Cette visite sort quand même de l'ordinaire. Le protocole à l'Accord international sur la construction de la centrale nucléaire de Bushehr est appelé à réglementer la restitution à la Russie du combustible nucléaire brûlé et pendant assez longtemps l'opinion s'était interrogée sur les frictions qui s'étaient fait jour entre les parties. Tout a été aplani depuis et maintenant Alexandre Roumiantsev et le vice-président iranien et directeur de l'Organisation nationale de l'énergie atomique, Gholam Reza Aghazadeh, s'apprêtent à apposer leur signature au bas de cet important document.
Conformément à la logique de la non-prolifération nucléaire et à la législation fédérale, Moscou s'en tient strictement à la règle du retour en Russie de la totalité du combustible nucléaire d'origine russe. Il n'y a pas eu d'exception non plus avec la centrale de Bushehr. Le combustible nucléaire consumé, ce n'est pas un déchet, on ne s'en débarrasse pas en l'abandonnant sur une décharge publique ou en le soumettant à un recyclage ordinaire. Pendant le fonctionnement du réacteur les barres de combustible sont irradiées, l'uranium se désintègre et donne naissance au plutonium, un matériau à vocation militaire. Il est évident que l'une des fonctions du Protocole sur le retour du combustible nucléaire brûlé est de dissiper les préoccupations de la communauté internationale face à l'éventualité de voir une matière première pouvant servir à la fabrication de l'arme nucléaire tomber entre les mains de l'Iran qui n'est pas une puissance nucléaire.
Les conditions de la restitution du combustible brûlé et du paiement de ces services n'avaient pas été mentionnées dans l'Accord initial sur la construction de la centrale, signé en 1992. Il s'agissait d'un manquement au contrat, d'un cas juridique. Lorsque la question s'était posée, l'Iran ne s'était pas opposé en principe au retour du combustible nucléaire brûlé, cependant la partie commerciale réclamait d'être analysée. Du temps avait été nécessaire pour aplanir les obstacles financiers. Cependant, les Iraniens avaient tellement fait traîner les choses en longueur que sous la pression des Etats-Unis on avait fini par penser que Moscou avait décidé de suspendre les travaux, voire de les arrêter définitivement.
La Russie avait levé d'emblée toute ambiguïté en déclarant officiellement qu'elle remplirait ses engagements de partenaire. "Je ne vois pas ce qui pourrait restreindre notre coopération avec l'Iran, d'autant plus qu'elle est placée sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique et réglementée par le droit international et le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires", avait déclaré le patron de Rosatom, Alexandre Roumiantsev. La visite que celui-ci entame en Iran atteste que la Russie ne louvoie pas mais tient parole.
Le Protocole sur le retour du combustible nucléaire brûlé devrait lever les obstacles qui jusqu'ici empêchaient la bonne marche des travaux. La signature de ce document à Téhéran devrait être suivie de celle de l'Annexe au contrat sur les livraisons de combustible nucléaire à la centrale de Bushehr (le contrat lui-même a été passé il y a deux ans environ). Pratiquement ces deux documents autorisent la livraison de combustible neuf à Bushehr. Le premier lot est constitué de 180 barres d'un poids total de 90 tonnes environ. Cependant, en vertu du règlement technologique il sera livré pas plus tôt que six mois avant la mise en route test de la centrale, une opération prévue pour le début de 2006.
La poursuite de la coopération elle aussi figure sur l'agenda de la visite en Iran d'Alexandre Roumiantsev. Selon l'ambassadeur de Russie à Téhéran, Alexandre Mariassov, la Russie a déjà soumis à la partie iranienne le dossier d'opportunité concernant la construction du réacteur N°2. Moscou attend une réponse officielle sur ce sujet.