La Russie a réagi favorablement à la conception exposée par Kofi Annan. Comme l'a fait remarquer le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Youri Fedotov, ce rapport mérite d'être soutenu car le Secrétaire général de l'ONU propose toute une série de mesures concrètes tendant à rehausser le prestige de l'ONU, à améliorer la capacité de l'Organisation de réagir rapidement et de façon adéquate aux nouveaux défis et aux nouvelles menaces à la sécurité internationale.
Selon le chef adjoint de la diplomatie russe, le rapport de Kofi Annan, tout comme le rapport antérieur du "Groupe des sages" (qui avait élaboré spécialement pour le Secrétaire général de l'ONU la conception de la réforme), "s'inscrit dans le cadre de nos propres réflexions, idées et visions du nouveau rôle de l'Organisation des Nations Unies dans le monde contemporain en changement. Et ce sur tous les axes: le renforcement de la sécurité internationale, la prévention de la prolifération des armes de destruction massive (ADM), la menace du terrorisme international, etc.".
Andreï Denissov, délégué permanent de la Fédération de Russie auprès de l'ONU, a relevé que les décisions adoptées sur les aspects clés de la réforme de l'ONU, "y compris sur l'élargissement de son Conseil de sécurité", doivent reposer sur un large consensus entre les Etats membres. L'ambassadeur russe à l'ONU se réjouit de ce que le Secrétaire général de l'Organisation réaffirme dans son rapport son attachement au renforcement des principes du multilatéralisme dans les rapports internationaux, son désir de mettre en place, sous l'égide de l'ONU, d'un système plus efficace de sécurité collective fondé sur le droit international. La diplomatie russe souligne que Moscou estprêt à participer énergiquement à l'examen de ce document, susceptible de constituer une base solide pour les décisions qui seront adoptées au futur "Sommet-2005", prévu pour l'automne prochain en marge des travaux de la 60-ème session anniversaire de l'Assemblée générale de l'ONU à New York.
RIA-Novosti a appris d'une source diplomatique à Moscou que la Russie part du principe que le rehaussement de l'efficacité de l'ONU va beaucoup plus loin que la seule réforme du Conseil de sécurité. "Nous avons intérêt à trouver le moyen de rendre l'Organisation plus adéquate aux menaces et défis contemporains. Nul ne conteste que le Conseil de sécurité de l'ONU a besoin, lui aussi, d'être rénové. Et si la décision est prise d'augmenter le nombre des sièges permanents au CS, les candidats dignes et puissants, désireux de les occuper, ne manqueront pas", a noté l'interlocuteur de RIA-Novosti. Nul n'ignore que Kofi Annan a soutenu les deux variantes d'élargissement du Conseil de sécurité, proposées par le Groupe des sages qui n'était pas parvenu à l'unanimité sur cette question. Les deux variantes prévoient d'élargir le Conseil de sécurité, en portant le nombre de ses membres de 15 à 24. Néanmoins, si dans le premier cas, il est proposé d'introduire au sein du CS six nouveaux membres permanents, dans le second cas, il ne s'agit que de membres non permanents, bien que leur mandat soit prolongé à quatre ans contre ving-quatre mois actuellement. Aucune des deux variantes ne prévoit d'investir du droit de veto les futurs nouveaux membres du Conseil de sécurité. Or, ce n'est sans doute pas par hasard que la Russie insiste tout particulièrement sur la nécessité d'un consensus maximum entre les Etats membres sur ce point précis. Toutefois, un tel consensus est toujours absent.
Les délégués permanents du Brésil, de l'Allemagne, de l'Inde et du Japon, c'est-à-dire les prétendants les plus forts à un siège dans le futur Conseil de sécurité élargi, ont d'ores et déjà fait une déclaration conjointe en faveur de la première variante de réforme du Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui n'a rien d'étonnant, car la seconde variante ne leur offre pas l'inamovibilité au sein du Conseil.
Pourtant, à l'avis de Sergueï Rogov, directeur de l'Institut des Etats-Unis et du Canada, la seconde variante, stipulant notamment l'inclusion de nouveaux membres semi-permanents, serait de loin plus prometteuse qu'une simple augmentation du nombre des membres permanents.
Quant à la réforme de l'ONU, personne ne va contester que le Japon ou l'Inde doivent figurer sur la liste des membres permanents. Mais alors une question se pose, à savoir pourquoi pas l'Allemagne, l'Italie ou le Brésil? Si, pour l'Amérique Latine, on porte sur la liste le Brésil, la question pourra se poser au sujet du Mexique et de l'Argentine. Si l'Afrique y est représentée par l'Egypte, on pourra se dire que l'Afrique du Sud ou un autre Etat africain sont tout aussi dignes d'être admis au CS. C'est une sorte de boîte de Pandore, car le nombre des Etats souhaitant élever leur statut est suffisamment important", a souligné Sergueï Rogov. En même temps, estime l'expert, l'introduction de membres semi-permanents pourrait élever le statut de ces Etats, bien que ce ne soit pas au niveau des "cinq" membres permanents d'origine.
Il serait naïf de s'attendre dans l'immédiat à un consensus sur la première ou la seconde variante. En effet, si le Secrétaire général de l'ONU, qui doit théoriquement être impartial dans la prise de décision sur cette question, n'a pas pu choisir la variante optimale, que pourrait-on attendre des pays candidats qui sont notoirement subjectifs dans leurs jugements?
Moscou se rend compte que la situation est loin d'être simple quand les deux voies - les atermoiements avec la réforme de l'ONU ou, par contre, sa précipitation en l'absence d'un large consensus - sont également funestes car elles ne mènent qu'à la délégitimation et à la division des Nations Unies. Et c'est justement la raison pour laquelle la Russie intervient pour la poursuite intense des négociations, qui ne seront d'ailleurs pas simples, et pour la recherche d'un consensus général.