Revue de la presse russe du 9 mars

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MOSCOU, RIA Novosti

Vedomosti

Les conséquences de la mort d'Aslan Maskhadov

Aslan Maskhadov, leader des séparatistes tchétchènes, a été tué le 8 mars non loin de Grozny. Le Kremlin le considérait comme le "terroriste N 2" après Chamil Bassaiev, lit-on dans le quotidien Vedomosti.

Selon le général Ilya Chabalkine, représentant de l'état-major des forces fédérales en Tchétchénie, qui était le premier à annoncer la liquidation d'Aslan Maskhadov, celui-ci a été tué dans un bunker où il se cachait et qu'on a fait exploser.

Ensuite, Nikolai Patrouchev, directeur du FSB (Service fédéral de sécurité), a fait savoir au président que "le terroriste international et leader des formations armées illégales"" avait été éliminé par les forces spéciales du FSB.

La mort d'Aslan Maskhadov a été confirmée par le vice-premier ministre de Tchétchénie Ramzan Kadyrov. Selon sa version, Aslan Maskhadov a été tué fortuitement par son garde du corps.

La mort d'Aslan Maskhadov rapproche la fin des opérations militaires, estime-t-on en Russie. Le vice-président du Comité de sécurité de la Douma (chambre basse du parlement russe) Mikhail Grichankov estime que le financement des terroristes diminuera maintenant. "Le nom d'Aslan Maskhadov permettait de recevoir des fonds bien plus facilement", a dit le député.

Un employé du FSB affirme qu'Aslan Maskhadov était un élément très important du "mécanisme terroriste" de Chamil Bassaiev, bien qu'il n'ait pas préparé lui-même les actes terroristes. Selon une source du FSB, Aslan Maskhadov a joué le rôle d'un "bon magistrat instructeur", sans lequel les actions de Chamil Bassaiev perdent leur sens politique.

La mort d'Aslan Maskhadov est un coup porté à la politique de l'Union européenne qui insistait sur le règlement politique en Tchétchénie, estime Katinka Barish (Centre de réforme européenne, Londres). A son avis, il sera difficile de trouver un autre homme convenable pour les pourparlers avec Moscou.

Ariel Cohen, (centre analytique républicain de droite "Heritage Foundation") s'attend à l'intensification de l'activité du lobby de l'Itchkérie aux Etats-Unis et au renforcement des positions des islamistes dans la résistance tchétchène.

Pendant la première guerre tchétchène, Aslan Maskhadov était chef (depuis 1994) d'état-major général de la République d'Itchkérie autoproclamée. En août 1996, il avait signé les accords de paix de Khassaviourt avec le Secrétaire du Conseil de sécurité russe Alexandre Lebed. En février 1997, il avait été élu président d'Itchkérie. Aslan Maskhadov n'avait pas approuvé l'incursion de détachements de Chamil Bassaiev au Daghestan en 1999, mais, lorsque les troupes russes avaient battu les hommes de Bassaiev et étaient entrées en Tchétchénie, il avait soutenu la résistance opposée à celles-ci.

Troud

La politique à géométrie variable n'est qu'un instrument politique

Ces derniers temps, la Russie s'est mise à accuser l'Occident d'appliquer une politique de deux poids, deux mesures. Il y a des raisons pour cela. Cependant, la politique à géométrie variable est un instrument habituel de toute politique. Il serait naïf de penser que l'Occident y renoncera, ainsi que l'a déclaré le président du Comité international du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe), Mikhaïl Marguelov, dans une interview accordée au quotidien Troud.

Il importe de noter ici que la politique appliquée par l'Occident à l'égard de la Russie a non seulement une géométrie variable, mais aussi plusieurs "couches" : la critique émotionnelle et la rhétorique vont de pair avec la mise en pratique rationnelle des tâches communes. On peut citer comme exemple le sommet de Bratislava et les relations entre la Russie et l'Union européenne, qui progressent malgré les difficultés existantes.

Le groupe de mots "Russie - Europe" suppose une certaine opposition qui n'est pas légitime du point de vue historique, ni du point de vue contemporain. Il est opportun de noter que la culture russe après l'époque de Pierre le Grand était toujours orientée vers l'Europe, et qu'il y a plus de ressemblances que de différences entre la Russie et l'Europe quant à la recherche, l'éducation, l'armée ou l'économie.

Même la conception du bien-être de la plupart de la population russe correspond justement aux normes européennes. A propos, toutes les critiques de la part des Européens ne doivent pas être rejetées: il y a beaucoup de choses dans le système politique et dans la sphère sociale d'Europe que la Russie pourrait bien emprunter. L'instauration définitive du système libéral-démocrate en Russie est déjà inévitable. Sinon, le pays risque de se trouver isolé et marginalisé.

En ce qui concerne la politique de deux poids, deux mesures, y recourent tous ceux qui veulent défendre leurs intérêts. Or, ceux-ci ne sont pas souvent les mêmes à l'Occident et en Russie.

Itogui (hebdomadaire)

Poutine doit penser à la popularité de son successeur

71% de la population de la Russie approuvaient l'activité présidentielle de Poutine en décembre dernier contre 64% en février. La cote de popularité du chef de l'Etat a baissé de plus de 6% en raison de la réforme des avantages sociaux, a déclaré à l'hebdomadaire Itogui le directeur général du Centre national d'études de l'opinion publique (Vtsiom), Valeri Fedorov.

Aujourd'hui, 46% des sondés auraient voté Poutine si l'élection avait lieu dimanche prochain, contre 52% en décembre dernier. Comme en 2008, Poutine n'aura pas le droit de se porter candidat à la présidence, 40% des personnes interrogées ont refusé de participer au vote hypothétique ou déclaré qu'ils auraient voté contre tous les candidats. Les voix des autres se sont partagées entre plus de vingt hommes politiques dont aucun n'aurait totalisé plus de 6,5% des suffrages, affirment le directeur général du Vtsiom. Si bien que ce n'est pas sa popularité qui doit être le plus grand souci du chef de l'Etat mais celle de son successeur.

Parmi les jeunes et les catégories à revenus élevés, le président bénéficie du même soutien, tandis que le nombre des mécontents a augmenté parmi les couches à faibles revenus, les personnes d'âge avancé et les groupes sociaux qui ne se sont pas adaptés aux nouvelles conditions qui soutenaient Poutine pour avoir augmenté les pensions mais qui considèrent maintenant la monétisation des avantages sociaux comme un nouveau moyen "relativement honnête d'alléger le porte-monnaie de la population".

Les sondages ne relèvent aucune tendance à la croissance des états d'esprit protestataires. La période d'adaptation aux nouvelles conditions commence. La monétisation des avantages sociaux cesse d'être un thème à débattre, même parmi la partie (deux tiers) de la population qui a été directement touchée par la réforme.

La crainte d'une déstabilisation politique aide à redresser la situation. C'est pourquoi, sans sympathiser avec le gouvernement (59% de la population désapprouvent son activité et 44% celle du premier ministre), la population ne demande pourtant pas sa démission. Un quart des sondés aurait soutenu aujourd'hui la motion de censure. Au lieu de la démission du gouvernement, la population attend la monétisation des avantages accordés aux fonctionnaires du haut rang : une majorité écrasante (78%) ne voit aucune différence entre leur propre travail et le travail du reste de la population.

Moskovski Komsomolets

Selon les experts, les pays baltes perdent la chance de régler les problèmes

La présidente de Lettonie Vaira Vike-Freiberga se rendra à contrecoeur le 9 mai à Moscou. Mais ses homologues estonien et lituanien, Arnold Rüütel et Valdas Adamkus, ont déclaré officiellement qu'ils n'envisageaient pas de participer à la célébration du 60e anniversaire de la Victoire remportée sur le fascisme, lit-on dans le quotidien Moskovski Komsomolets.

Les experts prédisent les conséquences de cette décision des présidents de Lituanie et d'Estonie.

Constantin Zatouline, député à la Douma (chambre basse du parlement russe): Les conséquences seront les plus scandaleuses. Je ne suis pas sûr que la décision de ne pas aller à Moscou a été prise par les autorités des pays baltes et non pas par Washington. Un autre point très important: si l'on décide de revoir le pacte Molotov-Ribbentrop (traité de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne hitlérienne), la Lituanie et l'Ukraine s'avéreront dans une situation désavantageuse, car elles occupent plusieurs terres polonaises.

Andrei Piontkovski, directeur du Centre d'études stratégiques: Le refus du président estonien fera retarder la signature du traité sur la frontière, dont le projet est prêt depuis longtemps, mais la Russie ne se presse pas de le signer, pour conserver ne serait-ce qu'un moyen de faire pression sur l'Estonie. Quant à la présidente de Lettonie qui se rendra quand même à Moscou, au contraire, dans ce jeu politique, elle insistera sur la signature du traité analogue sur la frontière dans les plus brefs délais. Pour le reste, rien ne changera.

Constantin Kossatchev, président du Comité des affaires internationales de la Douma: Les conséquences ne seront pas terribles, mais il est dommage de perdre une chance historique de résoudre nos problèmes communs. Nos rapports continueront à se développer aux cadences minimales.

Les politologues baltes prévoient que la Lituanie et l'Estonie risquent d'avoir affaire à l'isolement et à l'incompréhension de la part de l'Union européenne et de l'OTAN (plus de 50 pays ont déjà déclaré qu'ils célébreraient la victoire sur le fascisme à Moscou).

"La Lettonie devra expliquer seule la position des pays baltes sur le bilan de la Seconde Guerre mondiale", regrette le premier ministre letton Aigars Kalvitis.

Vedomosti

Les gouverneurs retrouveront une partie de leurs compétences

Au cours des premières années de présidence de Vladimir Poutine, le Kremlin a mis en œuvre la réforme fédérale qui a réduit radicalement les compétences des gouverneurs, lit-on dans le quotidien Vedomosti.

Mais il est devenu rapidement évident que, dans cet état de choses, le centre aura du mal à rendre les dirigeants locaux responsables de l'état de l'économie et du bien-être de la population de leurs régions.

A présent, l'architecte principal de la réforme, Dmitri Kozak, ancien chef de l'administration présidentielle, aujourd'hui représentant du président dans le District fédéral du Sud, propose à Vladimir Poutine de confier aux régions 48 des 58 fonctions des structures fédérales locales.

A partir du 1e janvier 2006, il est prévu de transmettre aux gouverneurs les fonctions suivantes: la gestion du sous-sol, des eaux et des forêts, la réglementation de l'exploitation de la terre, le contrôle et les services de l'Etat dans les domaines de l'emploi, de l'enseignement et de la Santé publique, le monitorage écologique, l'entretien et l'exploitation des routes fédérales. Pour cela, le gouvernement doit soumettre avant le 1er mai à la Douma (chambre basse du parlement russe) les projets de loi sur l'attribution de pouvoirs supplémentaires aux entités de la Fédération.

De plus, selon l'idée de Dmitri Kozak, les gouverneurs prendront tous les ans des engagements envers leurs administrés et seront comptables de leur exécution devant la population.

Selon Alexandre Remezkov, vice-gouverneur du territoire de Krasnodar, le 28 février, Dmitri Kozak a exposé le projet de loi au président et aux membres du gouvernement.

"La répartition des pouvoirs n'a pas été du goût de tout le monde, mais Vladimir Poutine l'a approuvée", fait savoir le fonctionnaire.

Cependant, le projet de Dmitri Kozak n'empiètera pas sur certaines prérogatives du centre telles que l'attribution de licences d'exploitation des "meilleurs morceaux" du sous-sol - les gisements de pétrole ou de métaux précieux - qui continueront à relever de la compétence de Moscou.

Argoumenty i Fakty

Les Russes sont moins défavorables aux personnes riches

D'après les sondages effectués par l'Institut des études sociales complexes, l'attitude des Russes à l'égard des personnes riches est la même que dans tout autre pays industrialisé, annonce l'hebdomadaire Argoumenty i Fakty.

Depuis ces dernières années, les Russes sont devenus plus tolérants. Aujourd'hui ceux qui pensent que plus il y aura de riches dans le pays et mieux cela vaudra sont deux fois plus nombreux qu'en 1998. Ceux qui prennent les riches en aversion sont, au contraire, deux fois mois nombreux. A noter que ces deux catégories de citoyens sont à égalité (10% et 11,7% respectivement). La majeure partie de la population (63%) estime que l'essentiel est que la richesse ne s'accumule pas aux dépens des autres.

Plus l'homme réussit et plus il est tolérant envers les autres. Seulement 6% de ceux dont les revenus n'atteignent pas 1500 roubles (1 dollar US = 27,66 roubles) voient les riches d'un œil bienveillant. Parmi ceux qui gagnent 9 000 roubles, un sur trois éprouve de l'estime pour son voisin fortuné.

L'attitude positive envers les représentants du big business est adoptée par environ deux tiers de l'intelligentsia et la moitié des ouvriers et des paysans, ainsi que par 77% des hommes d'affaires individuels et 68% des travailleurs des entreprises privées.

Les différences varient au double selon la région. Les habitants de Moscou et de sa région (où le problème de l'inégalité sociale se fait sentir tout particulièrement) ainsi que ceux du sud du pays sont les plus critiques. Par contre, les gens habitant dans le Nord-Ouest et l'Oural sont particulièrement bienveillants pour les riches.

Les principaux faits incriminés au bug business sont l'achat à vil prix du patrimoine national, la corruption du pouvoir, la violation des droits des travailleurs de leurs entreprises, d'après les résultats des sondages.

Et pourtant, bien que la société russe dans son ensemble soit aujourd'hui mieux disposée à l'égard des riches, une partie considérable de la population estime que ce groupe a "ramassé la crème" au détriment de la grande majorité.

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