Izvestia
Pourquoi Serguei Lavrov a-t-il exigé le retrait des troupes syriennes du Liban?
Le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov a invité la Syrie à retirer ses troupes du Liban. Il a rappelé que la Russie s'était abstenue lors de l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU à ce sujet, mais que la résolution avait été adoptée. Par conséquent, elle doit être appliquée, écrivent les Izvestia.
Ces paroles prononcées par Serguei Lavrov sont une sensation. En effet, lorsqu'il s'agissait des pays rapportés par les Américains à "l'axe du mal", Moscou s'efforçait de protéger les "pays voyous". C'était le cas de la Serbie sous Slobodan Milosevic et de l'Irak sous Saddam Hussein. A présent, c'est le cas de l'Iran.
Cette déclaration peut avoir deux raisons, dont la première est le désir de faire une révérence aux Etats-Unis. Il se peut que ce qui avait été dit au sommet de Bratislava ait obligé Vladimir Poutine à soutenir la position occupée par les Etats-Unis dans ce "point chaud" auquel la Maison Blanche accorde une grande attention. Il n'est pas exclu que Vladimir Poutine ait reçu en échange une promesse de tenir compte des intérêts de Moscou dans un des pays de la CEI.
La deuxième raison est le désir de manifester la solidarité avec la position de la France. Paris est aujourd'hui l'un des principaux alliés de Moscou en Union européenne. Il suffit de se rappeler les propos bienveillants tenus par Jacques Chirac à l'adresse de la Fédération de Russie au récent sommet franco-polonais à Arras. On a l'impression que le président polonais Alexander Kwasniewski soit déçu: il espérait entendre de la bouche de son homologue français ne serait ce qu'un peu de critique à l'adresse du Kremlin, mais il ne l'a pas entendu. Paris joue souvent le rôle de paratonnerre en atténuant les attaques lancées par les partenaires de l'Union européenne, avant tout les pays d'Europe de l'Est, contre la Russie.
Ceux qui rendent des services ont le droit de compter sur la réciprocité. Pour les Français, le Liban est un problème de principe. Cette ancienne colonie française tendait traditionnellement vers Paris. Après l'occupation syrienne et l'arrivée au pouvoir à Beyrouth des personnes qui s'alignent sur Damas, les contacts avec l'ancienne métropole se sont considérablement affaiblis. En France où vivent de nombreux chrétiens libanais, cela a été accueilli très douloureusement. Paris exige le retrait des Syriens du Liban aussi fermement que Washington.
Nezavissimaia gazeta
Pourquoi la popularité de Poutine est-elle en baisse ?
La baisse de la popularité du président n'est pas un problème pour le Kremlin, l'équipe présidentielle s'est assigné pour tâche de travailler pour assurer la popularité de son successeur, a déclaré dernièrement Valeri Fedorov, directeur du Centre national d'études de l'opinion publique (Vtsiom), en précisant que pour moderniser le pays Vladimir Poutine sacrifie sa popularité (qui affichait en février son "minium historique", selon le Vtsiom : seulement 42% des sondés auraient soutenu sa candidature lors d'une élection présidentielle hypothétique).
Cependant les politologues trouvent absurde l'assertion selon laquelle Poutine serait indifférent à sa cote de popularité, écrit le quotidien Nezavissimaïa gazeta. Aucun président n'acceptera de plein gré de négliger sa popularité pour celle de son successeur, aucun ne veut être kamikaze, affirme le directeur général adjoint du Centre des technologies politiques, Alexéi Makarkine. Car on ne saurait exclure des difficultés lors de l'élection du successeur. D'autre part, Poutine souhaite entrer dans l'historie comme l'homme qui a donné à son régime de l'équilibre et de la stabilité.
De l'avis du chef du groupe analytique Mercator, Dmitri Orechkine, la déclaration de Valeri Fedorov est fort significative. "Elle reflète la désorganisation au sein de l'équipe du Kremlin. Elle ne signifie plus une analyse de l'opinion publique mais une tentative de l'influencer de façon positive pour le président".
La baisse de la popularité du président peut être expliquée par le fait qu'indépendamment des réformes, Poutine est entré dans la période des tendances négatives de sa célébrité. Maintenant, quoi qu'il fasse, le peuple commence à être las du chef de l'Etat, affirme l'expert.
Le Kremlin craint les prochaines élections, estime Dmitri Orechkine. La position centriste sur laquelle Poutine s'est maintenu pendant son premier mandat sera sans perspective pendant la prochaine campagne électorale parce que les intérêts des groupes élitaires en opposition - milieux d'affaires, élus régionaux, communauté médiatique, structures de force - ne peuvent pas s'allier aujourd'hui. Avant, ils s'entendaient facilement parce qu'aucun de ces groupes n'acceptait les communistes. En ce moment-là Poutine a réussi à axer sur lui leurs intérêts.
Rossiiskaia gazeta
Les autorités biélorusses contrecarrent l'influence russe
Une propagande antirusse est menée à la télévision et dans la presse contrôlées par les autorités biélorusses. L'information politique n'ayant pas l'heur de plaire à Minsk est extirpée de ce qui reste de la télévision russe. En échange on diffuse des informations locales. Au fond, les émissions russes de qualité sont utilisées comme garniture à une propagande de connotation totalitaire. Ne se satisfaisant pas de cela, les autorités biélorusses vont lancer une chaîne satellitaire qui diffusera la "vérité" biélorusse dans les régions russes, a indiqué Sergueï Karaganov, président du bureau du Conseil pour la politique étrangère et de défense, dans une interview accordée à la Rossiskaïa gazeta.
En attendant, malgré ses potentialités incomparablement plus grandes, la Russie ne dispose ni d'une station, ni d'une chaîne de télévision diffusant en direction de la population biélorusse des émissions flatteuses pour elle.
Encore prédominante il y a quelques années, l'influence politique de la Russie ne l'est plus aujourd'hui. A plusieurs reprises les dirigeants russes avaient exprimé leur mécontentement à l'égard de la politique de Minsk. Seulement les paroles n'ont pas été suivies d'actes et le leader biélorusse s'est mis à croire qu'il pouvait se montrer plus malin que le Kremlin. Par cette assurance ouvertement manifestée il démoralise la classe politique biélorusse, concourt sciemment à conférer à la Russie l'image d'un "tigre de papier".
Le nom et l'appareil de l'Etat fédéral sont utilisés uniquement pour masquer le divorce politique d'avec la Russie.
L'Occident suit attentivement la situation. Récemment encore on léguait tacitement la Biélorussie à la Russie, espérant que Moscou serait en mesure d'inciter Minsk à s'engager dans la voie de la modernisation et de la démocratie.
Maintenant ces espoirs se dissipent et l'Occident commence à s'occuper sérieusement de la Biélorussie. Le Congrès des Etats-Unis a déjà adopté l'Acte sur la démocratie en Biélorussie, un document que le président a signé. Ordinairement les objectifs fixés par ces textes se matérialisent. Mais des années s'écoulent auparavant. Seulement aujourd'hui le temps s'accélère.
Gazeta
Fusion toujours impossible pour Gazprom et Rosneft
Le schéma de la fusion des compagnies publiques Gazprom et Rosneft a provoqué un conflit au Kremlin. Le chef de l'administration du président, Dmitri Medvedev, insiste sur l'absorption totale de Rosneft par le consortium gazier. Son adjoint, Igor Setchine, préconise la création d'un monopole pétrolier sur la base de Rosneft, écrit le quotidien Gazeta.
Jeudi soir la fusion semblait avoir été réalisée. Les patrons des deux compagnies, Alexeï Miller et Sergueï Bogdantchikov, avaient fait des déclarations allant dans ce sens. Cependant, Rosneft a inopinément publié un communiqué indiquant que Gazprom ne prendra pas possession de la totalité des actifs de Rosneft et que cette dernière continuera d'être dirigée par Sergueï Bogdantchikov. Rosneft a qualifié de fallacieux les propos d'Alexeï Miller selon lesquels Bogdantchikov prendrait la tête de Iouganskneftegaz (ancienne filiale de IOUKOS, acquise par Rosneft) en tant que compagnie autonome et prétendu que les déclarations de Bogdantchikov avaient été retransmises avec des coupures.
Toutefois, jeudi soir Rosneft a démenti son communiqué, indiquant qu'il s'agissait d'une "erreur technique" commise par son centre de presse. Le responsable formel du scandale est Sergueï Bogdantchikov qui aussitôt après l'enregistrement de ses propos "s'est envolé en congé à destination de l'Europe", a annoncé Rosneft. C'est-à-dire qu'il ignorait ce que faisaient ses subordonnés.
Le schéma de la fusion de Gazprom et de Rosneft avait été modifié à plusieurs reprises. Dans un premier temps il était prévu d'échanger 10,7 pour cent des actions de Gazprom contre la totalité des actions de Rosneft, qui serait revenue une filiale du monopole. Cela convenait à Alexeï Miller et à Dmitri Medvedev. Bogdantchikov et Igor Setchine y étaient opposés. Après l'achat de Iouganskneftegaz par Rosneft plusieurs schémas nouveaux avaient vu le jour. Finalement on était parvenu à un compromis. Gazprom échangeait des actions contre tous les actifs de Rosneft à l'exception de Iouganskneftegaz. Seulement les choses se sont une nouvelle fois embrouillées.
Selon le ministre du Développement économique et du Commerce, Guerman Gref, les principaux paramètres de la transaction seront définis dans la semaine à venir. Pour le moment décision a été prise d'insérer Rosneft dans Iouganskneftegaz dans l'échange contre un paquet d'actions de Gazprom.
Le ministre de l'Industrie et de l'Energie, Viktor Khristenko, pense qu'aujourd'hui personne n'est en mesure de donner la date précise de la fusion des compagnies en question.
Alexeï Makarkine, directeur adjoint du Centre de technologies politiques, est persuadé que Sergueï Bogdantchikov ne renoncera pas à son schéma de fusion.
Vedomosti
La majorité des investisseurs étrangers ont foi dans les perspectives de la Russie
D'après les données d'un sondage effectué à la demande du Conseil consultatif pour les investissements étrangers, en 2004, les bénéfices de plus de la moitié des compagnies étrangères qui travaillent en Russie se sont accrus de plus de 20 %. 80 % des top-managers interrogés ont déclaré que, ces deux dernières années, leurs compagnies avaient mis en uvre avec succès leur business plan, lit-on dans le journal Vedomosti.
Selon 57 % des investisseurs, les investissements en Russie sont plus rentables que ceux effectués en Europe de l'Est, au Brésil ou dans les pays de la CEI (Communauté des Etats Indépendants).
Le Conseil consultatif pour les investissements étrangers constate le niveau assez élevé des risques, mais plus de la moitié (52 %) des sondés s'attendent à l'amélioration du climat d'investissement.
Pour la majorité écrasante des investisseurs (pour 79 % de ceux qui travaillent déjà en Russie et 68 % de ceux qui le projettent), la Fédération de Russie est intéressante comme consommatrice de produits ou de services, et non pas comme source de matières premières.
Les étrangers qui ont investi en Russie ont les représentations suivantes sur le degré d'influence de divers organes du pouvoir sur leurs affaires: 88 % donnent la palme à l'administration présidentielle et au président, la deuxième place est occupée par le fisc (81 %) et la troisième (78 %) par les ministères économiques et les douaniers.
Les investisseurs sont contents, pour l'essentiel, de la situation macro-économique en Russie, de l'existence du personnel qualifié et du régime fiscal. Selon 86 % des personnes interrogées, pour améliorer le climat, il faut baisser tout d'abord la corruption à tous les niveaux. La deuxième recommandation (56 %) est de "mettre en uvre les réformes judiciaires et juridiques".
71 % des compagnies qui sont déjà arrivées dans le pays prévoient d'accroître les investissements en Russie. "Les compagnies qui travaillent déjà en Russie considèrent la situation plus favorable que ceux qui ne se sont pas encore présentées sur le marché", résume le Conseil consultatif pour les investissements étrangers.
En janvier-février, l'agence PBN a interrogé, à la demande du Conseil consultatif, les top-managers de 107 sociétés qui représentent les sections russes des compagnies étrangères et ceux de 51 compagnies qui ne travaillent pas ici. Les compagnies suivantes ont participé au sondage: AIG, Alcatel, Alcoa, BASF, Bayer, BP, British Telecom, Citigroup, Exxon-Mobil, Ford, IBM, Intel, Microsoft, Nokia, Protecter & Gamble, Shell, Siemens, etc.
Novye izvestia
La montée du pétrole désavantage la Russie
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole n'exclut pas le baril à 80 dollars d'ici deux ans. Cette prévision a été annoncée hier par le secrétaire général par intérim du cartel mondial, Adnan Shihab-Eldin, rappelle le quotidien Novye izvestia.
La Russie qui tire la majeure partie de ses revenus des exportations d'"or noir" devrait, semble-t-il, se réjouir d'une telle perspective. De l'avis des experts, pourtant, les cours élevés du brut présentent plus d'inconvénients que d'avantages.
Le directeur du département des finances corporates de l'Institut des études financières, Oleg Ordine, souligne que les prix élevés ne manqueront pas de freiner le développement de l'économie mondiale. Il en résultera une baisse de la demande de bien des marchandises, y compris de produits russes parce que, affirme l'expert, la Russie est déjà suffisamment intégrée dans l'économie mondiale et subit de ce fait elle aussi l'incidence de tous les méfaits qui arrivent dans le monde.
De l'avis d'un expert du Centre du développement, Valeri Mironov, avec le prix élevé du pétrole le rouble se renforcera de plus en plus rapidement. Cela provoquera un développement rapide des industries qui ne font pas de concurrence aux importations : secteur tertiaire, bâtiment, services courants, transports. Les industries de transformation sont, dans les conditions de concurrence accrue, vouées à la dégradation, estime l'expert.
"Pendant la période des réformes, rien n'est plus dangereux que des cours élevés du pétrole", souligne le chef de service du Bureau des analyses économiques, Serguéi Nikolaenko. "Le gouvernement n'aura alors rien à faire d'autre que de "pomper des revenus pétroliers". Pour un simple consommateur le prix élevé du pétrole promet en premier lieu une hausse vertigineuse de l'essence. En ce qui concerne les avantages, il n'y aurait que les travailleurs des structures ayant accès aux revenus pétroliers qui en tireront des avantages", affirme l'analyste.