La visite de Vladimir Poutine en Ukraine a eu lieu sous le signe du pragmatisme, et non pas de l'antagonisme

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PARIS (par Angela Charlton, spécialement pour RIA Novosti)

La rencontre qui a eu lieu ce dernier week-end entre Vladimir Poutine et Viktor Iouchtchenko n'a apporté la victoire ni à l'un, ni à l'autre, ce qui est bon pour les rapports bilatéraux.

Malgré les circonstances délicates, la rencontre a été constructive. Aucun des deux présidents n'a mentionné les événements houleux de décembre dernier qui avaient opposé Viktor Iouchtchenko au candidat jouissant du soutien de Vladimir Poutine et qui avaient affecté les rapports entre les deux voisins.

Un accueil calme, bien que prudent, a été réservé à Vladimir Poutine à Kiev. Il a obtenu la promesse des dirigeants ukrainiens de participer à la création de l'Espace économique unique (EEU) qui regroupe quatre Etats (la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan). Après l'arrivée au pouvoir de Viktor Iouchtchenko, le destin de ce projet suscitait des doutes. L'absence de toute manifestation d'antagonisme entre les parties au cours de la visite de Vladimir Poutine est non moins importante. Même la première ministre d'Ukraine Ioulia Timochenko, qui critique beaucoup le Kremlin, et qui est poursuivie par la justice russe pour corruption a dit à Vladimir Poutine qu'elle aspirait à mettre en oeuvre le plus grand nombre possible de projets communs avec la Russie.

De nombreux Ukrainiens pensaient que Vladimir Poutine se sentirait honteux d'avoir soutenu le candidat malheureux à l'élection présidentielle de l'année dernière. Quant aux Russes, ils voulaient que Vladimir Poutine arrive en Ukraine la tête haute, prêt à rappeler à l'Ukraine la puissance économique et régionale de la Russie.

Vladimir Poutine avait de nombreuses raisons d'être préoccupé à la veille de sa visite. Deux de ses détracteurs les plus acharnés demandent l'asile à Kiev: l'éminent libéral russe Boris Nemtsov qui est devenu conseiller de Viktor Iouchtchenko, et Boris Berezovski qui serait prêt à déménager en Ukraine. De plus, les conglomérats russes sont inquiets pour leurs actifs en Ukraine en raison de la dénationalisation envisagée dans le pays et souvent évoquée par Ioulia Timochenko. Bien que le Kremlin ne soutienne pas ces initiatives, les conglomérats russes veulent que Vladimir Poutine défende leurs intérêts. Les rumeurs sur l'implication de la Russie dans l'empoisonnement de Viktor Youchtchenko qui a eu lieu l'année dernière ont également compliqué les rapports entre les deux pays. Qui plus est, l'Ukraine pose de nouveau la question du partage des actifs soviétiques, ce qui entraîne des débats animés de part et d'autre.

Vladimir Poutine est parti pour Kiev sûr de lui, mais non sans rester sur ses gardes. Il est arrivé à Kiev aussitôt après la rencontre amicale de Paris avec les présidents de la France, de l'Allemagne et de l'Espagne qui a atténué la tension dans les rapports entre la Russie et l'UE. A Paris, Vladimir Poutine a même déclaré que la Russie pourrait soutenir le désir de l'Ukraine d'adhérer à l'UE, en essayant de démentir l'opinion largement répandue selon laquelle l'Ukraine devrait choisir entre la Russie et l'Europe.

Viktor Iouchtchenko a laissé entendre que l'adhésion à l'UE restait son objectif principal, mais qu'il n'avait pas l'intention de le faire aux dépens des rapports avec la Russie.

Nombreux étaient ceux qui estimaient qu'il rejetterait l'idée de la création de l'Espace économique unique regroupant la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan en lui préférant des associations plus pro-occidentales. Cependant, Viktor Iouchtchenko a souligné au cours de sa rencontre avec Vladimir Poutine qu'il n'objectait pas contre la création de l'EEU et qu'il souhaitait la participation active de l'Ukraine à sa formation, en créant une union plus économique que géopolitique. L'Ukraine pourra prévenir ainsi la transformation de l'EEU en instrument de prédominance de la Russie dans l'espace postsoviétique et, en même temps, conserver les contacts économiques avec la Russie.

Le rêve de Viktor Iouchtchenko d'adhérer à l'UE a entraîné le besoin d'examiner de nouveau les moyens de régler le problème de la frontière avec la Russie, dont le règlement est nécessaire à l'Ukraine, si elle veut devenir membre de l'UE. Samedi dernier, aucune des parties n'a fait de concessions.

Bien que les parties n'aient pas exprimé ouvertement leurs désaccords, elles n'ont pas réussi à aboutir à des accords concrets. Aucune des parties n'a pris d'engagements à long terme. La Russie et l'Ukraine ont manifesté une certaine prudence à l'égard des diverses initiatives, sauf envers le plan de coopération pour 2005. Ces pourparlers ont été plus fructueux que la rencontre entre les deux présidents en janvier dernier, mais l'échange de vues de samedi n'était, pour les deux parties, qu'une occasion de sonder le terrain.

Cette rencontre décevra probablement les nationalistes de part et d'autre de la frontière, mais, en même temps, elle suscitera probablement un soupir de soulagement chez les autres, y compris les observateurs occidentaux. Vladimir Poutine a montré que, malgré la critique de ses actions "non démocratiques", il est un homme politique souple et perspicace, prêt à travailler avec ses opposants. Quant à Viktor Iouchtchenko, il a prouvé qu'il ne s'inclinerait pas devant la Russie, mais qu'il ne veut pas non plus s'en détourner. Les rapports avec la Russie seront probablement le sujet principal de ses pourparlers à Washington prévus pour le mois prochain.

Malgré les points de vue différents de Moscou et de Kiev sur la situation internationale, la rencontre entre les deux présidents a inspiré l'espoir que Vladimir Poutine et Viktor Iouchtchenko pourraient fermer les yeux sur les événements "choquants" qui ont marqué la campagne électorale de l'année dernière en Ukraine au nom des futurs rapports et du maintien de la stabilité dans la région.

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