Quel est l'avenir du dialogue Russie - Occident sur la Tchétchénie?

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MOSCOU, 23 mars. (Commentateur politique de RIA-Novosti, Youri Filippov). Que faut-il entendre au juste par "règlement politique en Tchétchénie"? La Russie et l'Occident en ont discuté avec acharnement de longues années durant. Pour Moscou, cela signifiait l'intégration politique de la Tchétchénie au sein de la Fédération de Russie. Pour l'Occident, cela supposait par contre la reconnaissance politique par le Kremlin des ambitions séparatistes, ainsi que des négociations avec les séparatistes tchétchènes.

La "table ronde" organisée cette semaine par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) à Strasbourg et associant des représentants de la Russie, de la Tchétchénie et des hommes politiques de l'Europe de l'Ouest a montré que cette longue discussion touche à sa fin. Pour tous les participants à la "table ronde" strasbourgeoise, y compris le critique intransigeant de la Russie, le Britannique lord Judd, les futures élections parlementaires en Tchétchénie, prévues pour l'automne prochain, constitueront la principale étape du règlement politique dans cette république. Nul doute que cette formule s'appuie sur l'interprétation russe des principes du règlement politique. En effet, ces futures élections se dérouleront selon les lois russes, de sorte qu'après la formation du Parlement de la Tchétchénie, celle-ci ne se distinguera sans doute en rien dans son organisation des deux dizaines d'autres républiques membres de la Fédération de Russie.

Quoi qu'il en soit, la "table ronde" de Strasbourg et l'unanimité de ses participants sur cette question fondamentale ne sont rien d'autre qu'une manifestation particulière d'une tendance beaucoup plus large. C'est que depuis ces derniers mois, le problème de la Tchétchénie a perdu de son acuité pour passer au second plan, voire disparaître de l'ordre du jour des relations entre la Russie et les principales puissances occidentales. Ceci aurait été inconcevable il y a à peine deux ou trois années, époque où le problème de la Tchétchénie occupait la première place à pratiquement chacune des rencontres internationales auxquelles participait le Président Poutine. L'Occident exhortait alors la Russie à engager des négociations avec les séparatistes tchétchènes, alors que Moscou s'y refusait catégoriquement, insistant sur ses propres méthodes pour régler le problème, méthodes tant musclées que politiques.

Ce dialogue aurait pu durer à l'infini, mais il avait peu de chances d'être productif. C'était particulièrement évident quand Moscou limitait, une fois de plus, la présence des organisations non gouvernementales (ONG) occidentales en Tchétchénie ou quand, par l'intermédiaire de ses députés, la Russie menaçait de boycotter les sessions de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Mais le passage de la frange la plus radicale des séparatistes tchétchènes à la tactique des attentats d'envergure contre les populations civiles a définitivement démontré que le dialogue russo-occidental dans ce contexte n'avait tout simplement aucune perspective. "Nord-Ost" et Beslan ont pratiquement définitivement compromis les perspectives politiques du séparatisme tchétchène. En optant pour le terrorisme, le séparatisme tchétchène s'est en fait autodétruit au lieu d'anéantir ses ennemis, comme il l'espérait sans doute. Qui plus est, bien des analystes russes estiment que la récente disparition d'Aslan Maskhadov, symbole vivant du séparatisme tchétchène et ancien Président de la République Tchétchène d'Itchkérie, n'est que la manifestation physique de ce qui s'est déjà produit sur le plan politique avec le séparatisme tchétchène.

Il va sans dire que la métaphore - du séparatisme au terrorisme - ne pouvait pas ne pas se répercuter sur la teneur du dialogue tchétchène entre la Russie et l'Occident. Et bien que cet impact ne se soit pas manifesté tout de suite, mais des mois et même des années plus tard, il était inévitable.

Au stade actuel des discussions sur les problèmes de la Tchétchénie, l'Occident semble nettement "embarassé". Ainsi, au récent Sommet russo-américain de Bratislava, le Président George W. Bush a formulé une thèse plutôt vague sur la nécessité de faire progresser la démocratie partout dans le monde (y compris sans doute en Tchétchénie). Qui plus est, à la rencontre parisienne de ce mois de mars entre les leaders du "Quatuor européen" formé par la France, l'Allemagne, l'Espagne et la Russie, le thème de la Tchétchénie n'a même pas été évoqué.

Peut-on dire, par conséquent, que le dialogue entre l'Occident et la Russie sur le problème de la Tchétchénie est en train de toucher à sa fin?

Au sens politique, ce dialogue est d'ores et déjà terminé, encore que ce soit la Russie elle-même qui y ait mis un point final. Quant à la question de savoir ce qu'est en fin de compte la Tchétchénie, et en quoi consiste le règlement politique dans cette république, un consensus semble s'être dégagé. En effet, la République de Tchétchénie reste au sein de la Fédération de Russie. Par conséquent, les lois russes y sont en vigueur et avoir des contacts politiques avec la plupart des séparatistes tchétchènes signifie fraterniser avec les terroristes. Des négociations restent possibles sur la remise de leurs armes par les commandos tchétchènes. Et une nouvelle amnistie est également envisageable pour toutes les personnes qui n'ont pas été impliquées dans des attentats visant des civils. Par ailleurs, la Tchétchénie a grand besoin d'un redressement économique, et si les Européens peuvent l'aider, on ne pourra que saluer leur participation à ce genre de règlement.

Les dernières réactions de l'Occident montrent que, malgré ses réticences, il est prêt à accepter les approches de la Russie, et c'est le principal pour Moscou à l'étape actuelle. Tout le reste, y compris les délais d'achèvement de l'opération antiterroriste (selon la terminologie occidentale, les délais de "cessation de la guerre"), n'ont pour la Russie qu'une signification secondaire. On comprend bien que, dès que les principaux objectifs politiques seront atteints, le passage à la paix pour le puissant pays qu'est la Russie, épaulée de surcroît politiquement par l'Occident, ne serait qu'une question très simple.

Tout indique que la Russie devra poursuivre avec l'Occident le dialogue sur la Tchétchénie du moins pour maintenir le consensus déjà enregistré en matière de principes du règlement politique. Et pour cela, les hôtes de Strasbourg seront toujours les bienvenus autour des "tables rondes", que ce soit à Moscou ou à Grozny.

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