Cela signifie que des sommes importantes arrivent sur les marchés financiers. Au 1er février 2005, le montant du Fonds de stabilisation s'est chiffré à 647,2 milliards de roubles (23,1 milliards de dollars). Le Fonds est constitué, pour l'essentiel, par les impôts perçus sur la vente du pétrole à un prix supérieur à 20 dollars le baril et les taxes à l'exportation perçues sur les compagnies pétrolières. La question cruciale est de savoir à quoi consacrer cet argent. Rappelons que l'on peut commencer à prélever sur le Fonds de stabilisation lorsque son montant global a dépassé 500 milliards de dollars. Par conséquent, on peut dépenser déjà un cinquième du Fonds.
C'est très important pour l'économie russe, dont l'essor dépendait, ces dernières années, uniquement de la conjoncture extérieure favorable. Les experts ne cessent de répéter que le potentiel du modèle de l'économie russe orienté vers les ressources naturelles s'est pratiquement épuisé. Le mécanisme de "production - vente du pétrole" devient peu efficace. Le pays se trouve à une étape où il est déjà impossible de régler le problème de l'absence de politique industrielle. Or, toute politique n'a de sens que lorsqu'il y a de l'argent pour l'appliquer.
Le marché des valeurs et le système bancaire de la Russie assument imparfaitement la fonction de financement du secteur réel de l'économie. Les investissements étrangers directs en Russie sont peu nombreux. Pour l'instant, les investissements étrangers sont consacrés ou bien à l'importation d'équipements, ou bien aux emprunts étrangers. Il est évident que le pays a besoin de sources de financement. Et le Fonds de stabilisation est pratiquement aujourd'hui cette unique source potentielle.
Une véritable guerre a été déclenchée pour les ressources du Fonds.
Dmitri Lvov, membre de l'Académie des sciences de Russie, fait remarquer que ces fonds sont utilisés en Norvège et en Alaska pour préparer la restructuration de l'économie, pour que le pays n'essuie pas de lourdes pertes en cas de baisse des prix des matières premières.
Le ministre des Finances Alexei Koudrine se prononce avec esprit de suite contre l'utilisation du Fonds de stabilisation sur le marché intérieur, car, selon lui, cela entraînera ou bien la montée de l'inflation, qui engloutit les revenus de la population, ou bien le renforcement considérable du rouble, ce qui est préjudiciable aux intérêts des exportateurs nationaux.
Le ministère russe des Finances propose de recourir au Fonds de stabilisation pour rembourser les dettes extérieures de la Russie. Au début de l'année, leur montant s'élevait à 115 milliards, dont 45 milliards de dollars représentaient la plus grande dette envers les pays créanciers du Club de Paris. De l'avis d'Alexei Koudrine, cela permettra d'alléger le fardeau fiscal, d'économiser en taux d'intérêt et d'améliorer la réputation de la Russie sur la scène internationale.
Cependant, premièrement, les créanciers du Club de Paris ne manifestent pas encore le désir de renoncer à récupérer la somme intégrale des taux d'intérêt pour la dette russe, en prétextant notamment que la récente attribution à la Russie de la catégorie d'investissement par l'Agence internationale de notation "Standard&Poor's" exclut la possibilité de traiter la Russie comme les autres pays débiteurs.
Il s'avère que la Russie n'est plus confrontée à des problèmes financiers si nombreux qu'elle ait besoin de l'escompte du Club de Paris, mais ils sont en quantité suffisante pour empêcher la Russie de participer à part entière à certaines rencontres du G8.
Quoi qu'il en soit, le refus du Club de Paris affaiblit quelque peu la lutte contre les opposants de la position du ministère des Finances, qui interdit de dépenser les ressources du Fonds de stabilisation sur le marché intérieur, car l'absence d'escompte rend le remboursement des dettes avant terme infondé du point de vue économique.
Cela renforce les positions des nombreux détracteurs d'Alexei Koudrine. Des voix qui se font entendre de toutes parts suggèrent que, dans la situation économique actuelle, il est plus raisonnable d'utiliser le Fonds de stabilisation pour développer l'industrie ou la sphère sociale, que le remboursement de la dette extérieure peut attendre. Le premier ministre Mikhail Fradkov a récemment déclaré que, pour financer la politique économique de l'Etat, il faudra peut-être recourir au Fonds de stabilisation.
Les experts proposent d'investir cet argent dans la mise en uvre des projets innovants ou infrastructurels. Selon le ministre du Développement économique Guerman Gref, le Fonds de stabilisation doit être utilisé pour les projets d'infrastructure et ceux du partenariat privé et public dans la sphère sociale. Alexandre Chokhine, président du Conseil de coordination des Unions d'entrepreneurs de Russie, estime que, grâce au Fonds de stabilisation, on peut prendre des décisions d'ordre social et relatives au développement des régions peu prospères. Les hommes d'affaires se prononcent déjà pour la réduction des impôts, en premier lieu de la TVA qui pourrait être ramenée à 13 %, pour compenser, grâce au Fonds de stabilisation, les sommes qui n'auront pas eté versées au budget.
La mise au point des mécanismes de virement de l'argent du Fonds de stabilisation pour mettre en uvre ces projets n'a même pas commencé, sans doute pas en raison de l'absence, pour l'instant, de décision du gouvernement concernant la manière de dépenser cet argent, mais plus vraisemblablement en raison des conditions spécifiques russes, des défauts structurels et de la corruption. La discussion se poursuit, le bloc monétaire du gouvernement continue à se servir du Fonds de stabilisation dans la lutte contre l'inflation comme d'un stérilisateur de la masse monétaire.
Les adversaires affirment que le développement économique de la Russie se ralentit. D'après le bilan de 2004, les taux de croissance en Russie se sont réduits pour passer de 7,3% en 2003 à 7,1%. D'ailleurs, le dernier chiffre est le résultat de la révision des données du ministère des Finances, assez inattendu pour les experts. Une semaine plus tôt, Rosstat (Statistiques russes), avait cité le chiffre de 6,7%.
Le problème des moyens de développer l'économie Russie se pose depuis plus d'une année. Mais le moment actuel peut être qualifié de critique sans crainte d'exagérer. Un mécanisme judicieux de dépense des ressources supplémentaires existantes destinées aux investissements dans l'économie russe constituerait même un stimulant plus efficace pour attirer les investisseurs étrangers que les notes de crédit des Agences internationales.