Syrie-USA: Un dialogue constructif est-il possible?

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MOSCOU. (Vladimir Akhmedov, maître de recherche à l'Institut d'études orientales de l'Académie des Sciences de Russie - RIA-Novosti). Après l'assassinat de l'ancien Premier ministre du Liban, Rafik Hariri, les Etats-Unis ont convoqué d'urgence à Washington "pour consultations" leur ambassadeur à Damas, alors que la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a déclaré au cours de sa rencontre avec le ministre des Affaires étrangères d'Egypte, Ahmed Ali Aboul Gheit, que la Syrie n'allait pas dans la bonne direction. La possibilité de réaliser les mesures, préparées d'ailleurs de manière tatillonne après le Sommet palestino-israélien à Charm El-Cheikh par les Etats-Unis avec la médiation de l'Egypte pour débloquer les négociations entre la Syrie et Israël, a été d'un coup remise en question.

Mais pourquoi? Il est peu probable que les Etats-Unis pensent sérieusement que la Syrie soit impliquée dans l'assassinat de Rafik Hariri. C'est que la mort de ce dernier ne profite aucunement à Damas. Rafik Hariri était cet homme qui aurait pu jouer un rôle très positif dans l'élimination des problèmes qui alourdissent aujourd'hui les rapports entre la Syrie et le Liban. Cependant, le fait que, selon la conviction générale, la Syrie répond de la sécurité au Liban, permet de supposer que l'assassinat de Rafik Hariri pourrait être exploité par les Etats-Unis pour exercer des pressions supplémentaires sur Damas. Washington cherche à accélérer le retrait des troupes syriennes du Liban et pour régler ainsi le problème de la libre circulation à travers tout le Proche-Orient des représentants des groupes radicaux, dont les leaders se sont retranchés, selon les Etats-Unis, à Damas.

Or, on peut y parvenir différemment, soit par une confrontation et des pressions sur la Syrie, soit par le dialogue.

Jusqu'à tout dernièrement, les paramètres essentiels de la politique américaine à l'égard de la Syrie se sont plutôt réduits au rapprochement constructif sur la base dedémarches diplomatiques appropriées. Par exemple, l'octroi de l'assistance économique américaine avait pour objectif d'obtenir un changement de politique par la Syrie. Cette pratique a été utilisée à l'égard de l'Egypte dans les années 1970, en amenant notamment Le Caire à conclure la paix avec Israël. Après la guerre d'octobre 1973, les Etats-Unis avaient déjà essayé d'établir un dialogue avec le Président syrien de l'époque, Hafez al-Assad. L'Amérique avait même exercé des pressions sur l'Etat hébreu pour que les Israéliens se retirent d'une partie des hauteurs du Golan, terres occupées en 1967. Washington avait alors accordé une certaine assistance financière à Damas, tout en appuyant de facto l'introduction des troupes syriennes au Liban. Mais pour des raisons différentes, du vivant de Hafez al-Assad, on n'avait pas réussi à signer un accord de paix entre la Syrie et Israël. Avec la venue au pouvoir en Syrie de Bashar al-Assad en 2000, le département d'Etat américain espère relancer le dialogue de paix entre Syriens et Israéliens.

La première rencontre du secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, avec Bashar al-Assad a eu lieu en février 2001 en Syrie. A l'époque, la nouvelle administration américaine commençait seulement à rechercher les approches de la politique des Etats-Unis au Proche-Orient. Washington était alors préoccupé avant tout par le problème de l'Irak. Pour ce qui est de la Syrie, Washington l'a accusée et l'accuse d'ailleurs toujours de coopérer avec l'Irak et l'Iran, de soutenir le terrorisme islamique et palestinien et le "Hezbollah" libanais, d'être présente militairement au Liban et d'appuyer l'intifada palestinienne. La première rencontre entre le Président syrien et le secrétaire d'Etat américain a été consacrée à l'Irak. L'attitude adoptée alors par Washington a poussé Damas à supposer que l'administration américaine cherchait à se servir de la Syrie comme d'un instrument pour réaliser ses propres visées ambitieuses au Proche-Orient.Cela se trouvait cependant en contradiction flagrante avec la politique même de Bashar al-Assad qui voulait se positionner dans la région en tant que leader arabe indépendant. Une telle politique de Bashar al-Assad s'expliquait avant tout par la nécessité de conforter ses propres positions dans les difficiles conditions économiques et sociales du pays. Ainsi, la politique du Président syrien s'orientait davantage sur son propre peuple et l'élite politique arabe.

Il est évident que les Etats-Unis voudraient que la politique de Bashar al-Assad corresponde aux valeurs américaines et aux objectifs politiques de Washington dans cette partie du monde. Mais rien de tel ne s'est encore produit et Washington retire un certain bénéfice du dialogue avec Damas, tout en espérant un changement d'attitude syrienne à l'avenir. Et ce, d'autant plus que la Syrie peut jouer un rôle clé dans la solution des problèmes de l'Irak, quels qu'ils soient, ainsi que dans le règlement pacifique négocié du conflit arabo-israélien. Tout indique, par conséquent, que malgré ses très dures pressions sur la Syrie après l'achèvement des hostilités en Irak, l'administration américaine se rend parfaitement bien compte qu'elle aura du mal à venir à bout des problèmes dans la région sans prendre en compte les intérêts de la Syrie.

Aussi, peut-on espérer qu'au sein de l'élite politique américaine, l'avis prévaudra que des pressions trop musclées sur la Syrie auraient des conséquences plus néfastes pour les Etats-Unis et leurs intérêts au Proche-Orient qu'un dialogue constructif avec Damas. D'autant plus que la Syrie se montre prête à dialoguer avec les Etats-Unis en dépit même des sanctions américaines.

En effet, les autorités syriennes ont fermé les points de passage à la frontière avec l'Irak, ont durci le régime de passage à la frontière libano-syrienne, ont placé sous un contrôle extrêmement sévère l'opposition irakienne en Syrie, ont garanti l'extradition aux autorités américaines decertains militaires et fonctionnaires irakiens haut placés faisant l'objet de mandats d'arrêt.

Par ailleurs, les autorités syriennes ne sont pas non plus restés sourdes aux appels américains à cesser d'épauler les organisations extrémistes dans la région. Après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, Damas a adopté toute une série de mesures concrètes pour neutraliser sur son territoire les commandos de la nébuleuse "Al-Qaïda". Bien plus, les agents du FBI ont été autorisés à se rendre à Alep pour interroger sur place les individus qui ont connu les organisateurs des attentats aux Etats-Unis. En outre, la Syrie a fourni aux Américains des renseignements sur "Al-Qaïda". Les informations syriennes ont permis aux Américains de prévenir des attentats contre les forces navales américaines dans le Golfe. Les officiels syriens de tout niveau ont plus d'une fois déclaré ne pas chercher la confrontation avec l'Amérique. Néanmoins, l'efficacité des négociations entre la Syrie et les Etats-Unis sera fonction du sérieux des intentions de Washington et de la volonté de ce dernier de faire redémarrer le processus de paix au Proche-Orient, processus qui doit s'accompagner d'une large discussion sur l'avenir des relations entre tous les Etats de cette région. La cessation de l'état de confrontation permanente avec Israël et la restitution des hauteurs du Golan pourraient contribuer à renforcer le prestige du nouveau pouvoir présidentiel en Syrie. Cela permettrait, en outre, de dégager les ressources intérieures nécessaires au développement de l'économie syrienne. Cela ne manquerait pas de conforter les positions politiques et sociales de ces forces au sein de l'élite syrienne au pouvoir qui ont tout intérêt à ce que les processus de démocratisation progressent et s'approfondissent dans le pays, ce qui correspond également aux aspirations des Etats-Unis.

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