Une fois réalisé, ce projet permettra, aux dires d'une " internationale " d'experts, d'améliorer la compétitivité de l'enseignement russe dont la qualité est, à son avis, en chute libre. Les études comparatives réalisées par les prestigieuses PISA et TIMSS montrent que l'école russe offre à ses 17,1 millions d'élèves un volumineux bagage de connaissances - certains programmes sont même surchargés - sans leur apprendre toutefois à extrapoler les situations scolaires, à établir un lien entre la solution recherchée et la pratique courante, leur propre expérience.
Certes, les écoliers russes ont été testés selon un schéma qui ne leur était pas familier, ce qui en a déstabilisé plus d'un. Le système "mécanique" des tests embarrasse encore de nombreux élèves, leur fait peur. Et son objectivité est sujette à caution. Mais sans doute aurait-on tort, aussi, de ne pas tenir compte des résultats de cette évaluation, aussi étrangère qu'elle soit à la tradition scolaire russe.
Or celle-ci montre que, dans la conscience des élèves, les matières existent souvent comme des abstractions, sans lien entre elles ni avec la réalité.
Le test PISA, qui a été proposé à des élèves de 15 ans de 41 pays portait notamment sur les mathématiques, la lecture et l'histoire naturelle. Dans l'ensemble, les Russes ont montré des résultats inférieurs à la moyenne, se situant entre la 25e et la 30e place. Le niveau de lecture et de compréhension des textes a baissé ; en sciences naturelles, les résultats sont moyens alors que la Russie était traditionnellement en tête. En un mot, les résultats des tests placent les Russes en fin de liste, derrière les pays scandinaves et les Etats de la région Asie - Pacifique.
On peut alors se demander ce qu'il faut emprunter aux meilleurs et ce qui explique leur succès. Les Scandinaves sacrifient les disciplines fondamentales au profit d'un enseignement appliqué. Les pays d'Asie-Pacifique, par contre, s'orientent notamment sur les sciences. Et les jeunes s'adaptent mieux à une économie fondée sur l'innovation.
Mais il serait erroné de vouloir absolutiser l'un ou l'autre de ces scénarios. Yaroslav Kouzminov, recteur de l'Ecole supérieure d'économie et l'un des auteurs de la réforme, estime que "l'école doit s'imprégner de ressources", qu'il faut mettre sur pied des groupes de professionnels pour élaborer les normes éducatives de la nouvelle génération, compte tenu de l'expérience des pays qui ont obtenu les meilleurs résultats. Pour corriger nos défauts et promouvoir nos points forts, sans renoncer pour autant à notre propre expérience.
L'un des points forts de l'enseignement russe a toujours été son caractère fondamental. Mais comment le préserver alors que la réforme prévoit d'alléger les programmes ?
Par la différenciation, répondent les experts. Dans les grandes classes, l'enseignement sera fondé sur les options : sciences humaines, mathématiques, économie, sciences de la vie et de la terre, informatique, etc. Ce qui veut dire que seules ces matières seront étudiées de manière approfondie et sanctionnées par un examen à l'entrée dans le supérieur. Certaines disciplines seront facultatives et, de ce fait, payantes.
Mais, s'il en était ainsi, les bons élèves issus de milieux défavorisés pourraient voir leur accès aux connaissances réduit. Pourtant, cet accès, qui doit devenir encore plus large, est considéré comme l'une des priorités de la future réforme. Or on dénombre déjà près de 16 000 enfants n'ayant pas d'instruction secondaire générale...
La gratuité a toujours été un autre point fort du système éducatif. Mais la crise des années 1990 et la "paupérisation" du système d'enseignement ont contribué à le rendre, de fait, partiellement payant. On peut douter qu'il soit juste d'" alimenter l'école " en puisant dans la poche des parents. D'autant plus que le cursus scolaire va passer, de dix ans aujourd'hui, à douze ans en 2008, ce qui en relèvera encore le coût.
L'école doit apprendre à régler les problèmes réels, à développer les capacités de pensée. Il ne faut donc pas trop se fixer sur le système occidental des tests, assez restreint en soi, et qui ne permet pas toujours de révéler toute l'étendue des connaissances. Et pourtant, les examens introduits par la réforme - l'examen d'Etat unique qui remplacera l'examen de fin d'études secondaires et l'examen d'entrée dans le supérieur, et qui deviendra obligatoire pour tous à partir de 2006 - seront fondés sur des tests.
Comment moderniser en tenant compte de toutes ces nuances ? Il faut un compromis entre l'ancien et le nouveau, du doigté. Et il est réjouissant de voir que le ministère de l'Education et de la recherche comprend la nécessité d'être à l'écoute de l'opinion publique. Il coopère avec la société, ce qui laisse augurer le succès de la réforme du système éducatif.