antisociale et de ne pas admettre une révision du bilan des privatisations. Il y a eu également une immixtion de l'Occident. Ce n'est pas sans son intervention qu'Eltsine a "de son plein gré" abandonné les rênes du pouvoir.

Gueorgui Satarov, directeur de la fondation "Indem": En Russie c'est totalement imprévisible. C'est que le mécontentement suscité par Vladimir Poutine a une connotation idéologique et politique différente. D'un côté, les militaires sont mécontents, les gouverneurs sont mécontents, la gauche et la droite le sont aussi. Il faudrait même leur ajouter une partie des services de renseignement: ils ne sont pas homogènes, ici aussi un mécontentement se fait sentir. C'est la raison pour laquelle l'alternative politique au régime poutinien pourrait prendre corps dans des foyers les plus divers. D'où l'imprévisibilité.

Guennadi Goudkov, membre du comité de la Douma (chambre basse du parlement) pour la sécurité (Russie Unie): Si une révolution venait à éclater, ce serait une tragédie pour la Russie. Et je crains qu'alors elle serait pourpre, la couleur du sang. C'est pourquoi je pense que notre mission est d'empêcher la révolution.

Gazeta.ru

En Bachkirie, l'opposition suit la "voie kirghize"

Des meetings de protestation contre le président de la république Mourtaza Rakhimov et contre la politique sociale des autorités ont eu lieu en Bachkirie (République autonome située dans la région de la Volga), annonce Gazeta.Ru.

Plus de dix mille personnes sont sorties dans les rues d'Oufa pour exiger la démission de Mourtaza Rakhimov et l'annulation de la monétisation des avantages. Les dirigeants ne sont pas apparus devant les manifestants, ceux-ci commencent à "choisir la couleur" de leur révolution.

Comme l'a déclaré Lev Ponomarev, président du mouvement "Pour les droits de l'homme", la Bachkirie retient depuis longtemps l'attention du mouvement, car les plaintes contre les violations grossières des droits de l'homme en émanent bien plus souvent que d'autres régions.

La Bachkirie ressemble beaucoup à la Kirghizie, estime Lev Ponomarev à cause des clans et du népotisme. Les participants aux meetings exigent notamment la démission de Mourtaza Rakhimov, dirigeant actuel de la région. De plus, ils ont revendiqué le remboursement du préjudice moral et matériel causé aux habitants de Blagovechtchensk, car un grand nombre d'entre eux ont été battus par les policiers et les membres de l'OMON (police anti-émeutes) au cours de l'opération de force effectuée en décembre dernier. Les habitants de Blagovechtchensk ont également participé samedi à un meeting, a dit Lev Ponomarev.

Comme l'a déclaré Marat Khaïroulline, membre du comité social pour les événements de Blagovechtchensk, si lesautorités ne réagissent pas aux protestations de la population, l'opposition bachkire a l'intention de lancer, à la mi-avril, une autre action de protestation et d'exiger la démission de Mourtaza Rakhimov.

Si cette action reste également sans réponse, des milliers de personnes se réuniront le 1er mai sur la place centrale d'Oufa, a dit Marat Khaïroulline.

Selon l'opposition, elle veut faire savoir aux dirigeants de la Russie que le peuple est mécontent du président bachkir et du gouvernement fédéral. C'est la troisième action de protestation contre les dirigeants de la république. De plus, selon Ramil Bignov, président de l'autonomie culturelle régionale des Tatars, une collecte de signatures pour la démission du président de la république a lieu en Bachkirie. Plusieurs dizaines de milliers de signatures ont déjà été recueillies. En Bachkirie, on dit déjà qu'il faut commencer à préparer une révolution "en couleur".

Izvestia

La Russie augmente ses dépenses pour la publicité

Les pays d'Europe de l'Est ne cessent de monter au classement mondial pour les dépenses de la publicité.

De nouveaux "raiders publicitaires" ont pris pied parmi les dix pays affichant le rythme le plus élevé de croissance de ces dépenses : la Roumanie, la Lituanie, la Russie.

Parmi les pays ayant l'appétit publicitaire le plus glouton, la Russie vient en sixième position : 20% de croissance, selon l'agence ZenithOptimedia. Elle marche sur les talons de la Lituanie. Le leader dans l'espace est-européen est la Roumanie. Cependant, en chiffres absolus, la Russie, qui a déboursé 3,3 milliards de dollars, laisse le leader et les autres pays loin dernière elle. Parmi les vingt marchés publicitaires qui se développent le plus rapidement seule la Chine a battu le record de la Russie : 8,5 milliards de dollars.

A l'heure actuelle, les pays de l'ancien camp socialiste ont une force d'attraction effectivement magique sur les propriétaires des grandes sociétés médiatiques, estiment les spécialistes de ZenithOptimedia. La croissance vertigineuse du marché publicitaire permet aux magnats des médias de conclure que n'importe lequel de leurs projets commerciaux sera le bienvenu en Russie et ne tardera pas à rapporter. Aussi, les maisons publicitaires occidentales acceptent-elles volontiers de lancer des périodiques "au visage national". C'est ce qu'a fait Axel Springler en Pologne et en Russie où il a commencé à publier un Newsweek "polonais" et "russe".

On dit que Steve Forbes a avalisé l'idée du Forbes russe lorsqu'il a entendu une évaluation attrayante de la capacité du marché russe faite par Axel Springler. Il est vrai qu'en 2005 l'accent russe ne sera pas aussi visible dans la stratégie Springler, la priorité étant accordée à la Bulgarie, à la République tchèque et à la Pologne. Mais la société n'exclut pas que la Russie se taille un rôle prioritaire en 2006 et 2007. D'après les prévisions de ZenithOptimedia, les frais de publicité dans les pays d'Europe de l'Est augmenteront d'au moins 700 millions par an dans la période 2005-2007.

Il est vrai qu'à l'échelle mondiale où 370 milliards sont déboursés à des fins publicitaires, le succès russe a l'air bien modeste. Le marché publicitaire russe peut cependant atteindre cette année 1% de l'industrie publicitaire mondiale et se hisser à la troisième place en Europe de l'Est.

Vremia novostei

Les sociétés de software russe entrent en concurrence

La première conférence de printemps des programmeurs indépendants ISDEF (Independent Software Developers Forum) Spring-2005 s'est tenue à Moscou, écrit le quotidien Vrémia novostéi.

Les sociétés intégrées dans ce partenariat non commercial sont, paraît-il, l'auditoire ciblé des futurs pôles techniques russes qui aideront au développement de cette branche, estiment les membres de l'ISDEF. Si on trouve, à un prix européen normal, pas aux prix fous pratiqués à Moscou, un local où il sera possible de composer rapidement une équipe et se mettre au travail, des sociétés de programmation nouvelles ne cesseront de naître.

Le software russe peut être conventionnement divisé en trois parties. L'avant-garde de la branche est représentée par plusieurs sociétés importantes à renommée mondiale : ABBYY, "Laboratoire Kaspersky", Dialog-Naouka, CBOSS, 1C et d'autres. Elles élaborent et commercialisent des produits finis dont elles possèdent le droit d'auteur. Elles ont remporté leur succès commercial sur le marché intérieur mais sont parfaitement compétitives sur le marché extérieur.

Les sociétés qui se spécialisent dans la programmation off-shore ou services d'outsourcing (externalisation informatique sur commande) représentent une autre partie spécifique de la branche. Elles sont regroupées au sein de l'association Russoft qui permet de compter sur une concurrence efficace avec l'Inde, l'Irlande, Israël et d'autres pays sur le marché mondial de programmation off-shore.

Enfin c'est l'ISDEF qui réunit des sociétés et des concepteurs produisant des produits finis destinés à être commercialisés sur le marché occidental. Parmi les clients on trouve des organisations publiques des Etats-Unis, dont le Pentagone et le FBI. La conjoncture sur ce marché est favorable : pour réussir, on doit savoir programmer mieux que ses concurrents. Les Russes le savent.

A leur conférence d'automne, les membres de l'ISDEF évaluaient leur chiffre d'affaires total à 150-200 millions de dollars par an. Cette fois, ils n'ont évoqué aucune chiffre mais ont affirmé que leurs affaires augmentent à un rythme de 100% par an.

Izvestia

Le moyen courrier RRJ: est-il russe ou international?

Les banques Vneshtorgbank, Vnesheconombank, la Banque d'Epargne et Roseximbank ont signé un accord avec la compagnie "Soukhoï" sur l'octroi du crédit de 200 millions de dollars pour l'achèvement de la mise au point du moyen courrier pour passagers Russian Regional Jet (RRJ). Il faut, au total, 600 millions de dollars pour la mise en œuvre du projet, lit-on dans les Izvestia.

L'avion RRJ a beaucoup de concurrents parmi les liners des lignes régionales: le Tu-334 russe, l'An-148 russo-ukrainien, l'Embraer brésilien, le Bombardier canadien, même l'ERJ chinois. Mais le président de la compagnie "Soukhoï" Mikhail Pogossian reste optimiste. Selon lui, à partir de 2007, le marché aura besoin de 300 avions pour les pays de la CEI (Communauté des Etats Indépendants) et de plus de 400 pour les pays d'Europe, d'Amérique et d'Asie.

Mais il est difficile de qualifier le futur avion de russe. L'avionique pour le RRJ provient de Thales (entreprise française), le moteur et le fuseau-moteur, du groupement russe "Satourn", les systèmes de commande à distance, de Liebherr (Allemagne), le train d'atterrissage de Hamilton Sundstrend, l'interieur de la cabine, de B/E Aerospase, les sièges de l'équipage, d'Ipeco. Le projet est patronné par la compagnie Boeing.

L'avion sera assemblé dans le groupement d'aéronautique (NAPO) de Novossibirsk et à Komsomolsk-sur-l'Amour qui font partie du holding "Soukhoï". Vladimir Manokhine, ingénieur principal de NAPO, a dit que l'usine était prête à fabriquer 40 % des pièces de l'avion. D'après les pronostics des experts de la compagnie "Soukhoï", le premier RRJ décollera au quatrième trimestre de 2006. En 2007, l'avion sera fabriqué en série.

Au Salon aérospatial "Farnborough-International-2004", la compagnie "Soukhoï" a signé avec la compagnie aérienne "Sibir" un contrat de fourniture de 50 RRJ et préparé les propositions commerciales avec les compagnies UTAir et "Poulkovskie avialinii". Les ententes sont intervenues avec Air France et Iberia pour l'achat de RRJ. La corporation aérospatiale indienne HAL a souhaité de participer à la fabrication et à la promotion de l'avion russe sur le marché de l'Asie du Sud-Est.

Moskovski komsomolets

L'enquête sur la mort de Youri Gagarine pourrait être reprise

L'enquête sur l'une des tragédies les plus mystérieuses du XXe siècle - la mort du premier cosmonaute au monde, Youri Gagarine, et du pilote Vladimir Sereguine - pourrait être reprise. C'est en tout cas ce que réclame Igor Kouznetsov, ancien employé de l'Institut d'exploitation et de réparation des matériels aéronautiques des Forces aériennes, qui en 1968, avec d'autres spécialistes, avait expliqué les causes de la catastrophe survenue au MiG-15, annonce le quotidien russe Moskovski Komsomolets.

En 37 ans bon nombre d'hypothèses sur la catastrophe ont été avancées, mais aucune réponse n'a été fournie à la question essentielle de savoir ce qui s'est passé avec l'avion et son équipage les 68 dernières secondes du vol. Les conclusions faites par Kouznetsov étaient sensationnelles: pendant la chute de l'appareil Gagarine et Sereguine étaient inconscients et c'est la raison pour laquelle ils n'ont pas sorti l'avion du piqué. La perte de connaissance aurait été due à une soupape de ventilation mal fermée dans la cabine de Gagarine. Depuis le décollage la cabine n'était pas pressurisée. Les pilotes s'en seraient rendu compte à une altitude de plus de 2.000 mètres. Ils auraient alors agi selon les instructions dans les cas de ce genre: interrompre la mission et perdre immédiatement de l'altitude. Sereguine a "plongé", dit Kouznetsov. Mais ensuite les choses deviennent incompréhensibles: l'appareil n'est pas sorti du piqué.

Les pilotes se trouvaient depuis six minutes à 4.200 mètres d'altitude dans un habitacle dépressurisé et ils ont commencé à manquer d'oxygène. Pendant cinq de ces six minutes les pilotes ont été soumis à une surcharge. La pression augmentait inexorablement. On peut affirmer que les cinq premières secondes les pilotes ont supporté un coup aérodynamique: la pression augmentait à la vitesse de 14mm/s sur la colonne de mercure du moment que la vitesse de chute verticale était de 140-150 m/s. Il y a tout lieu de supposer que pendant les trois premières secondes les pilotes ont perdu leur capacité de travail et qu'ils sont restés dans cet état jusqu'à l'impact avec le sol. Gagarine et Sereguine n'ont tout simplement pas eu le temps de reprendre leurs sens et le contrôle de l'appareil.

Igor Kouznetsov estime qu'il ne faut pas imputer aux pilotes la soupape de ventilation mal fermée et la grande vitesse de chute verticale lors du piqué. La soupape aurait très bien pu être laissée ouverte par un mécanicien ou le pilote qui avait volé sur cet avion avant Youri Gagarine. Les pilotes ont opéré strictement selon les instructions, dit Kouznetsov pour résumer. Or, ces instructions ne limitaient pas la vitesse de descente verticale.

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