La création de la compagnie "Rousskaïa Troïka" - un projet conjoint de la société Chemins de fer de Russie et des Messageries maritimes extrême-orientales - est une étape importante dans le développement du transport par conteneurs en Russie. De l'avis des experts, la situation géographique exceptionnelle de la Russie entre les pays de la région Asie-Pacifique et l'Europe permet à "Rousskaïa Troïka" d'accéder à un degré plus élevé dans le secteur des transports.
Dmitri Bobkov, correspondant de RIA Novosti, s'est entretenu avec le directeur général de "Rousskaïa Troïka" au sujet des grands axes de l'activité et de la stratégie de la compagnie.
- Qu'est-ce qui a poussé la société Chemins de fer de Russie (RZD ) et les Messageries maritimes extrême-orientales (MMEO) à s'unir pour créer "Rousskaïa Troïka"?
- La création de la société anonyme fermée "Rousskaïa Troïka" était réclamée par le marché. A l'heure qu'il est, 47 pour cent des frets conteneurisés se forment dans les pays de la région Asie-Pacifique et 25 pour cent en Europe. Le chiffre d'affaires de ces échanges est de l'ordre de 680 milliards de dollars l'an. Or, la part du Transsibérien dans le trafic conteneurisé n'est que de 1 pour cent. L'essentiel des marchandises est acheminé par mer, via le canal de Suez, suivant l'itinéraire "deep sea". L'idée maîtresse du projet "Rousskaïa Troïka" est d'associer les efforts des deux entreprises de manière à réorienter ce trafic-marchandises sur la voie ferrée transsibérienne. Les potentialités du Transsibérien permettent de porter le trafic-marchandises Est-Ouest à 300.000 EVP (équivalent vingt pieds) par an.
- Quel est le montant des capitaux investis par chaque partie?
- Le capital statutaire a été fixé à 16 millions de dollars, RZD et MMEO ayant apporté chacun la moitié de la somme. Cette forme de participation paritaire ne constitue pas une innovation pour la Russie. Ce principe de coopération est en vigueur partout dans le monde depuis longtemps. En outre, il est prévu de drainer 45,4 millions de dollars supplémentaires provenant de sources extérieures. Ces fonds seront utilisés pour développer l'infrastructure.
- Peut-on envisager la participation ultérieure d'investisseurs étrangers?
- En principe la chose est possible, nous songeons à faire appel à des capitaux étrangers sur ce secteur du marché. La pénurie de matériel roulant en Russie est de l'ordre de 40 pour cent et elle ne pourra être éliminée que par des investissements non publics.
- Pourriez-vous parler en détail de l'infrastructure qui doit absolument être mise en place pour réaliser le projet "Rousskaïa troïka"? De quoi s'agit-il exactement?
- Le problème, c'est qu'à ce jour 70 pour cent du parc sont constitués de wagons plats inadaptés à la logistique. La tendance dans le monde est au passage aux conteneurs de 40 pieds, pour lesquels des wagons plats articulés de 80 pieds sont nécessaires, à raison de deux conteneurs par wagon. Le coût d'un de ces wagons est de l'ordre de 45.000 dollars sans la TVA. "Rousskaïa Troïka" envisage l'acquisition de quelque 1.100 wagons plats articulés pour la somme totale de quelque 50 millions de dollars. C'est à un chiffre substantiel, mais le secteur est assez vorace en capitaux. Nos besoins en wagons plats nouveaux ont incité les constructeurs russes de wagons à augmenter leur production. Ils nous ont déjà proposé des modèles qui actuellement sont en cours d'homologation. D'autre part, en 2008 nous devrions aussi entrer en possession d'un navire porte-conteneurs.
- Quels sont les principaux avantages affichés par "Rousskaïa Troïka" par rapport aux autres transporteurs de conteneurs?
- Tout d'abord, c'est le gain de temps réalisé. Par exemple, actuellement l'acheminement maritime des marchandises jusqu'en Europe demande 36 jours. Grâce au Transsibérien ce délai est ramené à 20 jours, période de déchargement des frets et formalités douanières comprises. L'utilisation du Transsibérien se traduit aussi par une plus grande régularité du transport, ce qui est extrêmement important pour les producteurs mondiaux. En outre, la compagnie "Rousskaïa Troïka" va créer son propre système d'information avec accès aux systèmes d'information de "RZD " et de "MMEO". Il permettra de se tenir informé des mouvements des navires, des plates-formes ferroviaires et des conteneurs acheminés par la compagnie. Le client sera en mesure de suivre ses marchandises depuis le point de départ jusqu'à l'arrivée, y compris au moyen d'Internet. La compagnie utilisera le réseau "MMEO" qui est constitué d'une cinquantaine de représentations dans 15 pays du monde. Dans le cadre du projet, il est prévu de réduire les tarifs et les délais d'acheminement grâce à l'octroi d'un service "de la porte à la porte".
- Le projet "Rousskaïa Troïka" est quelque chose d'inédit?
- C'est un projet très important pour la Russie. L'arrivée sur le marché des services de transport d'un nouvel opérateur universel favorisera le milieu concurrentiel en Russie. La décision de fonder la compagnie a été prise au plus haut niveau, par le Conseil des directeurs de "RZD ", dont le président est le vice-premier ministre russe, Alexandre Joukov.
- "Transkontener", une filiale de "RZD ", sera-t-elle un concurrent loyal de "Rousskaïa troïka"?
- La sagesse de la direction de "RZD " réside aussi dans cela. Pendant la période de réforme elle avait elle-même constitué un concurrent dans le secteur du transport par conteneurs. Il ne faut pas oublier que pour ce type de transport on pronostique une croissance de 20 pour cent l'an. L'objectif de la Russie est de s'insérer dans cette croissance. Dans le même temps, comme nous l'avons déjà relevé, on observe une pénurie de plates-formes ferroviaires. Le délai d'utilisation d'un wagon plat articulée est de 32 ans, or la plupart de ces matériels roulants russes ont été mis en service dans les années 80. Par conséquent, en 2010 ils devront être retirés du trafic. Si, conjointement avec "TransKontener", nous n'investissons pas dans l'acquisition de wagons nouveaux, la pénurie s'accentuera. Il est très important aujourd'hui de prendre les devants.
- Ce projet vise-t-il le long terme?
- Oui. Il a été lancé le 9 novembre 2004, date de l'enregistrement officiel de la compagnie. Les actionnaires ont constitué le capital statutaire et obtenu une licence.