"C'est qu'après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, les gros déposants n'ont tout simplement pas de possibilité pour transférer leur argent du Liban en Occident, par exemple. Qui plus est, ils ne peuvent pas non plus faire revenir leurs capitaux en Syrie. C'est justement de là que cet argent était autrefois parti pour le Liban", a expliqué l'expert libanais.
C'est pourquoi, est l'avis de Kamal Hamdan, le "gros argent syrien" restera dans l'immédiat au Liban. "Si évidemment les relations entre les deux pays ne se gâtent définitivement", a-t-il ajouté.
On suppose que le montant des capitaux syriens dans les banques libanaises approche quelque dix milliards de dollars.
Somme toute, a noté l'économiste, cette situation d'instabilité au Liban qui a résulté de l'assassinat, à la mi-février dernier, de l'ancien Premier ministre libanais, Rafik Hariri, se répercute de façon extrêmement néfaste sur l'économie libanaise. La monnaie nationale s'y trouve sous de très puissantes pressions et les investissements se sont brusquement réduits, alors que le secteur touristique est en train d'essuyer des pertes colossales.
"Jusqu'ici, la Banque centrale du Liban réussi à maintenir le cours de la livre libanaise. Depuis les deux dernières semaines du mois de février, 737 millions de dollars y ont été dépensés. Quoi qu'il en soit, si l'instabilité persiste dans le pays ou dégrade d'autant plus, la livre pourrait bien s'effondre", a fait remarquer Kamal Hamdan.
Or, tous ne sont pas du même avis au Liban, loin de là!
"Rien ne menace le système bancaire libanais, est parfaitement persuadé le manager de l'une des succursales de Beyrouth de la banque "Audi", Raful Mansour. Il ne faut pas oublier que ce système bancaire avait bien tenu en dépit des 15 années de guerre civile au Liban."
Et d'ajouter que les dollars qui y sont achetés en échange de la monnaie libanaise ne partent pas du Liban, mais reviennent dans les banques libanaises.
Pourtant, la situation est beaucoup plus grave en matière d'investissements qui sont en fait inconcevable dans le contexte d'instabilité. Le tourisme qui est le deuxième pilier de l'économie libanaise se trouve, lui aussi, dans une situation difficile.
"L'assassinat de Rafik Hariri a bouleversé le secteur du tourisme qui venait se remettre après la guerre civile justement grâce aux efforts de Rafik Hariri. Nous avons perdu près de 90% de nos revenus", a noté le directeur du bureau de voyages libanais "Concorde", Mohammed Fakih.
Le secteur hôtelier est en train d'essuyer, lui aussi, des pertes colossales. "Avant la mort tragique de Rafik Hariri, notre hôtel avait été rempli à 75 à 80%. Maintenant - seulement à 20%", a déclaré le manager en chef de l'un des meilleurs hôtels au Liban "Phénicia", Carlos Rodakis.
Le rétablissement des secteurs touristique et hôtelier au Liban demandera au moins six mois, estime Mohammed Fakih.
"Pour un pays touristique, la stabilité compte le plus que tout, mais elle est justement absente actuellement au Liban", a-t-il regretté.