Sur fond de visite à Kiev du Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, les médias se montrent plutôt prudents dans la couverture des sujets liés à la Russie. Tout en constatant "l'établissement d'un contact émotionnel" entre les leaders des deux pays, la presse manifeste cependant une certaine déception face aux résultats de ces négociations. "Les décisions concrètes ne s'adoptent pas à de telles rencontres où les parties arrivent à passer en revue une "large gamme de problèmes". Cela étant, les intérêts effectifs et les approches réelles des parties ne s'y manifestent qu'indirectement. Pour le moment, la Russie n'a pas de réponse à la question: comment agir avec l'Ukraine où le pouvoir a changé d'une manière incontrôlable" ("Glavred", 21.03).
L'invitation faite à la Première ministre de l'Ukraine, Youlia Timochenko, lors des négociations avec Vladimir Poutine, à se rendre en visite en Russie est interprétée par les médias comme un signe de la volonté de Moscou de classer le dossier Youlia Timochenko, poursuivie en justice par le Principal parquet militaire de la Fédération de Russie.
Le conflit qui a éclaté à la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe) en raison des divergences opposant les députés dans l'évaluation de la situation en Ukraine, et qui s'est achevé par la destitution du président de la Commission russo-ukrainienne interparlementaire, A.Lebedev, est interprété par la presse comme une victoire remportée par les partisans de la ligne impériale dans le dialogue avec Kiev. "C'est une bataille entre le chauvinisme incarné par les politiciens tels que Konstantin Zatouline (qui a notamment proposé de condamner les prétendues représailles massives contre les investisseurs russes et de défendre leurs droits légitimes), les politiciens qui poussent la direction russe dans la voie de l'ingérence et des relations autoritaires avec l'Ukraine, d'une part, et le réalisme pragmatique en la personne du business russe,représenté par Lebedev, qui laisse clairement entendre qu'il n'a absolument pas besoin d'effets politiques, de l'autre" ("Den",22.03).
La presse soutient l'intention des autorités ukrainiennes de faire en sorte que l'oléoduc "Odessa-Brody" ne fonctionne désormais que dans un sens, tout en prétendant que cela ne manquera pas de renforcer notablement l'indépendance énergétique du pays. ("Versii", 21.03).
MOLDAVIE
Relancés par les officiels de Chisinau, les médias adoptent avec conséquence une attitude manifestement antirusse sur toutes les questions d'actualité dans la politique intérieure et extérieure.
Gonflée par la presse, la thèse de la menace de nouvelles tentatives du Kremlin de s'ingérer dans les affaires intérieures de la Moldavie en cas de réédition des élections parlementaires est utilisée à titre de soutien informationnel à la réélection de Vladimir Voronine au poste de Président de la Moldavie. ("Journal de Chisinau", 18.03; "Vremia", 17.03).
Les médias renouvellent leurs pressions sur la Russie au sujet de la Transnistrie, tout en accusant une fois de plus Moscou d'entraver le règlement du conflit. "La Russie prétend toujours que le seul compromis possible serait le "Mémorandum de Kozak" (document qui garantit la présence d'un contingent militaire russe en Transnistrie pendant 20 ans)... Tout indique cependant que les officiels de Chisinau optent pour l'octroi d'une autonomie à la région de Transnistrie, bien que la direction transnistrienne s'accroche opiniâtrement à l'idée de la fédération, tout en y trouvant l'appui du Parlement russe" ("Moldova Suverane", 16.03).
Encouragée par les newsmakers officiels, la presse avance la thèse selon laquelle des sanctions économiques contre la Moldavie, sanctions dont la possibilité est énergiquement débattue à l'heure actuelle au gouvernement de la Fédération de Russie et à la Douma d'Etat, affecteraient avant tout les intérêts du business russe en Moldavie. "La Moldavie achète d'ores et déjà le gaz aux prix mondiaux, alors que le capital russe est présent dans les industries de l'alcool et du tabac moldaves. Aussi, n'est-il pas dans l'intérêt de la Russie de frapper d'embargo les produits de Moldavie". ("Moldova Azi", 18.03).
ESTONIE
La plainte déposée par Moscou à la Commission des droits de l'homme de l'ONU dénonçant les violations des droits des russophones en Estonie et en Lettonie a suscité une nouvelle vague de publications antirusses. "Moscou refuse de reconnaître les progrès accomplis par les pays baltes et le droit des peuples de son ancien empire à l'autodétermination. Il veut prouver à tout prix que ceux qui quittent l'empire sont voués au malheur et à l'opprobre. C'est pourquoi on clame que chez nous tout est mal, que les russophones sont en butte aux discriminations et que des nazis se promènent dans les rues. Pour que personne ne suive notre exemple" ("Pärnu Postimees", 17.03).
Les médias citent les témoignages des russophones qui ne sont pas pressés de se ranger du côté russe, se considérant comme une monnaie d'échange dans le marchandage politique de Moscou et de Tallinn avec l'Occident ("Delfi", 16.03).
L'attentat à la vie du patron de EES Rossii (Électricité de Russie), Anatoli Tchoubaïs, a suscité de vives répercussions. Les médias tendent à couvrir cet événement sur un ton antirusse. Selon un avis largement répandu dans les milieux journalistiques, le Kremlin commence à liquider par avance les possibles candidats à la présidentielle de 2008. On parle de la violence comme d'une méthode habituelle en Russie pour régler les comptes: "Parlementaires, gouverneurs, journalistes et hommes d'affaires meurent tous les ans en Russie, et le pouvoir n'hésite pas à employer des procédés comparables, même à l'étranger. Il suffit de citer la tentative d'empoisonnement de l'actuel président ukrainien, Viktor Iouchtchenko, et la voiture piégée au Qatar dont l'explosion a tué l'ex-président de l'Itchkérie rebelle, Zelimkhan Yandarbiev" ("Eesti Päevaleht", 19.03).
LETTONIE
Plus de la moitié des dossiers sont consacrés à la procession scandaleuse, à Riga, en hommage aux légionnaires lettons de la Waffen SS. En commentant cet événement, les médias lettons présentent tout un éventail d'analyses, allant de la condamnation absolue (presse russophone) à l'approbation ouverte, en passant par les appels à la "dérussification" et les regrets de ne pas pouvoir commémorer avec plus d'éclat la mémoire des légionnaires. Toutefois, la société lettone est largement consciente que cette procession minerait l'image de marque internationale de Riga.
Une note de déception se fait sentir dans les commentaires au sujet de la rencontre de Vladimir Poutine avec le président français, le chancelier allemand et le premier ministre espagnol, car les pays occidentaux ne veulent pas détériorer leurs relations avec la Russie.
À l'occasion du 20e anniversaire de l'arrivée au pouvoir en URSS du réformateur Mikhaïl Gorbatchev, les publications se poursuivent sur la "perestroïka". "Nul n'est prophète en son pays, - ce proverbe convient, on ne peut mieux, à Mikhaïl Gorbatchev. Ce qui caractérise la Russie, c'est le syndrome du respect de la "poigne de fer" ("Nedelia", 17-23.03).
Au centre de l'actualité économique est l'éventuel retrait de Yukos de Mazeikiu Nafta, l'unique raffinerie de pétrole dans les pays baltes. "Les autorités russes cherchent à chasser Yukos de la Lituanie et à remettre le bloc de contrôle de Mazeikiu Nafta à un autre consortium pétrolier russe" ("Telegraf", 21.03).
LITUANIE
Le scandale diplomatique qui serait dû, selon la partie lituanienne, à une interprétation erronée de la conversation téléphonique entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays a permis aux médias de dénoncer des erreurs graves dans le travail des diplomates russes. "L'actuelle diplomatie russe diffère peu de la diplomatie bolcheviste. Elle est avant tout amorale, ne respecte rien et trompe sans cesse ses partenaires, ne compte que sur ses propres forces" ("Antgimimas", 21.03).
La presse ne cesse de publier des interviews du ministre lituanien des Affaires étrangères, Antanas Valionis, qui se montre critique face à la politique étrangère de Moscou.
"Nous, comme les autres pays d'Occident, parlons des valeurs, du droit des peuples et des hommes de choisir, alors que la Russie ne parle que de ses intérêts sur les territoires étrangers. Souvent, cela n'a rien à voir avec la démocratisation de ces États ni avec le droit à l'auto-détermination" ("Lietuvos Rytas", 21.03).
Beaucoup d'articles sont consacrés à l'attentat à la vie du patron de EES Rossii (Électricité de Russie). La plupart des commentateurs affirment à l'unanimité que l'attentat serait l'uvre des services secrets russes.
Parmi les nombreux dossiers sur le sujet tchétchène, traditionnellement antirusses, on trouve une interview exclusive accordée par Akhmed Zakaïev, l'émissaire des séparatistes tchétchènes, qui vit actuellement à Londres.
GEORGIE
La certitude à Tbilissi que la Russie est disposée à faire des concessions en matière de bases militaires a diminué le nombre d'avis négatifs sur la politique de Moscou. "Dès le mois de mai, la Russie et la Géorgie pourraient signer un "grand" traité d'amitié et de coopération" ("Géorgie Libre", 17.03).
La presse a largement couvert la visite du président de la république autoproclamée d'Abkhazie Sergueï Bagapch à Moscou. "La question du transfert des bases militaires de Batoumi à Soukhoumi et le thème de l'adhésion de l'Abkhazie à la Russie représente pour le Kremlin un moyen de faire chanter les autorités de la Géorgie ("Khvalindeli Dgue", 21.03).
Le scandale sur la possible vente à Gazprom du gazoduc géorgien s'apaise. "Une participation de Gazprom aidera la Géorgie à en assurer le fonctionnement normal, en raison de l'énormité des investissements à engager" ("Alia", 22.03).
ARMENIE
Enprévision de la visite de Vladimir Poutine à Erevan, les médias parlent de l'avenir des rapports arméno-russes : l'Arménie a besoin de s'intégrer dans des processus économiques globaux et la Russie peut et doit l'aider en cela. "L'Arménie a perdu son importance dans la région. Et les rapports arméno-russes, qui sont loin d'être au beau fixe, expliquent les échecs de la politique extérieure arménienne ("Aïkakan Jamanak", 22.03).
La presse voit d'un oeil défavorable la possibilité du retrait des militaires russes de la base d'Akhalkalaki (Géorgie) et soupçonne que leur place pourrait être occupée par des forces turques de l'OTAN. "Le retrait de la base russe de cette région peuplée d'Arméniens risque d'aggraver la condition sociale et économique, déjà difficile, de la population locale" ("Aravot", 16.03).
Les tensions autour du Haut-Karabakh sont également couvertes. "Les Arméniens estiment que, dans la question du règlement (dans cette région), ils sont avant tout aidés par la Russie (33,8%)" ("Azg", 18.03).
La rencontre du président arménien avec les représentants des sociétés énergétiques russes Gazprom et RAO EES Rossii est relatée par pratiquement tous les médias. "Le projet de construction du gazoduc Iran - Arménie s'est transformé en schéma assez sophistiqué, réalisé d'une part par l'Iran, de l'autre par le gouvernement arménien, et de l'autre encore par la Russie, en la personne de ses deux géants, Gazprom et RAO EES Rossii. Il est difficile de dire quels avantages économiques cela pourrait représenter pour l'Arménie" ("Novoyé-Vremia", 19.03).
AZERBAIDJAN
La presse cite les "newsmakers" russes et azerbaïdjanais qui prédisent la proche désagrégation de la Communauté des Etats indépendants. "La Russie doit annoncer la mort de la CEI et arrêter ses tentatives de réanimer le cadavre politique" ("Azadlig", 19.03).
Les médias critiquent avec violence le président Vladimir Poutine, accusé de vouloir étouffer la liberté de la presse en Russie. "La situation y est catastrophique. Car, aujourd'hui, il n'y a plus de chaîne de télé tant soit peu indépendante (en Russie)" ("Zerkalo", 21.03).
L'arrestation, aux Etats-Unis, des membres du gang spécialisé dans la vente illicite d'armes russes est largement relayée par la presse. "Artour Solomonian, 26 ans, avec le Sud-Africain Christian Spize, 33 ans, dirigeait la bande qui livrait en contrebande des armes russes aux Etats-Unis et préparait un "attentat nucléaire" dans le métro" ("Ekho", 17.03).
Les médias accusent le Kremlin de soutenir les "skinheads" et de recourir à des organisations nationalistes pour poursuivre ses propres objectifs politiques. "(...) premièrement, "Nachi" (les nôtres) est une structure informelle qui sera utilisée contre les militants de l'opposition. Deuxièmement, l'ossature de cette organisation sera constituée d'anciens skinheads" ("Ekho", 18.03).
KAZAKHSTAN
Les participants à la conférence internationale "Garantir la sécurité en Asie Centrale dans le cadre de la coopération avec les États-Unis" estiment que seules les manuvres politiques d'Astana autour du triangle Moscou-Washington-Pékin pourraient augmenter le potentiel de transit du Kazakhstan. "En dix ans, les pays centrasiatiques effectueraient des réformes politiques et économiques, alors que la Russie, les États-Unis et la Chine mèneraient une politique de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays de la région" (Gazeta.kz, 18.03).
Les médias publient une interview du philosophe Alexandre Douguine portant sur la situation dans l'espace post-soviétique. Le philosophe apprécie positivement la politique "eurasiatique" du président Noursoultan Nazarbaïev. "Noursoultan Nazarbaïev est un partisan des processus d'intégration dans le cadre de la CEI. Il soutient le modèle intégrationniste de l'Union eurasiatique" (Liter.kz, 17.03).
Selon les médias, des exercices communs d'état-major des forces armées de la CEI "Frontière-2005" se dérouleront en Kirghizie et au Tadjikistan. ("Kazinform", 18.03).
KIRGHIZIE
Les journaux publient une déclaration du ministère russe des Affaires étrangères portant sur la situation qui prévaut en Kirghizie après les législatives. "Il faut régler les différends politiques dans le cadre de la loi et de la Constitution, au moyen d'un dialogue constructif entre les organes du pouvoir d'État et l'opposition. Le gouvernement kirghiz s'est dit prêt à mener un tel dialogue" ("Kabar", 21.03).
Les médias citent les avis des politiques russes en l'absence de la réaction de Vladimir Poutine aux événements en cours en Kirghizie, qui a déjà suscité l'étonnement des forces d'opposition du pays. Un journal publie notamment une déclaration du président du groupe parlementaire russe "Rodina" (Patrie), Dmitri Rogozine, qui insiste sur la nécessité d'une ingérence active de la Russie dans la situation en Kirghizie. "Moscou doit envisager des mesures sévères, voire menacer les deux parties de s'ingérer physiquement dans le conflit" ("Obchtchestvenny rating", 21.03).
OUZBEKISTAN
De nombreuses publications portent sur la coopération fructueuse avec la Russie, la croissance des échanges commerciaux entre les deux pays, surtout grâce aux liens régionaux directs. ("Novosti Ouzbekistana", 18.03).
La presse rapporte que des exercices communs d'état-major des forces armées de la CEI "Frontière-2005" se dérouleront en Kirghizie et au Tadjikistan. "Y participeront les représentants du Centre antiterroriste de la CEI et les observateurs du Conseil des commandants des troupes de gardes-frontières de la CEI et de la Structure antiterroriste de l'OCS dont fait partie l'Ouzbékistan" ("Ouzbékistan musulman", 17.03).
TADJIKISTAN
Selon les médias locaux, le président de la société "Systèmes énergétiques interconnectés" (EES Rossii), Anatoli Tchoubaïs, a annoncé que le Kazakhstan devait profiter du moment favorable actuel pour se joindre à la réalisation du projet de construction de la centrale hydraulique de Sangtouda, au Tadjikistan.
La presse rapporte que les gardes-frontières russes transmettraient bientôt le contrôle du secteur Moscovite de la frontière tadjiko-afghane à leurs collègues tadjiks. Ensuite viendra le tour du secteur contrôlé par le détachement de Piandj.
Selon les journaux, le gouvernement russe a envoyé quelque 130.000 ouvrages didactiques destinés aux écoles de langue russe et 75 éditions multimédia au Tadjikistan.