Le pessimisme russe ne fait plus recette aux festivals de cinéma

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MOSCOU, 9 mars. (Par Anatoli Koroliev, commentateur politique de RIA Novosti). Le récent 55-e Festival de cinéma de Berlin n'a rapporté aucune récompense (à une exception près) au septième art russe qui avait pourtant présenté neuf films, un chiffre qu'il n'avait encore jamais atteint à une Berlinale.

Premièrement, le film d'Alexandre Sokourov "Solntse" (Le Soleil), était présenté en compétition. Ensuite il y avait les débuts de Tatiana Detkina dans le film "Pakostnik" (Un Coquin) figurant au programme du cinéma expérimental. "Mars", d'Anna Melikian, sélectionné pour la section "Panorama", "Spravka" (Le Certificat) de Kira Mouratova et "Fotolioubitel" (Le Photographe amateur) d'Irina Guedrovitch dans le festival du court métrage. La Russie alignait aussi "Italianets" (L'Italien) du réalisateur pétersbourgeois Andreï Kravtchouk (festival de films pour enfants), "Gorod bez solntsa" (La Ville sans soleil) de Sergueï Potemkine (section jeunes talents), ainsi que deux oeuvres: la nouvelle version entièrement reconstituée du chef-d'oeuvre de Sergueï Eisenstein "Le Cuirassé Potemkine" avec l'allocution liminaire de Lev Trotski et le film restauré "Vesna" (Le Printemps) de Grigori Alexandrov (section projets de producteurs).

Enfin, le blockbuster tant controversé de Timour Bekmabetov "Notchnoï dozor" (Ronde nuit) a été projeté lors de la Journée du cinéma russe.

Et quasiment rien au chapitre des récompenses.

Comment expliquer ce fiasco total des films russes qui n'ont même pas mérité un prix d'encouragement?

Laissons de côté le film d'Alexandre Sokourov dressant le portrait de l'empereur japonais Hirohito, parlons plutôt de la Russie d'aujourd'hui.

Nous n'hésiterons pas à penser que l'image de la Russie montrée sur les écrans n'est plus du tout acceptée ni par le public, ni par les élites, ni par la presse, ni par la critique, ni par les jurys. Elle ne fait plus recette.

En dépit de toute leur diversité, les oeuvres susmentionnées dépeignent la Russie dans les tons les plus sombres, comme un pays dont la société est en déliquescence, dominée par le vice et dont les membres sont anormaux. Par exemple, dans le film "Un Coquin" le jeune gardien Pachka furieux contre le propriétaire d'une maison de campagne confectionne une bombe et la place à l'intérieur d'un ours en peluche. Cet ourson est le jouet de prédilection du jeune fils du propriétaire de la datcha, et pendant toute la durée du film le public attend le moment où la machine infernale va exploser et déchiqueter le bambin. Cardiaques, s'abstenir.

Dans le film super-court - sept minutes en tout et pour tout - de Kira Mouratova nous n'assistons qu'à un seul épisode de la vie quotidienne russe: un homme a besoin d'un certificat de décès de sa mère, mais l'infirmière habilitée à délivrer le document en question a besoin... d'un homme. Cette situation somme toute assez cocasse débouche sur l'absurde. Dans le film "Mars" l'action se déroule dans une petite ville russe qui a pour nom Marx. La vodka coule à flots, la saleté est repoussante, la muflerie est de rigueur. Par contre, l'argent y est inexistant et l'usine de jouets locale rémunère son personnel avec ce qu'elle produit: lapins, crocodiles, souris... Délirant! Inutile de dire que pour la très grande majorité des Russes cette image de la Russie n'est pas conforme à la réalité.

Le Moscou que l'on voit dans le film "Ronde de nuit" est le summum de l'image dégradante donnée de la capitale. On voit défiler des psychopathes, des vampires et des gens se régalant de rasades de sang provenant d'un porc fraîchement égorgé. Au cours de la conférence de presse le réalisateur Timour Bekmambetov a souligné qu'en tournant cette histoire consacrée aux vampires il s'était employé à conférer un maximum d'authenticité à l'action.

Eh bien! il a réussi, dans son oeuvre les quartiers dortoirs de Moscou suscitent une véritable répulsion. Il est peu probable que les Moscovites d'aujourd'hui reconnaissent leur ville dans ce film. Ce qu'ils y voient se rapporte plutôt au Moscou des années 90 du siècle dernier.

Chose curieuse, pendant que nos cinéastes s'emploient à noircir l'image de la Russie, les récompenses sont décernées à ceux qui misent sur les sentiments sublimes.

L'Ours d'or de la Berlinale a été décerné au film musical "U-Carmen eKayelitsha", du réalisateur sud-africain jusqu'ici inconnu Mark Dornford-May. Cette transposition de l'opéra Carmen dans le quotidien d'un village sud-africain est en quelque sorte un hymne au tempérament africain et à la vitalité du continent noir.

Au demeurant, la situation réelle en République d'Afrique du Sud est loin d'être une réplique exacte de ce qui est montré dans le film, la vie dans ce pays est loin d'être idyllique. Mais c'est quand même à ce rayon de lumière perçant de ce trou africain qu'a été décerné le grand prix du Festival de cinéma de Berlin.

Le modeste succès russe à Berlin lui aussi est dû à une intonation optimiste.

Le film "L'Italien" d'Andreï Kravtchouk est la seule oeuvre russe à avoir mérité un prix. Le jury n'est pas resté insensible à la douceur et à l'affection dégagées de l'histoire de petits orphelins adoptés par des Italiens.

Le dernier grand succès mondial du septième art russe avait été le Lion d'or remporté à Venise par le film "Prochtchanie" (Le Retour) d'Andreï Zviaguintsev. Lui aussi évoquait la tragédie vécue par un père et deux enfants abandonnés, seulement la force morale exceptionnelle et la beauté diffusée tout au long du film avaient conquis public et jury.

En d'autres termes, tant que les cinéastes russes ne comprendront pas que la communauté mondiale est lasse de l'image du pays pathologique.

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