Bien que le Premier ministre géorgien nouvellement désigné - Zourab Nogaïdeli - appartienne à l'équipe de feu Zourab Jvania, connue par sa modération, il n'a pas l'envergure politique nécessaire pour pratiquer une politique indépendante. Aussi, est-il très peu probable qu'il arrive à garder intacte l'équipe de son prédécesseur.
D'autre part, Nino Bourdjanadzé qui avait autrefois joué sur les rapports des forces entre Mikhaïl Saakachvili et Zourab Jvania a perdu, elle aussi, en grande partie ses positions depuis ces derniers temps, car la disparition de l'un de ces deux hommes politiques a brusquement rétréci sa marge de manuvre. Pour ce qui est du Parlement, il ne lui est plus très utile car il est presque entièrement contrôlé par le Président Saakachvili. Et toute tentative de Nino Bourdjanadzé de mener son propre jeu indépendant pourrait lui coûter son poste de présidente du Parlement géorgien. Qui plus est, rapportent les sources de RIA-Novosti, les organes judiciaires s'intéressent aujourd'hui de très près à son père.
Il s'avère donc qu'avec la désagrégation du triangle en apparence stable Saakachvili - Jvania - Bourdjanadzé, triangle auquel on ne voit pas d'alternative se profiler à l'horizon, le Président de la Géorgie se retrouve en quelque sorte dans une "maison sans miroirs". En l'absence du système classique de poids et de contrepoids, ainsi que d'une opposition plus ou moins significative dans le pays, il ne reste plus dans le proche entourage du Président géorgien de figures politiques influentes, capables de retenir leur leader souvent par trop impulsif.
Par contre, après la disparition tragique de Zourab Jvania, les positions des "faucons" intervenant pour un règlement armé desconflits intérieurs en Géorgie n'ont fait que se renforcer. L'actuel ministre géorgien de la Défense - Irakli Okrouachvili - est leur leader informel. A l'heure actuelle, ce dernier effectue des "purges" au sein du commandement des Forces Armées de la Géorgie.
A l'avis général des experts, interviewés par RIA-Novosti, Irakli Okrouachvili s'emploie à nommer à des postes de responsabilité des hommes qui lui soient personnellement dévoués, tout en étant plus ou moins connus en Occident. Cette dernière circonstance est sans doute dictée par le passage de l'armée géorgienne aux standards de l'Alliance atlantique.
Selon le directeur du Centre des prévisions militaires, Anatoli Tsyganok, "Irakli Okrouachvili n'a pas trouvé de langage commun avec les cadres militaires. Et les actuelles "purges" dans l'armée ont deux objectifs majeurs. Tout d'abord, le ministre de la Défense veut manifestement se débarrasser des sympathisants de l'ancien Premier ministre, Zourab Jvania. Et ensuite, Irakli Okrouachvili cherche à établir son propre contrôle personnel sur l'armée, qui n'est d'ailleurs pas du tout favorable à une solution musclée des conflits, que ce soit en Ossétie du Sud ou en Abkhazie".
Si ces remaniements ne sont guère susceptibles d'exercer un impact sérieux sur la capacité au combat de l'armée géorgienne, estiment les analystes militaires, car cette capacité est déjà très faible, la politique militaire de la Géorgie devient par contre de plus en plus imprévisible.
Ainsi, Anatoli Tsyganok n'exclut pas un scénario militaire, en premier lieu à l'égard de l'Ossétie du Sud. L'expert évalue la probabilité d'une telle évolution désastreuse des développements à 50/50.
Rappelons toutefois qu'au début des années 1990, les leaders géorgiens, tout d'abord Gamsakhourdia, et ensuite Chevardnadzé, avaient déjà fait plus d'une tentative de "petites guerres victorieuses" sur le territoire même de la Géorgie. Cependant, toutes ces aventures militaires ont dégénéré en tragédies, alors que la fin des leaders a été sans gloire. A cet égard, il serait bon de tirer les enseignements de l'histoire.