L'époque des présidents terroristes en Tchétchénie s'achève avec Maskhadov

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MOSCOU. /par Iouri Filippov, commentateur politique de RIA Novosti/. "Le terroriste international et leader des bandits armés, Aslan Maskhadov, est éliminé". C'est en ces termes que le directeur du Service fédéral de sécurité Nikolaï Patrouchev a choisi d'informer le président Vladimir Poutine de la mort d'Aslan Maskhadov en Tchétchénie. Des qualificatifs tels que - "meneur de terroristes", "terroriste d'envergure internationale", "source du mal" - sont accolés à Maskhadov par les hommes politiques et la majorité des médias russes.

Au cours de ces trois dernières années l'ex-président de la République tchétchène d'Itchkérie non reconnue, Aslan Maskhadov, s'est discrédité par ses liens avec le terrorisme international et par son implication dans des attentats commis contre la population civile, au point qu'il est effectivement difficile de trouver d'autres mots pour parler de lui. Son nom refaisait surface après chacun des attentats importants perpétrés en Russie : la prise d'otages au Centre théâtral de Moscou en automne 2002, la destruction d'avions de ligne en août 2004, le massacre des enfants dans l'école de Beslan l'automne dernier.

Il est vrai qu'Aslan Maskhadov n'est pas né terroriste. Dans sa jeunesse, il n'a pas fait carrière dans un mouvement terroriste international et n'a pas rêvé des lauriers de ben Laden. En janvier 1997, ancien colonel de l'armée soviétique, meilleur chef militaire tchétchène, il a reconquis, face aux forces fédérales, la capitale de la Tchétchénie, Grozny, et entrepris de faire une carrière politique comme président de l'Itchkérie. Il a obtenu de la Russie de nombreuses concessions dont la principale était le statut "ajourné" de la Tchétchénie et a signé des accords officiels avec le secrétaire du Conseil de sécurité national, Alexandre Lebed, et le premier ministre Viktor Tchernomyrdine.

Cependant, pour être bon militaire, c'était un politique médiocre. Arrivé au pouvoir, Maskhadov n'a pas pu tenir tête à l'opposition et s'est laissé mener à la bride par Bassaïev, Oudougov, Yandarbiev et d'autres islamistes radicaux et criminels sans scrupule. Par ses déclarations bellicistes, il a éloigné la Russie de lui. Au final il n'a pas réussi à bâtir avec elle des relations nouvelles, cause principale de l'échec de l'Itchkérie en tant que république indépendante et de Maskhadov en tant que leader politique.

Pendant toutes ces dernières années, le président de l'Itchkérie n'a eu ni stratégie, ni tactique. Pas même une véritable équipe de compagnons d'idée. Certes, ce n'est pas l'idée d'un Califat mondial mais celle d'une République tchétchène d'Itchkérie qui inspirait le plus souvent la "terreur maskhadovienne", mais le choix des moyens a complètement discrédité tous les objectifs qu'il se fixait.

Au lendemain de la tragédie du Centre théâtral de Moscou, le président Poutine a déclaré qu'il serait amoral de négocier avec des gens comme Maskhadov.

Un conseiller du président russe, Aslanbek Aslakhanov, qui a mené des négociations avec les terroristes à Moscou et à Beslan, raconte que chaque fois les parlementaires tentaient de contacter Maskhadov pour lui demander de se rendre sur place et de prévenir une nouvelle tragédie. Maskhadov avait alors la possibilité de faire preuve de ses qualités d'homme politique, d'homme d'Etat, de dissiper sa réputation de terroriste des cavernes. En vain. A chaque fois le président de l'Itchkérie non reconnue était inaccessible.

"Si Maskhadov avait effectivement pensé aux gens, au peuple, il aurait pu quitter la scène politique en homme, la tête haute. Et bien des erreurs lui auraient été pardonnées", estime Aslambek Aslakhanov. "Même si on l'avait tué alors, c'eût été une fin honorable", affirme le conseiller du président russe.

A la différence de son prédécesseur Djokhar Doudaïev, Maskhadov a quitté ce monde non pas comme président mais comme terroriste. Comme président, il n'aura pas de successeur : le vice-président de la république non reconnue, Vakha Arsanov, est dans une prison russe et de nouvelles élections sont, naturellement, absolument inconcevables. D'ailleurs, personne ne cherche même à prétendre remplacer le président Maskhadov. Peut-être un de ses chefs de guerre, par exemple Bassaïev, tentera-t-il s'endosser le rôle de principal coordinateur politique du terrorisme tchétchène. Mais cette filiation dans le terrorisme n'aura rien à voir avec l'idée de l'Etat tchétchène indépendant, de la République tchétchène d'Itchkérie.

Elle a disparu définitivement avec Maskhadov. Même à titre purement hypothétique.

D'ailleurs, même sans Maskhadov, la Tchétchénie reste une république, un Etat au sein de la Russie. Elle a sa Constitution, son président élu, Alou Alkhanov, qui a élaboré dernièrement un projet d'accord économique avec Moscou et l'a soumis (comme le veut l'usage chez ceux qui tiennent à leurs relations avec la Russie et qui sont prêts à les bâtir avec soin) aux autorités de la Région fédérale du Sud.

Alou Alkhanov est, dans un certain sens, successeur et héritier de Maskhadov. Comme président et leader politique des Tchétchènes. Au même titre que les bolcheviks ont été au début du siècle dernier héritiers des empereurs russes et que les démocrates sont devenus héritiers des communistes quatre-vingts ans plus tard.

L'essentiel, pour de tels successeurs, est de corriger les erreurs des prédécesseurs et de ne jamais les répéter.

Tout porte à croire que l'époque des présidents terroristes s'est achevée avec Maskhadov.

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