L'interdiction de l'occultisme: une exigence d'élus et de l'église

© RIA Novosti . Zamir Ousmanov / Accéder à la base multimédiaGuérisseur Anatoli Kachpirovski
Guérisseur Anatoli Kachpirovski - Sputnik Afrique
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Des membres de l'Assemblée municipale de Moscou ont demandé au parlement et au gouvernement de modifier d'urgence la loi fédérale "De la protection de la santé des citoyens". L'objectif de cet amendement est d'interdire totalement la pratique de l'occultisme sur le territoire de la Russie.

Des membres de l'Assemblée municipale de Moscou ont demandé au parlement et au gouvernement de modifier d'urgence la loi fédérale "De la protection de la santé des citoyens". L'objectif de cet amendement est d'interdire totalement la pratique de l'occultisme sur le territoire de la Russie.

Pendant des siècles la Russie avait eu une attitude conciliante à l'égard des sorciers, des mages et des médiums, leur laissant la possibilité de faire fortune et de s'insérer dans la haute société.

En 1779, le tout Saint-Pétersbourg avait été ensorcelé par le comte Alexandre Caliostro, "colonel espagnol, mage authentique et Grand maître". Celui-ci commercialisait un élixir d'amour et interrogeait les esprits des morts. Un jour, il avait même "guéri" le nouveau-né d'une sommité de la cour impériale en le remplaçant par un nourrisson bien portant celui-là. Cependant, les soupçons des parents du faux comte avaient contraint celui-ci de se réfugier à Varsovie. Par la suite, le tsar Nicolas II avait veillé à ne pas prendre de décisions importantes sans avoir préalablement pris conseil auprès du "saint staretz" Grigori Raspoutine, qui, à ce qu'on disait, avait le don surnaturel de la prévoyance et de la guérison. Au crépuscule de l'existence de l'Union soviétique Leonide Brejnev avait envoyé des coursiers quérir la voyante bulgare Wanda pour la consulter au sujet de sa santé chancelante.

Seulement le boom de l'occultisme, observé en Russie à partir de la fin des années 80, ne saurait être expliqué par de quelconques traditions historiques. Force est de rendre hommage aux sorciers et autres mages autoproclamés: ils ont habilement mis à profit le désarroi spirituel du pays déchiré en lambeaux, l'incertitude du lendemain ressentie par les gens - depuis les paysans jusqu'aux hommes d'affaires - et avec beaucoup d'opportunité ils leurs ont proposé leurs services.

L'Etat soviétique avait déshabitué les gens à exister de manière indépendante, à se servir de leur intelligence si l'on peut s'exprimer ainsi. En Union soviétique le pouvoir décidait de beaucoup de choses pour l'individu: où habiter, quoi apprendre, comment s'habiller, quels livres lire, où se rendre et où ne pas se rendre. Lorsque cet Etat totalitaire a disparu, beaucoup de gens se sont sentis comme des enfants égarés au milieu de la forêt hostile des rapports de marché impénétrables pour eux. C'est alors que les occultistes avaient donné de la voix: "Venez nous voir, nous réglerons tous les problèmes pour vous!".

De son côté, la population n'avait pas de choix: la Russie ne sait toujours pas ce qu'est une psychothérapie tant soit peu développée. Si bien que les sorciers "noirs" ou "blancs" se sont mis à assumer à peu de choses près les fonctions qui dans les pays développés relèvent des psychanalystes. Selon certaines estimations, on recenserait au moins un mage quelconque pour 1.500 habitants. C'est difficilement croyable, mais au siècle d'Internet et de l'ingénierie génétique le chiffre d'affaires du marché russe de l'occultisme est comparable à celui du marché de la drogue. Une trentaine de centres et d'écoles de magie affichant des revenus mensuels de 60 à 120.000 dollars fonctionnent à Moscou. Le reste de l'espace du champ magique lucratif est occupé par des extra-sens, des magiciens et des sorcières "travaillant" individuellement pour la plupart. On en dénombrerait de 3.500 à 6.000 dans la capitale.

Curieusement, les études sociologiques révèlent que l'industrie de l'occultisme est à 70 pour cent contrôlée par des hommes d'affaires qui ne croient pas en la matière surnaturelle, qui ne recourent pas aux services des envoyés des forces de l'au-delà et qui ne font que chercher une niche pour faire fructifier leurs investissements. La plupart des mages, qui bien souvent se font passer pour des parapsychologues, n'ont aucune formation, qu'elle soit médicale ou autre, et ne sont que de vulgaires escrocs profitant de la crédulité et de la névrose de leurs clients. Le registre des services dispensés par les occultistes est renouvelé en permanence, suivant l'esprit du temps. Si auparavant les mages offraient leur aide dans le règlement d'affaires somme toute triviales comme "le retour du (de la) bien aimé (e) garanti à 500 pour cent, l'obturation d'une "brèche dans le champ biologique", la délivrance d'un envoûtement ou encore de la "couronne du célibat", aujourd'hui les services en vogue ressemblent bien plus à des services de marché. Ainsi, un mage moscovite promet la richesse en échange de 50 à 1.000 dollars. Pour qu'il soit rappelé à un débiteur indélicat qu'il doit d'urgence rembourser une dette, il en coûte de 10 à 15 pour cent de la somme due. "Ecarter" un concurrent d'affaires revient à 200-2.000 dollars.

Les autorités municipales sont convaincues que les services dispensés par les occultistes sont de plus en plus dangereux sur le plan social. Effectivement, dans bien des cas il est difficile même à la police d'établir si un concurrent est effectivement sorti du business ou s'il a quitté ce monde sous l'influence d'une emprise occulte exercée par un mage ou en résultat d'un assassinat tout simplement. L'occultisme déprave les moeurs, enfonce les gens, surtout les jeunes, dans le monde de l'illusion et de l'irrationnel. L'église s'élève avec véhémence contre ce déferlement de magie blanche et noire, elle a institué à Moscou un Centre de réhabilitation des victimes de l'occultisme.

Tout cela a incité des parlementaires à l'Assemblée municipale de Moscou à réclamer une révision de la loi de 1993 "De la protection de la santé des gens". Dans sa version initiale, ce texte interdit seulement le guérissage de masse, surtout par voie médiatique. Les législateurs avaient en vue les guérisseurs Kachpirovski et Tchoumak populaires au début des années 1990, qui se livraient à des séances télévisées au cours desquelles ils "chargeaient d'énergie positive de l'eau" et tentaient de soigner des malades à distance. Seulement les services dispensés par les occultistes ont connu depuis un essor foudroyant.

Leur interdiction totale préoccupe les avocats de ce que l'on appelle la médecine populaire, c'est-à-dire des méthodes de diagnostic et de traitement fondées sur les traditions populaires et ayant prouvé leur efficacité. "Les députés ne sont pas à même d'établir une frontière entre le guérissage et l'occultisme, a déclaré Yakov Galperine, directeur du centre russe de médecine populaire, qui ne cache pas ses appréhensions. Des charlatans, il y en a partout et dans le guérissage il y en a autant que dans la médecine académique, soit 13 pour cent environ.

Toutefois, Lioudmila Stebenkova, présidente de la commission chargée de préparer l'amendement, est convaincue que la médecine populaire n'a rien à redouter. Quelque 2.000 guérisseurs populaires sont officiellement enregistrés en Russie, rappelle-t-elle, alors que les mages, sorciers et autres extralucides sont plus de 100.000. Ce sont ces dispenseurs de services mystiques et pseudo-religieux que vise le nouveau projet de loi.

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