De Moscou à la Lune via Paris

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MOSCOU (de notre commentateur politique Andrei Kisliakov).

On peut affirmer que la création de l'alliance spatiale européenne unique est prédéterminée. Ce sera une grande association mondiale dans le domaine de l'exploitation et de l'étude de l'espace.

Yannick d'Escatha, président du Centre national d'études spatiales (CNES), a déclaré le 16 mars qu'une puissante alliance stratégique avec la Russie avait une importance cruciale pour la France dans le domaine de la création de nouvelles fusées porteuses.

Anatoli Perminov, directeur de Roskosmos (Agence spatiale russe), et son homologue français ont signé hier à Paris un accord sur les futurs lanceurs et programmes de vols pilotés. Le programme de coopération "OURAL" proposé par la France sera, en perspective, européen. En effet, selon Yannick d'Escatha, depuis le début des explorations spatiales, la Russie a étudié toutes les technologies (ou presque) conduisant dans l'espace et a accumulé un nombre immense d'informations précieuses. C'est pourquoi la coopération avec la Russie permettra de créer le laboratoire d'idées dont toute l'Europe a besoin.

Par conséquent, le processus amorcé par la signature, à l'automne 2003, de l'accord intergouvernemental entre la Russie et la France dans le domaine de l'activité spatiale se développe aujourd'hui en direction de la création d'un espace spatial européen unique avec la participation de la Russie.

En fait, il s'agit à présent non seulement de l'utilisation par les lanceurs russes du cosmodrome équatorial de Kourou, en Guyane française, appartenant à l'Agence spatiale européenne, mais aussi de la création de nouveaux modèles de systèmes de transport et de l'élaboration des projets de voyages interplanétaires.

Dans le premier cas, l'Europe envisage sérieusement de remplacer son principal véhicule spatial: la fusée "Ariane-5". De l'avis du président du CNES, les recherches d'un nouveau modèle seront effectuées conjointement avec la Russie.Le premier vol de la fusée russo-européenne - quelle qu'elle soit - est prévu pour 2020.

En attendant, l'industrie spatiale russe peut proposer, dès aujourd'hui, un large éventail de lanceurs.

Dans une interview accordée fin février à RIA Novosti, Anatoli Perminov a notamment déclaré que le Centre spatial Khrounitchev était en train de mettre au point le système "Angara" comprenant toute une gamme de fusées porteuses légères, moyennes et lourdes. Les caractéristiques de ces fusées permettent de lancer des appareils spatiaux d'un poids allant de quelques centaines de kilos à 24 tonnes aux altitudes et selon les inclinaisons d'orbite les plus variées, jusqu'à l'orbite géostationnaire. C'est la technologie de demain. Les lancements des fusées de la famille "Angara" devraient commencer dans les deux années à venir.

En même temps, pour accroître la longévité des fusées "Soyouz" et élargir la gamme des appareils lancés, on est en train de moderniser le lanceur "Soyouz-2" en y installant des systèmes numériques de commande et de télémesures, un nouveau moteur aux caractéristiques spécifiques améliorées et en modifiant la conception du troisième étage et du carénage de la tête. Ces améliorations permettront d'augmenter la charge utile de 1100 à 1200 kg lors du lancement sur les orbites circulaires à basse altitude. Le lancement d'essai de la fusée porteuse "Soyouz-2 rénovée a été effectué avec succès l'année dernière. C'est la première étape de sa modernisation.

En ce qui concerne l'exploration de l'espace lointain, "l'Agence spatiale fédérale, de même que tous ses partenaires de l'ISS envisagent avec enthousiasme les variantes des vols vers la Lune et, en perspective, vers Mars et d'autres planètes", lit-on dans le communiqué de Roskosmos publié à la mi-mars.

La station orbitale aura une fonction très importante: de l'avis d'Anatoli Perminov, elle est un élément de base de la création de l'infrastructure orbitale pour les expéditions interplanétaires. "Nos sommes ouverts au dialogue avec nos collègues en vue de déterminer les voies de la coopération dans le cadre de nos programmes nationaux", affirme le communiqué de Roskosmos.

De toute évidence, à l'étape de la mise en œuvre des initiatives russo-françaises, les programmes spatiaux nationaux céderont la place au plan européen de développement de l'astronautique.

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