Revue de la presse russe du 28 février

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MOSCOU - RIA Novosti

Izvestia

La politique étrangère des Etats-Unis est idéologisée

La rencontre entre les présidents russe et américain à Bratislava a montré que les deux pays n'arrivent pas encore à établir un partenariat stratégique, a déclaré, dans une interview aux "Izvestia", Constantin Kossatchev, président du Comité des affaires internationales de la Douma (chambre basse du parlement russe).

A son avis, pour la Russie et les Etats-Unis, il n'est pas facile de répondre à la question de savoir ce qu'ils ont de commun, sauf les rapports amicaux entre les deux présidents. Les points de convergence ne peuvent pas être considérés a priori comme des domaines de coopération pratique. Il faut avoir quelque chose de plus important qu'un point de vue identique sur un problème. Par exemple, dans les rapports entre l'Amérique et l'Union européenne, le consensus sur les valeurs communes est un de ces facteurs. On ne peut pas dire la même chose quant aux rapports russo-américains entre les sommets.

Ainsi, le canal des contacts bilatéraux devient très étroit et personnalisé. Cela s'explique parfois par une certaine incapacité et le refus de travailler avec les élites existantes, ainsi que la préférence accordée à ceux qui portent des appréciations favorables à la partie qui les demande.

Cette logique est imposée par Washington. Le processus d'idéologisation de la politique étrangère des Etats-Unis demande les évaluations selon le code binaire: "démocratie - absence de démocratie", "liberté - absence de liberté". Si un pays est qualifié de démocratique, il devient allié à qui l'on permet beaucoup, même l'emploi de la force, l'infraction aux procédures électorales, l'atteinte aux droits des minorités nationales, etc.

Cependant, il existe beaucoup de domaines pour travailler ensemble, par exemple, en vue de former la véritable société civile en Russie: notamment, on peut étendre la base de la coopération entre les institutions publiques des deux pays, entraîner divers groupes sociaux dans les contacts bilatéraux. La Russie est absolument ouverte à cette coopération.

Le leadership mondial des Etats-Unis peut être acceptable pour régler les problèmes de la Russie, comme il a été et reste, en fait, acceptable pour les principaux partenaires des Etats-Unis. Mais la Russie n'est pas un partenaire qui a besoin de l'Amérique uniquement en qualité de "frère aîné".

Nezavissimaia gazeta

La centrale nucléaire de Bouchehr sera mise en exploitation avec le concours de la Russie

Le directeur de l'Agence fédérale de l'Energie atomique, Alexandre Roumiantsev, et le vice-président iranien et chef de l'Organisation de l'Energie atomique d'Iran, Gholamreza Aghazadeh, ont conclu hier un accord sur les livraisons de combustible nucléaire à la centrale nucléaire de Bouchehr. Selon Alexandre Roumiantsev, la centrale pourrait être mise en exploitation l'année prochaine, annonce le quotidien Nezavissimaïa gazeta. La mise au point de cet accord entre Moscou et Téhéran a nécessité plus de deux ans et elle s'est déroulée dans une atmosphère de critiques constantes de la part des Etats-Unis qui prétendent que l'objectif principal de l'Iran dans le domaine nucléaire est la création de l'arme nucléaire.

Or, Moscou croit à la nature pacifique des ambitions nucléaires iraniennes. C'est ce qu'a notamment relevé en Slovaquie jeudi dernier le président russe, Vladimir Poutine. Au cours de sa rencontre avec George Bush à Bratislava, le chef de l'Etat russe a promis à son homologue américain que la Russie arrêterait tout de suite son assistance au programme nucléaire iranien si Téhéran ne restituait pas l'ensemble du combustible nucléaire irradié. Moscou affirme que le lancement de la centrale nucléaire ne contribuera en rien à l'accession de Téhéran à l'arme nucléaire.

Il est intéressant de noter que l'accord russo-iranien devait être signé samedi, mais la cérémonie de signature a été reportée à dimanche, ce qui a permis à certains observateurs de parler de l'échec des négociations. Il s'est avéré que les délais de restitution du combustible nucléaire irradié en Russie constituaient la principale pierre d'achoppement pour les deux parties, ainsi que l'a expliqué le vice-président de l'Organisation de l'Energie atomique d'Iran Mohammad Saïdi.

John Bolton, ancien sous-secrétaire d'Etat américain chargé du désarmement et de la sécurité nationale, avait déclaré que la possibilité d'utiliser le réacteur de Bouchehr pour produire du plutonium n'était pas l'unique sujet de préoccupations de l'administration américaine. Le projet de Bouchehr pourrait être utilisé comme écran pour masquer une autre activité sensible et préoccupante dans le domaine nucléaire, disait John Bolton.

Le président du holding nucléaire russe TVEL, Alexandre Niago, partageait une opinion semblable.

Aujourd'hui, c'est la coopération russo-iranienne dans le domaine nucléaire qui suscite le plus de divergences entre Moscou et Washington. Selon les observateurs, la mise en exploitation de la centrale de Bouchehr ne peut qu'aggraver le problème.

Kommersant

Les inspections américaines des sites nucléaires russes commenceront avant le mois de décembre

A la fin de la semaine dernière le site officiel du président russe (www.kremlin.ru) a publié le texte de la déclaration conjointe russo-américaine sur la coopération dans la sécurité nucléaire, signé jeudi à Bratislava par Vladimir Poutine et George W.Bush. Il semble que Moscou ait accepté que des inspections américaines aient lieu sur les sites nucléaires russes les plus importants, y compris militaires, estime le quotidien Kommersant.

Un paragraphe du document présent dans la version russe mais absent du texte accessible sur le site de la Maison-Blanche présente un intérêt tout particulier. On y lit que l'affinement du système de sécurité dans les sites relevant de l'Agence de l'Energie atomique (Rosatom) et duMinistère de la Défense russes sera achevé d'ici à la fin de 2008. "Le ministère russe de la Défense a jusqu'au 1-er juillet 2005 pour définir les sites dans lesquels il est indispensable de perfectionner le système de sécurité". Quant aux "visites" de ces ouvrages relevant de Rosatom et du 12 GU MO (12-e Département principal du ministère de la Défense, duquel dépend l'arsenal nucléaire russe), elles débuteront d'ici au mois de décembre 2005.

Les inspections en question auront lieu sous la responsabilité d'une commission conjointe ad hoc coprésidée par le chef de l'Agence russe de l'Energie atomique, Alexandre Roumiantsev, et le secrétaire américain à l'Energie, Steven Bodman.

On se demande pourquoi l'avant dernier paragraphe de l'accord ne figure pas sur le site de la Maison-Blanche. Il est possible que Washington ait jugé qu'il était inutile d'afficher que la Russie avait accepté que des inspecteurs américains accèdent à ses installations nucléaires étant donné que cela exposerait le Kremlin à la critique.

Il est probable que les dirigeants russes aient décidé un échange. A Bratislava Moscou a fait des concessions sur la question principielle du contrôle nucléaire tout en gérant de manière avantageuse d'autres problèmes. George W.Bush s'est abstenu de critiquer ouvertement son interlocuteur et a déclaré qu'il croyait au développement démocratique en Russie.

Vedomosti

Trois candidats pour la présidentielle de 2008 sont connus dès maintenant

Après l'ex-premier ministre Mikhaïl Kassianov, ce sont l'ex-président de la Douma Guennadi Seleznev et le leader du Parti démocrate libéral Vladimir Jirinovski qui ont annoncé leur éventuelle participation à la course à la présidence du pays en 2008. Avec l'aide d'outsiders politiques, le Kremlin s'efforce d'effacer l'effet de la démarche de Kassianov, affirment les experts.

Lors d'une conférence de presse le 24 février Kassianov a critiqué les autorités russes pour avoir abandonné la politique de développement de la démocratie et déclaré qu'il s'emploierait à favoriser l'union des forces démocratiques. Quant à savoir s'il se porterait pour la présidentielle, il a fait remarquer : "Tout est possible".

Le lendemain, on a appris qu'il avait déjà des concurrents. "Avec des forces puissantes, il sera possible de s'engager dans la course à la présidence. Aujourd'hui, la gauche évoque mon nom comme un leader possible", a déclaré Guennadi Seleznev. L'ancien président de la Douma et actuel député du rang a expliqué qu'il était en train de créer un nouveau parti de centre gauche qui pourrait être enregistré d'ici quelques mois.

Vladimir Jirinovski a, lui, dit qu'il se porterait candidat à la présidentielle de 2008 en précisant toutefois qu'il ne compterait pas terminer la course à une place supérieure à la deuxième.

Pour eux (Seleznev et Jirinovski), la date de l'annonce de leur engagement n'a aucune importance. Mais les deux ont fait leur déclaration le lendemain de la conférence de presse de Kassianov, ce qui trahit la "main du Kremlin", estime Alexéi Makarkine, du Centre des technologies politiques.

Le président de l'Institut de la stratégie nationale, Stanislav Belkovski, se déclare persuadé que plusieurs autres "hommes politiques marginaux" annonceront leurs ambitions. "Kassianov se retrouvera parmi ceux qui ne peuvent pas prétendre réellement à la présidence et, d'autant plus, ne pourront jamais faire concurrence au président en exercice", soutient l'expert.

Novye izvestia

Les députés géorgiens sont prêts à bloquer eux-mêmes les bases russes

Les bases militaires russes en Géorgie peuvent être proclamées hors la loi, a déclaré samedi Nino Bourdjanadze, présidente du parlement géorgien. Les députés géorgiens ont soutenu son avis et exprimé leur volonté de bloquer eux-mêmes les accès aux unités militaires russes, lit-on dans le journal "Novye Izvestia".

Le député Ivlian Khaïndrava a rappelé que le parlement géorgien avait maintes fois demandé aux dirigeants du pays depuis 1994 d'accélérer le retrait des bases russes. Selon lui, l'initiative de Nino Bourdjanadze sera soutenue au parlement, car le président géorgien Mikhail Saakachvili contrôle entièrement la majorité parlementaire.

Nodar Natadze, président du Front populaire de Géorgie, estime que "la présence des troupes russes sur le territoire géorgien prolonge l'annexion de la Géorgie par la Russie soviétique en 1921".

Le mépris des exigences de Tbilissi par la Russie suscite le mécontentement en Géorgie. Ainsi que l'estime Nino Bourdjanadze, à condition de faire preuve de bonne volonté, le problème pourrait être réglé au bout de 2 à 3 mois au maximum, après quoi les rapports russo-géorgiens se normaliseraient. Mais, de l'avis du député Ivlian Khaïndrava, "Moscou abuse de la patience de la Géorgie, mais la patience ne peut pas être illimitée, c'est pourquoi, s'il y a une nouvelle étape de confrontation, la responsabilité en incombera à la Russie".

Tbilissi n'exclut pas les méthodes non parlementaires de pression sur la Russie. Les députés ont déjà déclaré qu'ils avaient l'intention de bloquer eux-mêmes les bases militaires, il est également prévu de les priver d'électricité, de gaz (d'ailleurs, russe), de télécommunications. Selon Nodar Natadze, si le gouvernement n'arrive pas à assurer le retrait prochain des bases, les citoyens et les forces patriotiques de la Géorgie viendront à bout de ce problème eux-mêmes, sans se gêner dans le choix des moyens.

Vedomosti

Les investisseurs étrangers ne craignent pas les risques politiques

Le boom des investissements ne décroît pas en Russie. L'année dernière 40,5 milliards de dollars de capitaux étrangers ont été investis en Russie, soit 40% de croissance par rapport à 2003, annonce le quotidien Vedomosti.

Les investisseurs ne dramatisent pas la situation et ne considèrent plus l'affaire Ioukos comme le début d'une campagne musclée massive, estime le directeur du service analytique de la Banque de Moscou, Kirill Tremassov.

Les apports étrangers dans le capital d'entreprises russes représentent la majeure partie de l'accroissement des investissements directs. En 2004 ils ont augmenté de 3,3 fois (de 7,3 milliards de dollars) et ont été principalement placés dans le secteur des matières premières. Ce sont les Pays-Bas qui sont l'investisseur le plus important (3,98 milliards de dollars). L'accroissement est consécutif à la mise en valeur par Royal Dutch/Shell des projets Sakhaline-1 et Sakhaline-2 dans lesquels il était envisagé d'investir l'année dernière 3,9 milliards de dollars. Un expert du Groupe financier unifié, Iaroslav Lissovolik, rappelle que l'automne dernier Conoco-Phillips a acheté 7,6% des actions de Lukoil pour 1,988 milliard de dollars.

L'année dernière a vu le jour une "tendance très positive" : les étrangers se sont mis à acheter des actifs d'entreprises qui ne relèvent pas du secteur des matières premières, souligne Iaroslav Lissovolik. Le groupe norvégien Orkla a acheté la confiserie SladCo, Heineken s'est approprié trois brasseries, la société américaine Cargill a investi 250 millions de dollars dans des actifs agricoles, la société belge InBev a déboursé 650 millions de dollars pour racheter des actions de SUN Interbrew, tandis que GE Consumer Finance a acheté les 100 des actions de Delta-Bank...

Les étrangers prêtent de plus en plus volontiers aux entreprises russes, si bien que le montant des crédits a déjà atteint 22,6 milliards de dollars. Si dans le passé les prêts étaient la forme d'investissement la plus populaire, l'année dernière les entreprises et les banques russes ont contracté la moitié environ de leurs emprunts contre des euro-obligations, souligne Ioulia Grossul, de la société d'investissements Zerich Capital Management. Gazprom a emprunté à l'étranger 2,45 milliards de dollars, Vnechtorgbank a émis pour 2,5 milliards de dollars d'euro-obligations. Severstal, Norilski Nickel et Megafon ont fait leur première émission d'euro-obligations.

Un analyste de MDM-Bank, Serguéi Reznik, explique que les étrangers préfèrent investir en Russie sous forme de crédit plutôt que d'apport dans le capital, pour éviter les problèmes bureaucratiques.

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