La privatisation de la compagnie publique russe de télécommunications Sviazinvest semble une nouvelle fois avoir heurté les écueils de la législation russe. Le mardi 22 février, le ministre des télécommunications Leonid Reïman a laissé entendre que la vente du bloc de contrôle prévue pour le deuxième semestre de 2005 pourrait ne pas avoir lieu dans les délais fixés.
"Comme vous voyez, nous sommes déjà au mois de février, et aucun document, aucun décret n'a été signé à ce sujet", a-t-il rappelé.
Leonid Reïman a mis en relief la nécessité d'un décret présidentiel afin de radier Sviazinvest de la liste des ouvrages d'importance stratégique non privatisables. Tant que la holding des télécommunications fait partie de cette liste, les instances gouvernementales chargées des privatisations ne peuvent pas entamer la longue procédure d'organisation d'une vente aux enchères.
Cette annonce joue à la fois en faveur et contre les investisseurs potentiels. Plus l'État russe fait traîner en longueur les enchères, plus la holding et ses titres perdent en valeur. Si, aujourd'hui, les analystes estiment les 75% plus une action de Sviazneft à 2 milliards de dollars, ce montant peut fléchir fortement l'an prochain, et ce tout simplement parce que l'État fait tout pour casser le prix. Un scénario qui risque de décourager les investisseurs potentiels.
En outre, plus les autorités font traîner en longueur la privatisation de la holding qui a besoin d'investissements et d'innovations, plus il y a de chances que l'acheteur finisse par acquérir un géant ruiné incapable de rivaliser avec les opérateurs alternatifs, plus souples et modernes.
À part les interminables retards et reports des délais de privatisation, le gouvernement a déclaré qu'il entendait garder un maximum de contrôle au sein de la holding privatisée. La semaine dernière, le ministère des télécommunications annonçait son intention d'introduire des représentants du gouvernement dans les conseils d'administration des sept compagnies régionales qui composent la structure de Sviazinvest. Le porte-parole du ministère, Oleg Mikhaïlov, a expliqué que cette démarche est appelée à renforcer le contrôle du gouvernement et que celui-ci devait mieux veiller sur ses intérêts à la veille de la privatisation.
Interrogé par des journalistes le 22 février, Leonid Reïman disait la même chose. "L'État doit garder sa mainmise sur certains processus du développement de la compagnie", a souligné le ministre. Dans ce but, on envisage notamment de faire intervenir le principe dit de "l'action d'or" qui permettra à l'État d'influer sur les décisions prises par les propriétaires privés.
Si la privatisation n'a pas lieu en 2006, l'État pourrait simplement annoncer que la vente est annulée et que Sviazinvest reste sa propriété.