Revue de la presse russe du 22 février

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MOSCOU, RIA Novosti

Vrémia novostéi

Les Etats-Unis auraient dû être plus honnêtes envers la Russie

Au cours de ces treize dernières années l'Amérique a envoyé de faux signaux à la Russie, avoue dans une interview au quotidien Vrémia novostéi le congressman américain Curt Waldon.

Les Etats-Unis ont amené l'OTAN à la frontière de la Russie, se sont retirés du Traité sur la défense antimissile et se sont mis à financer la création d'un système national de défense antimissile. Ils ont bombardé la Serbie, alliée de Moscou. Pendant les années 1990, ils ont donné des conseilles à Eltsine sur la restructuration de l'économie russe. Les Américains savaient qu'il procédait à une sélection de cadres pour en choisir ceux qui devaient devenir oligarques mais ils ont gardé la bouche cousue.

Les Etats-Unis étaient au courant que des Américains étaient impliqués dans des affaires de corruption russes mais n'ont cessé de nier ce fait. "Nous avions davantage intérêt à maintenir Eltsine au pouvoir qu'à créer un système économique opérationnel. L'Amérique aurait dû être plus honnête dans ses relations avec la Russie," a dit le congressman.

Selon Waldon, l'Amérique n'a pas profité de la possibilité d'annuler l'amendement Jackson-Vanik (adopté en 1974 à l'encontre de l'URSS pour la punir pour le problème de l'émigration des Juifs soviétiques, il est toujours en vigueur et impose des restrictions aux échanges bilatéraux) alors que les présidents Clinton et puis Bush étaient enclins à l'abroger.

Curt Waldon estime que pour surmonter l'effet des signaux négatifs que l'Amérique a envoyés à la Russie pendant les années 1990 l'administration Bush doit annuler sans tarder l'amendement Jackson-Vanik, redoubler les efforts bilatéraux pour réduire les menaces existantes et mettre en place une coopération dans la création du système américain de défense antimissile et dans le secteur énergétique.

Les relations des deux pays traversent une époque critique, estime le congressman. Bien que George Bush ait beaucoup d'estime et de respect pour Vladimir Poutine, cela ne suffit pas pour assurer le succès de la politique extérieure. Les relations bâties au cours des quatre dernières années sur l'amitié personnelle des deux présidents n'ont pas fait naître la confiance à d'autres niveaux du pouvoir.

Peut-être l'absence de soutien pousse-t-elle Poutine à entreprendre dans son pays à ses risques et périls des choses qui ne trouvent pas toujours de compréhension en Amérique. Mais d'autre part, la démocratie en Russie ne sera jamais ce qu'elle est aux Etats-Unis, estime le congressman américain.

Rossiïskaïa gazeta

Vladimir Poutine sera un autre homme quand il reviendra de Bratislava (un expert)

La rencontre que le président russe va avoir en Slovaquie avec George W.Bush aura valeur de test pour lui, a déclaré Alexandre Douguine, directeur du centre d'expertises géopolitiques, interrogé par la Rossiïskaïa gazeta.

La politique appliquée aujourd'hui par les Etats-Unis vise la création d'un monde unipolaire, dans lequel l'arbitre suprême serait l'Amérique et personne d'autre. Si la Russie veut gagner ses bonnes grâces, alors elle doit faire mouvement vers la désintégration géopolitique. Par contre, si elle préfère renforcer son influence stratégique dans l'espace post-soviétique, alors il faudra s'attendre à des frictions avec les Etats-Unis.

Les sentiments anti-russes dans la presse américaine sont à leur apogée. L'image de Vladimir Poutine est déformée jusqu'à le rendre méconnaissable. Les raisons en sont évidentes: à la fin de 2004, après la tragédie de Beslan, la Russie avait définitivement mis le cap sur la centralisation du pouvoir et montré qu'elle entendait jouer son jeu dans la Communauté des Etats indépendants (CEI). Vladimir Poutine a accompagné ses déclarations patriotiques de démarches concrètes, ce qui sort déjà du cadre fixé pour la Russie par l'unique superpuissance.

C'est dans ce climat que va se tenir la rencontre de Bratislava, dont l'ordre du jour comporte des thèmes douloureux pour le président russe: droits de l'homme en Tchétchénie, "affaire Ioukos", menaces pesant sur la liberté de la presse.

Selon une version de l'ordre du jour, la partie américaine voudrait évoquer la question d'un "contrôle international des technologies nucléaires en Russie". Il s'agirait là d'une remise en question de la souveraineté de la Russie. Cette exigence s'inscrirait dans le droit fil du dialogue de l'Amérique avec les pays de l'"axe du mal": "votre seule chance de ne pas avoir d'ennuis, c'est votre renoncement à l'armement nucléaire".

Il est fort possible que Bratislava prenne l'allure d'un ultimatum pour la Russie. Et les bonnes relations entre Vladimir Poutine et George W.Bush alors? Ici la réponse est simple: à la différence de la Russie, l'élaboration de la politique étrangère aux Etats-Unis n'est pas uniquement du ressort du président.

Cette fois Vladimir Poutine aura bien du mal à éluder une réponse claire. Lorsqu'il rentrera de Bratislava il ne sera plus le même homme. Dans le sens de sa mission historique. S'il se plie à l'ultimatum américain, il perdra sa légitimité patriotique dont il a fait l'assise de sa politique. En le repoussant, il engagerait la Russie dans la périlleuse voie de la confrontation.

Nezavissimaia gazeta

Pourquoi la Russie reprend-elle les exercices militaires à l'étranger?

Ces jours-ci, le ministère de la Défense a informé la société des exercices des Forces armées russes prévus pour 2005. Selon le commandant des Troupes aéroportées Alexandre Kolmakov, la 76e division aéroportée de Pskov participera aux manœuvres communes avec les unités de parachutistes de l'Inde, de l'Ouzbékistan, de la Chine et de l'Allemagne, lit-on dans le quotidien Nezavissimaia gazeta.

On se demande, à quelles opérations les soldats russes vont-ils se préparer au-delà du pays? Par exemple, en Chine. (Ces exercices ont été proposés par la République de Chine).

Selon Vladimir Popov, membre de l'Académie des sciences militaires, la Chine veut prendre sa revanche et conquérir son territoire "légitime": Taïwan. Pour y parvenir, elle a besoin d'échanger l'expérience avec les Russes. Pour des raisons analogues, les unités russes effectueront des exercices dans l'océan Indien, près du littoral de l'Hindoustan. Cette région est proche du golfe Persique et de l'Irak où les Etats-Unis et leurs alliés essaient de contrôler les puits de pétrole. Pour l'instant, la Russie est en dehors du conflit.

Les militaires de Pskov s'apprêtent à se rendre également en Ouzbékistan où ils sont bien connus: la veille de la désintégration de l'URSS, les unités de parachutistes ont contribué à éteindre des conflits dans la vallée de Ferghana et en Kirghizie. Les analystes n'excluent pas que des crises apparaissent un jour. Selon certaines informations, le président ouzbek serait malade et qu'un changement radical du pouvoir ne serait à éviter. Dans ce cas, l'emploi de la force est probable. Ce serait la raison pour laquelle Tachkent propose de tenir les exercices des parachutistes sur le territoire de l'Ouzbékistan.

Les militaires de la 76e division aéroportée se rendront également en Allemagne, principal opposant des Etats-Unis à l'OTAN.

Les exercices sur le territoire des pays étrangers deviennent de nouveau un des éléments de la politique militaire de la Russie. Ils ont un double avantage pour Moscou: les actions communes signifient l'économie des fonds destinés aux tâches militaires et géopolitiques. D'autre part, l'image de la Russie s'améliore et ses positions se renforcent dans le monde.

Kommersant-Vlast

Aucune restriction pour exploiter les gisements de pétrole russes

Le ministre des Ressources naturelles Youri Troutnev est étonné par la réaction de l'opinion publique à sa récente déclaration, selon laquelle, seules les compagnies, dont le capital social comporte au moins 51 % détenus par les intervenants russes au marché, seront admises désormais aux ventes aux enchères du droit d'exploiter les gisements de pétrole de la Russie.

Premièrement, a déclaré le ministre dans une interview accordée à la revue "Kommersant-Vlast", cette déclaration n'était pas inattendue: "Toutes les règles de diplomatie ont été respectées, tous en ont été prévenus d'avance".

Deuxièmement, le ministère des Ressources naturelles n'a rien à voir avec l'enregistrement de certaines compagnies russes dans les offshore. C'est pourquoi les hommes d'affaires doivent répondre eux-mêmes à la question de savoir s'ils font confiance au pays dans lequel ils vivent, "ou bien ils préfèrent le Royaume-Unis". Selon le ministre, si un certain nombre de compagnies russes revient dans l'Etat russe, ce sera un geste patriotique. "Mais si les compagnies russes ne renoncent pas aux offshore, il n'y aura rien de grave, car il ne s'agit que de nouvelles licences pour un petit nombre de gisements. Pour l'instant, il y en a six", a dit Youri Troutnev.

Tout en défendant les intérêts de la base des ressources de la Russie, personne n'a l'intention de restreindre les droits des compagnies, a souligné le ministre. C'est pourquoi les affirmations prétendant qu'en luttant contre les offshore, l'Etat essaie de diminuer le risque des recours aux tribunaux internationaux (ce que pratiquent actuellement les actionnaires de IOUKOS), sont considérées par le ministre comme non fondées: 49 % du capital social suffisent amplement pour recourir aux tribunaux internationaux".

Selon le ministre, si la nouvelle rédaction de loi sur le sous-sol est approuvée, les investissements ne manqueront pas d'affluer.

Vedomosti

L'Inde souhaiterait investir 25 milliards de dollars dans le pétrole russe

L'Inde est disposée à payer une somme astronomique pour pouvoir extraire du pétrole et du gaz en Russie, annonce le quotidien Vedomosti.

Une source au sein du gouvernement russe a raconté que la semaine dernière le ministère indien du Pétrole et du Gaz avait adressé au premier ministre russe, Mikhaïl Fradkov, une lettre dans laquelle il proposait d'investir 25 milliards de dollars en Russie.

Le ministre indien du Pétrole et du Gaz, Lani Shankar Aiyar, arrivé lundi à Moscou, a confirmé que l'Inde était prête à investir des sommes faramineuses en Russie et fait état de plusieurs projets l'intéressant. Il s'agit en premier lieu d'une part dans l'ancienne "filiale" de Ioukos, Iouganskneftegaz, une compagnie acquise en décembre 2004 par la société publique Rosneft.

Des compagnies indiennes voudraient également prendre part à la mise en valeur du gisement Sakhaline 3. La Russie pourrait dès cette année lancer un appel d'offres ad hoc.

La liste indienne comporte aussi des actifs de Rosneft, à savoir le gisement de Vankorsk et Severnaïa neft. Quant aux Indiens, ils seraient heureux d'avoir des Russes investir chez eux, a fait remarquer le ministre.

25 milliards de dollars, c'est la capitalisation de Lukoil et de Sourgoutneftegaz, a rappelé l'analyste de la compagnie d'investissement Troïka Dialog, Kakha Viknavelidze. Avec cet argent on pourrait mettre la main sur une Sibneft et demie sans déjà parler de Iougansk bradé pour 9,35 milliards de dollars. Cependant, l'expert ne croit pas que l'Inde puisse disposer de cette somme d'un coup: il est probablement question d'une période d'investissement de 15 à 20 ans.

Pour se mettre d'accord sur la participation de Oil and Natural Gas Company (ONGC) à ces projets il faut tout d'abord que la Russie règle plusieurs problèmes, surtout celui concernant Iougansk, dont la vente à Rosneft est contestée par Ioukos devant un tribunal américain, a indiqué une source au sein du gouvernement. Ce procès a contraint Gazprom à renoncer à l'achat de Iougansk et fait traîner en longueur sa fusion avec Rosneft. Selon la même source, l'incertitude autour de cette transaction complique aussi les négociations avec les Indiens.

L'Inde importe environ 70 pour cent du pétrole qu'elle consomme. Respectivement 77 et 81 pour cent du pétrole et du gaz extraits en Inde le sont par la ONGC, la plus grande compagnie pétrolière nationale du pays. Ses bénéfices au cours de l'année financière, qui s'est achevée le 31 mars 2004, se sont montés à 1,9 milliard de dollars. Le produit de la vente des 27 millions de tonnes de brut extraites s'est chiffré à 7,3 milliards de dollars.

Kommersant

Le ministre russe de la Culture se prononce contre la remise de la collection Baldine à l'Allemagne

Hier, le ministre russe de la Culture et de l'Information Alexandre Sokolov s'est prononcé contre la restitution à l'Allemagne de ce qu'on appelle la collection de dessins et de toiles Baldine transférée en URSS à la fin de la Seconde Guerre mondiale, rappelle le quotidien Kommersant.

La collection comporte 364 œuvres de maîtres européens des 16-20es siècles, dont Titien, Rembrandt, Dürer, Rubens, Delacroix, Boucher, Corot, Manet, Van Gogh, Toulouse-Lautrec.

En 1945, ces œuvres précieuses se trouvaient dans la cave d'un château allemand. Le capitaine Viktor Baldine les a sauvées et les a apportées en URSS (la collection porte son nom).

En 1991, la collection a été mise à la disposition du ministère de la Culture de l'URSS qui était dirigé alors par l'adversaire de toute restitution des valeurs transférées Nikolai Goubenko, ensuite elle a été envoyée à l'Ermitage. En 1993, l'Ermitage a présenté la collection Baldine et en a publié le catalogue.

Un an plus tard, la Commission d'Etat pour la restitution des valeurs culturelles a jugé possible de restituer la collection Baldine au gouvernement allemand. Cette possibilité a été négligée dans l'attente de la loi sur la restitution qui n'a été adoptée qu'en 1999.

Mikhail Chvydkoï, qui était alors ministre de la Culture, a annoncé la date du transfert: le 29 mars 2003. Mais les patriotes avec à leur tête l'ancien ministre de la Culture Nikolai Goubenko sont intervenus et ont eu gain de cause: la collection est restée en Russie.

Mais Anatoli Vilkov, vice-directeur du Service fédéral de contrôle du respect de la législation dans les médias et de défense de l'héritage culturel, estime que la Russie n'a pas le droit de garder la collection de Baldine.

"L'acte de donation ne donne pas ce droit, car cette collection n'appartenait pas, selon la loi, au donateur Baldine", a dit Anatoli Vilkov.

Cependant, selon le porte-parole du ministère de la Culture, la restitution de la collection à l'Allemagne n'est pas juridiquement fondée: "La collection de Baldine ne tombe pas sous le coup de la Loi sur les valeurs déplacées".

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