Les capitaux russes en quête de gains à court terme

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MOSCOU. /par Yana Yourova, RIA Novosti/. Selon les données du Comité d'Etat aux Statistiques, en 2004 les investissements russes à l'étranger se sont accrus de 45,2% par rapport à 2003 pour atteindre 33,773 milliards de dollars. Les hommes d'affaires russes ont placé 10,33 milliards de dollars aux Etats-Unis, 7,513 milliards à Chypre, 3,63 milliards dans les îles Vierges, 2,969 milliards en Grande-Bretagne, 970 millions dans l'île de Man.

En Russie, cependant, une discussion s'est engagée pour savoir ce qu'il faut penser de cette fuite absolument légale de capitaux. Certains économistes soutiennent que c'est un succès certain des milieux d'affaires nationaux. D'autres expliquent ce phénomène par la détérioration du climat d'investissement en Russie.

Le ministre du Développement économique et du Commerce, Guerman Gref, a déclaré dernièrement qu'il n'y avait aucun mal à exporter légalement des capitaux russes. "C'est une forme d'expansion des sociétés russes sur le marché international, ce qui constitue un processus positif non seulement pour l'économie mais également pour l'Etat dans son ensemble", a-t-il affirmé. Il y a trois ans, le même ministre défendait un autre point de vue : le capital légal sorti du pays pour une raison ou pour une autre "doit, sans conteste, être rapatrié en Russie".

En réalité, les deux déclarations ne sont pas franchement contradictoires parce que l'investissement implique toujours la duplicité. Tout dépend du contexte. De l'avis du vice-recteur du Haut collège d'Economie, Andréi Yakovlev, l'exportation de capitaux peut traduire deux processus différents dont l'un est la fuite la plus triviale et l'autre est l'investissement dans des actifs de production à l'étranger.

C'est ce deuxième processus qui va s'accélérant depuis ces deux ou trois dernières années. Les sociétés russes investissent principalement dans les pays de la CEI et ceux d'Europe de l'Est. Ce qui leur permet finalement de devenir des multinationales. Dans le cadre de la concurrence globale, elles peuvent profiter des avantages non plus dans un seul pays mais dans plusieurs Etats à la fois. Par exemple, elles peuvent s'approvisionner en matières premières facilement abordables en Russie, embaucher de la main-d'oeuvre bon marché en Bulgarie, en Moldavie ou en Ukraine et mettre à profit la proximité d'éventuels marchés étrangers, en l'occurrence ceux de l'Europe de l'Ouest. Peut-être dans certains pays pourront-elles employer aussi un savoir-faire que les ouvriers russes n'ont pas. Il en résulte un regroupement de ressources. Partant du pays, cet argent aide les sociétés russes à devenir plus compétitives et à s'installer sur des marchés nouveaux. Elles peuvent ainsi gagner davantage que dans leur propre pays.

Il est évident que si une entreprise devient finalement efficace, c'est le pays qui y gagne en toute circonstance. Quel avantage la Russie pourrait-elle en tirer car les impôts sont versés au pays sur le territoire duquel l'entreprise fonctionne? On peut y répondre autrement, en se basant sur les recettes des ventes des produits fabriqués à l'étranger : ou bien elles aboutissent en Russie où elles sont prises en compte dans le calcul du PIB ou bien elles restent à l'étranger. On peut trouver aussi d'autres méthodes pour évaluer la situation.

Ainsi, de l'avis d'Andréi Yakovlev, la Russie est actuellement dans un état d'incertitude. En 2000, lorsque le président en exercice est arrivé au pouvoir, un de ses premiers actes fut l'élaboration d'une stratégie de développement de la Russie pour une période décennale qui a fait naître une vague d'attentes fébriles dans la société. En principe, dit-il, 1999 et 2000 ont été une période très fructueuse sur le plan économique. Aujourd'hui, d'un point de vue formel, le pays se développe rapidement. L'année dernière son PIB a augmenté de 7,1%, c'est un résultat impressionnant. Mais les attentes demeurent toujours irréalisées, notamment celles des milieuxd'affaires qui sont devenues vagues. Voyons comment dans cette situation les milieux d'affaires gèrent leurs investissements. Le tableau qui s'ouvre à nos yeux n'est pas alarmant. A l'heure actuelle, selon les experts, les investissements russes à l'étranger sont à court terme, en règle générale. A la fin de 2004, leur montant accumulé, c'est-à-dire immobilisé à l'étranger, s'élevait à 6,973 milliards de dollars seulement, soit cinq fois moins que le montant des investissements réalisés en 2003. C'est que les 31,8 milliards de dollars exportés antérieurement de Russie ont été rapatriés l'année dernière, soit 42,9% de plus qu'en 2003. Cela veut dire que les capitaux ne fuient pas la Russie mais, pour user d'un langage imagé, effectuent des missions de courte durée à l'étranger "pour faire des petits".

Mais que dire de l'argent qui reste à l'étranger ? A la fin de 2004, les capitaux russes se sont majoritairement accumulés en Grande-Bretagne (1,3 milliard de dollars), à Chypre (761 millions), aux Pays-Bas (611 millions), en Ukraine (452 millions), en Iran (431 millions), aux Bahamas (370 millions), aux îles Vierges (362 millions), aux Etats-Unis (317 millions), à Gibraltar (274 millions), dans l'île de Man (267 millions). On peut dire que ces fonds sont exportés pour se prémunir contre les risques politiques et diversifier les actifs du point de vue géographique. D'autre part, nous avons ici affaire à des tentatives pour diminuer les frais en profitant de régimes fiscaux plus avantageux.

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