Anatoli Perminov: "Nous songeons aussi aux vols interplanétaires pilotés"

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MOSCOU, 22 février. (Par Andreï Kisliakov, commentateur politique de RIA Novosti). Cette année l'astronautique russe achèvera le Programme spatial fédéral et dès l'année prochaine elle entamera la réalisation des grands desseins prévus pour la période allant jusqu'à 2015. Dans une interview exclusive accordée à RIA Novosti, le directeur de l'Agence spatiale fédérale de Russie, Anatoli Perminov, a évoqué les grands axes de l'activité de la branche en 2005 ainsi que certains projets à plus longue échéance.

- Quelles sont les principales composantes du Programme spatial de la Russie en 2005 ?

-2005 sera l'année de l'achèvement du Programme spatial fédéral de la Russie pour 2001-2005.

Son objectif numéro un est le complètement et le développement du groupe de satellites et le renforcement du potentiel spatial de la Russie à des fins économiques, scientifiques, techniques et sociales.

Pour cette année les programmes spatiaux fédéraux prévoient les réalisations suivantes:

- lancements de satellites de télécommunications du type Express-AM;

- lancements des satellites Ressours-DK et Monitor-E pour le sondage de la Terre, les observations hydrométéorologiques, la surveillance écologique et le contrôle des situations d'urgence;

- poursuite du programme d'observation et d'expériences avec utilisation du satellite Coronas-F pour l'étude des relations Soleil/Terre et de l'influence de l'activité solaire sur les processus terrestres;

- lancement du satellite Foton-M pour la poursuite du programme de recherches microgravitationnelles en vue de créer et d'optimiser la technologie de fabrication sur orbite de semi-conducteurs et de préparations bio-médicales;

- lancements de vaisseaux spatiaux et de véhicules de transport pour la maintenance de la Station spatiale internationale (ISS), réalisation du programme de recherches et d'expériences scientifiques;

- lancement de trois satellites de navigation du type Glonass, dont deux satellites de nouvelle génération avec durée de vie prolongée.

Il est envisagé de réaliser un important volume de travaux concernant la création des lanceurs de nouvelle génération Soyouz-2, Proton-M et Angara. Le premier cité devrait être utilisé pour des tirs effectués depuis le Centre spatial de Kourou en Guyane française.

Le 19 janvier, à Moscou, Roskosmos et l'Agence spatiale européenne (ASE) ont signé un accord de coopération et de partenariat à long terme dans le domaine de la conception, de la création et de l'utilisation de lanceurs, dont la première étape est le projet Soyouz-Kourou.

- Quelles sont les perspectives du programme ISS?

- Les documents officiels de la dernière conférence consacrée à ce programme, tenue à Montréal, soulignent que les Etats-Unis sont bien décidés à achever l'assemblage de la station et de reprendre dans les délais les plus brefs les vols des navettes spatiales américaines.

Quoi qu'il en soit, du fait de l'accident survenu à Columbia au mois de février 2003, le programme ISS traverse une passe difficile. Toute la maintenance technique/transport de la station est assurée par la Russie. Les effectifs de la mission permanente de l'ISS ont dû être réduits de trois à deux membres, ce qui n'a pas manqué d'avoir une incidence sur le nombre d'heures imparties aux recherches et aux expériences. Néanmoins, même dans ces conditions la mission réalise intégralement le riche programme de recherches fondamentales ainsi que les expériences portant sur le développement des techniques et des technologies spatiales. En 2000-2004, 143 expériences ont été réalisées à bord du segment russe de la station. A la fin de l'année dernières 100 expériences avaient été menées à leur terme. Le 8 février, la télévision russe a diffusé une émission consacrée à la réalisation sur l'ISS de l'expérience Cristal de plasma et à la portée de ses résultats pour la pensée scientifique mondiale.

Nous attendons la remise en service des shuttle américaines, dont le premier vol expérimental est programmé pour mai-juin de cette année. Cela permettra de poursuivre la construction du segment américain de l'ISS, de porter à trois membres les effectifs de la mission permanente et de revenir à l'exploitation normale de la station.

Indépendamment de la date de la reprise des vols des véhicules spatiaux américains, en 2005 Roskosmos entend entamer la conception d'un nouveau module/laboratoire polyvalent qui permettra d'accroître sensiblement le volume des recherches et d'améliorer les conditions de vie des cosmonautes. Le lancement du nouveau module est prévu pour la fin de l'année 2007. En outre, deux autres modules russes de l'ISS seront lancés vers l'ISS en 2009 et en 2011.

- Actuellement la Russie a un budget excédentaire. Est-ce que cela se reflète sur le financement du programme spatial?

- Le financement de ce programme est pleinement conforme aux crédits ad hoc figurant au budget fédéral.

C'est vrai que ces dernières années le budget excédentaire affiché par la Russie permet de financer régulièrement l'activité spatiale et aussi, parfois, de dégager des fonds publics supplémentaires pour assurer le fonctionnement de l'ISS. Nous voudrions relever que par rapport à 2001, cette année les dépenses spatiales ont augmenté en prix comparables. Aussi peut-on dire que l'excédent budgétaire a un impact positif sur l'activité spatiale. Toutefois le financement du programme Glonass suscite de graves préoccupations. Malgré l'excédent budgétaire, en moyenne il manque chaque année 1,9 milliard de roubles (le dollar s'échange contre environ 28 roubles) dans l'enveloppe destinée à ce programme. En 2006, le lancement de trois satellites Glonass coûtera 3,5 milliards de roubles. Or, on nous en a donné 2,8. J'espère beaucoup que le ministère du Développement économique et du Commerce nous aidera à régler ce problème durant le premier semestre de 2005. Sinon il sera pratiquement impossible de réaliser leprogramme de 2006. Ce qui entraînera forcément un report de l'objectif fixé par le président et consistant à porter d'ici à 2007 à 18 le nombre de satellites de cette constellation.

- Est-il vrai que des entreprises militaires européenne se proposent de prendre part à des recherches spatiales russes?

- En Europe il n'y a pas d'entreprises purement militaires, exception faite, peut-être, des cartoucheries. Par exemple, EADS - European Aeronautic Defence and Space Company - est la plus grande société aérospatiale d'Europe. Elle entretient des liens de longue date avec des entreprises russes, réalise avec elles des programmes conjoints dans le cadre du projet ISS et dans le domaine de la conception et de la construction d'équipements pour satellites.

La compagnie OXB-Systems construit pour le compte du ministère allemand de la Défense des satellites à vocation militaire, cependant elle coopère avec des compagnies russes dans le cadre de programmes ayant trait à la conception d'appareils et d'équipements scientifiques pour l'ISS et des satellites.

- Quels sont les programmes de développement des cosmodromes de Baïkonour et de Plessetsk?

- Plessetsk est le plus grand cosmodrome européen, il est utilisé essentiellement pour la réalisation de programmes militaires. La plupart des satellites commerciaux à vocation socio-économique et scientifique qui y sont lancés sont placés sur des orbites polaires et solaires synchrones.

Le développement du cosmodrome relève du ministère de la Défense avec la participation de Roskosmos dans le cadre du Programme interdépartemental global "Kosmodrome Plessetsk".

Les travaux les plus importants sont la création des fusées Angara et Soyouz-2. A l'heure actuelle le Centre spatial Khrounitchev travaille sur la fusée Angara et une famille de lanceurs léger, moyen et lourd. Ces matériels placeront sur orbite des satellites de quelques centaines de kilogrammes à 24 tonnes sur un registre étendu d'orbites elliptiques et géostationnaires hautes. Ces performances permettront de répondre aux demandes du marché des lancements de demain. Le premier tir d'une fusée Angara devrait avoir lieu dans un ou deux ans. Parallèlement, de manière à poursuivre le cycle de vie des fusées Soyouz et élargir la nomenclature des satellites orbitalisés avec ces lanceurs on procède à la modernisation de la fusée Soyouz-2. Celle-ci est dotée de systèmes de commande et de télémétrie numériques, de nouveaux moteurs plus performants. Les structures du troisième étage et du carénage ont elles aussi été modifiées. Ces aménagements ont permis d'accroître de 1.100 à 1.200 kilogrammes la masse de la charge utile placée sur orbite circulaire basse.

Un tir d'essai du lanceur Soyouz-2 de la première étape a été réussi l'année dernière.

Le cosmodrome de Baïkonourest entièrement utilisé pour les lancements de satellites à vocation socio-économique et scientifique, ainsi que dans le cadre de la coopération internationale et de tirs commerciaux. Le cosmodrome a été loué à la République du Kazakhstan jusqu'en 2050.

Actuellement la fusée Proton est en cours de modernisation au cosmodrome. Sept tirs d'essais sur 10 de la fusée proton-M ont déjà été réalisés. L'achèvement de ce programme est prévu pour cette année.

On procède également à la modernisation de la fusée Zenit dans le cadre du projet Sea Launch. Le lanceur Zenit-2 possédera un nouveau système de commande de conception russe et sera doté du booster DM. On envisage aussi l'utilisation du booster Fregat. Le premier tir d'essai de cette fusée est programmé pour l'année prochaine. Sur la base de l'Accord entre la Russie et le Kazakhstan "Du développement de la coopération dans l'utilisation du complexe de Baïkonour" en date du 9 janvier 2004 on a élaboré un projet d'accord bilatéral concernant la création au cosmodrome de la fusée Baïtarek à partir du lanceur lourd russe Angara. Les travaux devraient commencer dès cette année.

- Le projet russe de construction d'une station sur Mars est-il réel?

- Aucun plan de ce genre ne figure actuellement dans notre programme. En ce qui concerne les vols pilotés, le projet de programme spatial de la Russie pour la période allant de 2006 à 2015 a pour volet essentiel la Station spatiale internationale. Cependant, cela ne veut pas dire que nous nous désintéressons des expéditions interplanétaires pilotées. Au contraire. Seulement nous partons du fait qu'à la première étape il faut simuler en détail le vol dans sa totalité, c'est-à-dire mettre au point les technologies, les systèmes et les éléments des complexes qui demain seront lancés en direction de la Lune et de Mars. A propos, c'est dans ce but que nous avons accéléré les travaux sur la création d'une navette spatiale qui sera utilisée sur orbite circumterrestre. Elle aidera à l'assemblage de l'infrastructure spatiale orbitale pour la préparation des expéditions interplanétaires.

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