L'Europe en passe de devenir le centre spatial du monde

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MOSCOU (par Andrei Kisliakov, commentateur politique de RIA Novosti).

Le processus qui a commencé il y a deux ans est semble-t-il aujourd'hui une orientation prioritaire de l'activité de la Commission européenne: le Vieux Monde forme minutieusement et résolument son propre Programme spatial européen unique.

Si la participation de la Russie à ce programme représente ne fût-ce que la moitié de ce qui est prévu, le continent européen surpassera l'Amérique par l'envergure de son activité dans le domaine de la domestication de l'espace.

Bien plus, on peut affirmer que la participation russe au Programme unique en constituera le noyau dans un proche avenir. C'est ce qui ressort de la Conférence internationale sur la coopération spatiale qui s'est tenue dans la deuxième quinzaine de février à Bruxelles avec la participation des représentants de plus de 40 pays et d'une vingtaine d'organisations internationales.

Evoquant le haut niveau de la coopération entre l'UE et la Russie, le directeur de l'Agence spatiale européenne (ASE), Jean-Jacques Dordain, a mis l'accent sur l'accord signé le 19 janvier à Moscou prévoyant les lancements de fusées porteuses russes "Soyouz" à partir du cosmodrome de Kourou (en Guyane française) qui appartient à l'ASE.

Ce projet est en voie de réalisation sur la base de l'accord intergouvernemental signé en novembre 2003 entre la Russie et la France. Son coût est de 344 millions d'euros, et les tirs rapporteront à la Russie environ 130 millions d'euros.

Mais l'essentiel réside dans le fait que cet accord fraie le chemin à la coopération spatiale russo-européenne à long terme et prévoit, en plus de l'accroissement substantiel de la part européenne des services sur le marché mondial des lancements, le développement commun du nouveau matériel spatial. Ce sera un acquis stratégique pour l'avenir, car il assurera la domination européenne dans le domaine de la construction de fusées.

Le travail (avec la participation directe de la Russie) en vue de la création d'un système spatial global de sécurité internationale, qui jouera notamment un rôle dans la lutte contre le terrorisme, est également à l'ordre du jour. Intervenant à la rencontre de Bruxelles, Anatoli Perminov, directeur de Roskosmos (Agence spatiale russe), a défini les neuf orientations qui pourraient faire partie de ce système : les liaisons spatiales, le système de positionnement global (GPS), le monitorage économique de la Terre, l'étude du Soleil, la recherche et le sauvetage, le contrôle du respect des traités et des accords internationaux, le monitorage des catastrophes naturelles, le monitorage de l'encombrement de l'espace par toutes sortes de déchets, les études astrophysiques et planétaires. Le Sommet spatial de Bruxelles a déjà donné le départ aux travaux dans le cadre du projet international très important de déploiement d'un système global d'observation de la Terre qui constituera la base du monitorage global des cataclysmes naturels. Au nom du gouvernement russe, Anatoli Perminov a signé à Bruxelles la résolution sur la création du système global d'observation de la Terre dont la mise en oeuvre devrait prendre dix ans. On ne saurait surestimer l'importance de ce système pour l'humanité, d'autant plus que la nature nous invite ces derniers temps de plus en plus instamment à conjuguer nos efforts en vue de prévenir les calamités.

Il existe un précédent juridique. La Charte de l'Espace et des Grandes catastrophes adoptée en 2000 à l'initiative de l'ASE et de l'Agence française de l'Espace (CNES - Centre National d'Etudes spatiales), peut être considérée comme la première expérience d'actions communes. Les pays signataires de la Charte, dont le Canada, l'Argentine, l'Inde et le Japon, se sont fixé pour objectif de réunir les informations parvenant de tous les satellites dans une banque unique de données pour faciliter la lutte commune contre les conséquences des catastrophes naturelles et technologiques.

Depuis novembre 2001, les signataires de la Charte ont enregistré plus de 60 cataclysmes naturels, dont environ 40 % sont les inondations et autant, les séismes. L'année dernière, les satellites ont permis d'effectuer le monitorage des tremblements de terre en Iran, en Indonésie et au Maroc, des ouragans à la Grenade et en Haïti, des inondations en Bolivie et en Namibie et, bien entendu, du terrible tsunami dans le Sud-Est asiatique qui a emporté plus de 300 000 vies.

Un échantillon de l'engin spatial qui participera au Programme spatial européen unique sera présenté l'été prochain au large public au Salon aérospatial du Bourget. D'autant plus qu'il a été développé en coopération avec l'ASE. Il s'agit de la navette spatiale russe "Clipper" qui peut être utilisée, de même que le prometteur vaisseau de transport européen, pour explorer l'espace lointain.

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