Bien sûr, acheminer l'hélium-3 de la Lune vers la Terre constitue un problème technique colossal dont la solution réclamera des années. Et ici l'astronautique pilotée s'avérera irremplaçable. A propos, c'est là un objectif spatial bien plus important et bien meilleur marché qu'un vol vers Mars.
Le premier pas dans cette direction pourrait être l'aménagement d'une grande station portuaire orbitale utilisée pour les réceptions et les expéditions ainsi que pour l'assemblage et la réparation des navettes lunaires qui achemineront sur notre satellite des équipements et en ramèneront l'hélium.
Etant donné que pour faire tourner cette station orbitale industrielle des cosmonautes seront nécessaires, il faudra par conséquent que le complexe soit assez grand, de longue durée et possédant un potentiel technique et énergétique adéquat. L'expérience acquise à bord de l'ISS sera d'une grande utilité dans l'assemblage des complexes industriels orbitaux. Sans les recherches approfondies réalisées à bord de la Station spatiale internationale il sera également impossible de simuler les vols spatiaux lointains.
L'ISS est la seule dont disposent les hommes et ceux-ci n'envisagent pas d'en construire une autre. Partant, l'astronautique mondiale dépend entièrement de l'ISS. Et s'il en est ainsi, il faut dans les délais les plus brefs reprendre les vols des shuttle américaines, sans lesquelles depuis déjà plus de deux ans la station existe dans des conditions extrêmement difficiles permettant tout juste de la maintenir en régime piloté. Si nous envisageons d'utiliser l'ISS comme un tremplin vers l'espace, alors il est primordial de porter les effectifs de sa mission permanente de deux à trois hommes pour le moins. Cela permettrait d'entreprendre la réalisation d'un programme de recherches minimum. Mais pour cela les shuttle sont nécessaires.
Par ailleurs, la préparation des vols vers la Lune et ensuite vers Mars nécessitera probablement que la durée des missions permanentes à bord de l'ISS soit portée de six à douze mois. "Pour les vols spatiaux d'une durée d'un an il n'y a pas de contre-indications médicales, mais sur orbite les moyens de survie sont insuffisants, aussi faut-il se montrer très prudent en ce qui concerne l'augmentation de la durée des vols", avait déclaré à la mi-février le directeur adjoint de l'Institut médico-biologique de Russie, Valéri Bogomolov. "Depuis deux ans la Russie assure seule la rotation des missions et l'acheminement des frets jusqu'à l'ISS. Des difficultés se sont fait jour en ce qui concerne le transport des moyens de survie et des équipements de contrôle médico-biologique. Si les navettes américaines ne reprennent pas leurs vols en mai-juin, l'eau pourrait venir à manquer à bord de la station", a déclaré Valéri Bogomolov. En d'autres termes, les projets aussi prometteurs qu'ambitieux de conquête de l'Univers dépendent directement de la reprise prochaine des vols des shuttle américaines.